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Ibrahim TABET : Que réserve 2017 à l’Europe ?

Le regard du géopoliticien : Mr Ibrahim TABET. (Délégation du LIBAN)

Que réserve 2017 à l’Europe ?

  Afflux de migrants. Perception d’une menace de l’islam sur la civilisation européenne. Radicalisation d’une grande partie de la jeunesse musulmane d’Europe. Augmentation des attentats terroristes qui fait dire à certains dirigeants européens que l’Europe est désormais en état de guerre. Montée des partis populistes d’extrême droite. Rejet par la gauche de la dictature des marchés génératrice d’inégalités. Dénonciation par le courant souverainiste des directives des eurocrates non élus de Bruxelles. Désaffection d’un nombre grandissant de citoyens vis-à-vis de la construction européenne. Affirmation croissante des égoïsmes nationaux. Brexit, Possible remise en cause des accords de Schengen. Incertitudes liées à l’arrivée au pouvoir de Donald Trump à Washington. Recrudescence des tensions avec la Russie.

  A la veille de deux rendez-vous électoraux importants en France et en Allemagne, l’Europe s’interroge sur ce que lui réserve l’année 2017 et sur son avenir. La chronique annoncée par Oswald Spengler du déclin moral et démographique de l’Occident est un thème récurent. Certains « Cassandre » vont même jusqu’à prédire son inéluctabilité. C’est le cas d’Eric Zemmour qui, dans « Le suicide français », analyse la perte de valeurs qui, selon lui, caractérise la France depuis mai 68 et dénonce le communautarisme et l’action corrosive de l’immigration musulmane sur le modèle de laïcité républicaine. Ou de Michel Onfray qui dans « Décadence » décrit le relâchement moral affligeant de l’Occident. Nous ne sommes pas, d’après lui, devant une négation critique des valeurs établies mais devant leur dissolution dans une indifférence passive. Contrairement à leurs pères les citoyens européens ne sont plus prêts à sacrifier leur bien-être pour défendre leur civilisation face à la menace qui pèse sur elle. Attitude qui contraste avec le fanatisme des candidats au jihad, prêts à mourir et même à mener des attaques suicide au nom d’Allah. Les nations européennes veulent vivre ensemble et prospérer en paix, mais elles ne veulent rien faire ensemble. Il n’empêche que les valeurs occidentales fondées sur les droits de l’homme sont celles auxquelles aspire tout homme épris de liberté et de dignité. Et le sort des Européens, ainsi que leur qualité de vie, est infiniment plus enviable que celui des citoyens de bien d’autres régions du monde.

  Le bras de fer en perspective entre le Royaume-Uni qui a opté pour un Brexit dur et l’Union européenne pourrait ressouder ses pays membres. Il en est de même des tendances protectionnistes et isolationnistes de Donald Trump et de son intention déclarée de faire payer plus l’Europe pour l’Otan. En Allemagne, la politique inconsidérée d’accueil des migrants d’Angela Merkel peut lui coûter cher lors des prochaines élections. Et elle risque de favoriser les mouvements fascistes comme Pegida (« Les Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident »), qui surfent sur l’islamophobie. En France, François Fillon a le courage de rejeter les demi-mesures et ne craint pas de remettre en question certains droits sociaux acquis et le poids excessif des dépenses publiques. Il affirme que seul son programme économique libéral est à même de redresser le pays et de lui permettre de recouvrer un poids diplomatique sur la scène internationale. J’approuve aussi son conservatisme sur les questions de société et sa dénonciation de certaines dérives libertaires comme la légalisation de l’adoption d’enfants par les couples du même sexe votée par les socialistes. Enfin au niveau de la politique étrangère je suis de ceux qui pensent que l’ostracisme envers la Russie n’est pas dans l’intérêt de l’Europe qui devrait plutôt s’allier avec Moscou pour combattre la menace islamiste. N’était-ce l’intervention russe en Syrie, Daech serait installé aujourd’hui au pouvoir à Damas ce qui aurait renforcé sa capacité à recruter davantage de terroristes déterminés à étendre le jihad à l’Europe. L’un des buts ultimes de cette organisation criminelle étant, selon une déclaration de son calife autoproclamé, de « marcher sur le Vatican pour y « briser les croix ».

  Comme certains géopoliticiens, je pense qu’une des raisons d’être de l’Otan et de maintenir les vassaux européens des États-Unis dans les rangs et qu’elle a besoin pour cela de s’inventer la menace imaginaire de la Russie et d’entretenir un climat de guerre froide. Paradoxalement Donald Trump lui-même estime que l’Otan est une structure obsolète. Les admirateurs des États-Unis louent à juste-titre leurs institutions démocratiques qu’ils opposent au régime despotique de la Russie. Mais cela revient à ignorer la contradiction qui existe entre démocratie et empire et le fait que la politique étrangère n’obéit pas aux mêmes impératifs moraux que la politique intérieure. Il fut un temps, certes, en particulier avec la proclamation des fameux quatorze points du président Wilson, lors de la Première Guerre mondiale, où la politique étrangère des États-Unis était conforme à ses idéaux affichés. Mais cette époque est révolue. Depuis qu’ils sont devenus la seule superpuissance, l’hégémonie planétaire et l’impérialisme américains, s’appuyant sur une supériorité militaire écrasante, ne connaissent plus de bornes. Et c’est l’acharnement de l’Otan sous la houlette de Washington à pousser la Russie dans ses dernier retranchements qui a entraîné l’intervention de cette dernière en Ukraine et la soi-disant annexion de la Crimée (qui avait été cédée à l’Ukraine par Khrouchtchev).

  L’Europe est moins menacée par l’ours Russe que par une islamisation rampante encore plus dangereuse que le terrorisme islamiste même s’il entretient un climat d’insécurité. Cette double menace requiert non seulement une réponse sécuritaire mais des mesures destinées à favoriser la difficile intégration des musulmans d’Europe et à encourager leur adhésion à ses valeurs. Il faudrait aussi œuvrer à combler le combler le fossé qui s’est creusé entre les pays du Nord de la Méditerranée et ceux qui bordent ses rives sud et est. La contribution de l’Europe au développement de ces derniers pouvant par ailleurs enrayer l’afflux de réfugiés. Il ne s’agit pas de faire l’amalgame entre l’islamisme radical et l’islam modéré que professe la majorité des musulmans. Mais je trouve déplacé, les manifestations ostensibles d’appartenance religieuse dans l’espace public comme le port du voile quand elles ont lieu dans un pays comme la France. Par contre le problème ne se pose pas de la même manière au Liban, société « pluri-confessionnelle » où musulmans et chrétiens ont une tradition séculaire de vivre ensemble, partagent peu ou prou la même culture ; et où il n’existe pas des citoyens « de souche » et d’autres qui ne le sont pas.

Ibrahim Tabet