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Une grande dame de la littérature nous a quittés : JACQUELINE RISSET

par Denis FADDA

UNE GRANDE DAME DE LA LITTÉRATURE NOUS A QUITTES JACQUELINE RISSET

L’été qui a coutume de nous apporter son lot de mauvaises nouvelles vient de nous toucher cruellement en nous enlevant Jacqueline Risset. Son brusque décès a touché le cœur de tous ceux et celles qui l’ont aimée et ont aimé son oeuvre ; elle les a touchés comme la foudre, comme un terrible orage, un de ces orages fulgurants comme Rome, la ville qu’elle aimait tant, est capable d’offrir.

En effet, Française, elle avait un amour passionné pour l’Italie, pour Rome, en particulier, qui l’avait accueillie il y a bien longtemps et lui procurait de grandes joies.

Jacqueline Risset, c’était d’abord un sourire, un sourire qui vous accueille, c’était aussi la bienveillance, la tolérance, le respect absolu des autres.

C’était aussi un talent et une pensée.

Universitaire, écrivain, poète, traductrice, critique littéraire, curieuse de tout et s’intéressant à tout, son esprit était toujours en éveil ; son regard pétillant et rieur vous le confirmait. Rien ne la laissait indifférente.

Elle l’a d’ailleurs fort bien montré dans son dernier ouvrage, paru il y a quelques mois chez Gallimard, « Les instants, les éclairs » dans lequel elle célèbre « les instant », les moments. Elle écrit : « Ils trouent la mémoire, ils révèlent, se vantent. Disent que par eux la vie vaut d’être vécue, même s’ils sont infimes, insignifiants, ou paraissant tels ».

Et elle ajoutait un peu plus loin « s’adresser aux premiers, ceux de l’enfance. C’est d’elle qu’arrivent les images suspendues, détachées, lumineuses, celles qui font saisir la logique de la foudre »…

Jacqueline Risset, toute sa vie, a su garder ce regard de l’enfance, avec un goût prononcé pour le rêve : « J’aime l’effervescence intellectuelle du rêve » disait-elle.

On retrouve ce goût dans sa riche œuvre poétique, dans « L’Amour de loin » ou dans « Petits éléments de physique amoureuse » par exemple.

Normalienne, agrégée d’italien, professeur de littérature française à La Sapienza, membre du comité de rédaction de la revue Tel Quel, elle a produit des essais remarquables, notamment « Puissances du sommeil », « Marcelin Pleynet », « Une certaine joie. Essai sur Proust », qui reçu le prix Roger Caillois de l’Essai.

Un ouvrage essentiel qui l’a considérablement absorbé paraîtra au mois de novembre prochain. Nous le lirons avec beaucoup d’émotion.

Traductrice tant de l’italien vers le français que du français vers l’italien, chose rare, elle a eu l’audace de traduire Francis Ponge dans cette langue.

Mais l’oeuvre à laquelle elle a consacré le plus grand nombre d’années de sa vie est celle de Dante. Après avoir écrit « Dante écrivain » et avant d’écrire « Dante, une vie » quelques vingt années plus tard, elle a eu l’immense courage d’entreprendre une nouvelle traduction de la « Divine comédie ». Le résultat fut remarquable. Dante était à ce moment-là, en France, considéré comme un auteur un peu démodé, voire poussiéreux ; sa magistrale traduction a permis un réel renouveau d’intérêt et d’étude pour l’écrivain italien majeur.

Nous pouvons être assurés que Jacqueline Risset a rejoint ce paradis qu’elle a si longtemps fréquenté durant sa vie. Paradis des écrivains et paradis de ceux qui ont eu une vie droite.

Et qu’elle continuera à nous éclairer par son œuvre considérable et par son exemple.

Denis Fadda