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LIBAN - 9 mars 2017 - USEK - Intervention de Joëlle CATTAN

LA FEMME DANS SON ÉLAN RÉGÉNÉRATEUR [1] [2]
Joëlle Cattan [3]

Honorable assistance, Excellences, Mesdames et Messieurs, Cher(e)s Ami(e)s,

Permettez-moi d’abord de remercier très vivement l’Université Saint Esprit Kaslik (USEK), et en particulier Madame Hoda Nehmé, Monsieur Roberto Khatlab et Madame Mirna Mzawak pour les multiples rencontres, dont celle de ce jour, qu’ils organisent régulièrement, et dont je suis fan ! Mais aussi et surtout les féliciter pour la diversité et la richesse des thèmes choisis. A chaque fois que je rentre dans le campus de l’USEK, je note non seulement un élargissement des lieux, mais aussi un net développement des disciplines !

Vous l’aurez relevé, mise à part ma carrière d’avocate et de médiatrice, j’ai une passion, c’est l’écriture. Ecrire des romans et composer des vers, de la poésie. Ecrire pour décrire, mais aussi pour dénoncer, montrer le beau et dénoncer le faux, le mal. Ecrire pour véhiculer des messages universels et provoquer des changements, des changements de comportements et de mentalités. Puisse ma présentation aujourd’hui être porteuse des divers messages qui y sont mentionnés.


Pour la Journée Internationale de la Femme célébrée le 8 mars de chaque année, j’ai choisi comme thème : « La femme dans son élan régénérateur ».
Pour cela, j’aborderai cet élan régénérateur, cet élan réformateur, dans une première partie, sous le titre « De la détermination jusqu’à la réalisation », et dans une deuxième partie, sous le titre « De la reconnaissance jusqu’au potentiel inexploré ».

Première partie : De la détermination jusqu’à la réalisation :

Je commence par mentionner que l’ONU francophone parle de « journée internationale de la femme », alors que certains gouvernements mentionnent la « journée des droits des femmes », et que les militant(e)s évoquent la « journée de lutte pour les droits des femmes ».

Il est vrai que lorsqu’il est question de la femme, nous pensons tout de suite aux droits des femmes. J’entends par là et de façon non exhaustive, les droits d’intégrité corporelle et d’autonomie, le droit de ne pas subir de violence morale ou sexuelle, les droits d’accès à l’éducation, au travail et à l’égalité salariale, le droit de voter et d’être élue, et j’en passe.

Et lorsque nous parlons de droits, nous pensons aux obligations pesant notamment sur le législateur et les juridictions, consistant à assurer ces droits et à les garantir de façon durable, générale et unanime, sans distinction aucune, ni discrimination.
Or, ces obligations n’ont pas été remplies ! C’est plutôt la femme qui a été affublée d’obligations, des obligations accablantes, alors que ses droits les plus élémentaires ont été bafoués.

En effet, en regardant la situation des femmes dans le monde, et à l’exception de certains pays, nous ne pouvons que dresser un bilan négatif de leur statut.
Ce qui nous pousse naturellement à dénoncer et à condamner les privations dont elles font encore l’objet, les injustices dont elles sont constamment la cible, et les agressions qui les touchent au quotidien, aussi bien au niveau moral qu’au niveau physique.

Cependant, pour ma part aujourd’hui, je ne focaliserai pas mon propos sur ce qui ne va pas. Je n’évoquerai ce bilan négatif que pour mettre l’accent sur la façon dont la femme a rebondi, comment elle a choisi de secouer les consciences autrement, en empruntant une part de chemin positif et en explorant de façon constructive la situation.
Car en effet, face à l’exclusion, face à l’exploitation, les femmes auraient pu se replier sur elles-mêmes, s’isoler et sombrer… Mais non !

Au lieu de se laisser aller, de subir, ou de se lamenter sur leur propre sort, elles ont choisi de rester debout, de lutter, de batailler ferme, pour aller de l’avant et se réaliser. Elles ont bravé leur peur, ignoré leur angoisse, elles ont fait fi des menaces, des privations et des agressions. Elles ont mis en exergue leurs talents, leurs dons, leurs vertus.

Elles ont su reconnaitre leur différence, en montrant leurs capacités en tant que femmes, en tant qu’êtres exceptionnels à multiples facettes.
Elles ont prouvé qu’elles pouvaient cumuler les activités conjugales, parentales, familiales, sociales et professionnelles.
Elles ont démontré qu’elles pouvaient réussir dans tous les domaines, qu’elles savaient être plusieurs êtres à la fois : mères, épouses, femmes de ménage, cuisinières, chefs d’entreprises, médecins, avocates, diplomates, et j’en passe.
Un lobbying intensif et des campagnes d’éveil tous azimuts ont été menés par elles et pour elles. Des ONG ont été créées. Des Chartes ont été rédigées pour elles.
Des proverbes aussi, dont notamment un proverbe anglais : « Les hommes font les maisons mais les femmes font les foyers », et un proverbe albanais : « La maison n’est pas fondée sur le sol mais sur la femme ».

Aujourd’hui, elles ont opté de se célébrer, certes pour réclamer et revendiquer ce qu’elles n’ont pas encore obtenu, mais aussi se célébrer pour ce qu’elles ont, et pour ce qu’elles sont, pour ce qu’elles ont réalisé et pour ce qu’elles sont devenues.
Cette prise de conscience à la source, de leurs propres capacités est la plus belle réalisation qu’elles se sont offertes elles-mêmes.

Cependant cette prise de conscience n’est pas tombée du ciel. Elle est le fruit d’un long cheminement, d’une rébellion, d’une révolte, d’une ferme détermination et surtout d’une réelle intelligence.

Car il n’est pas facile de penser à se rebeller contre un état de fait et de droit établi depuis la nuit des temps. Il est difficile de penser à se révolter lorsque vous êtes mis devant le fait accompli dès votre naissance, lorsque tout est contre vous, les us et coutumes, les mentalités, le système, les lois, la jurisprudence.
Réussir à se libérer des enseignements inculqués, braver le poids des traditions, bousculer les codes, prendre des risques inouïs, sortir de sa torpeur, est une preuve d’une grande intelligence.

Et c’est donc dotées de cette intelligence et d’une détermination sans failles, que les femmes sont parvenues à secouer les esprits, à modifier les mentalités et à provoquer des changements.
Les changements sont donc là ! Ils sont formulés aux termes des cibles clefs du Programme du développement durable des Nations Unies d’ici à l’horizon 2030 pour que le fameux slogan « Planète 50-50 en 2030 » voit le jour.

Vous connaissez certainement la teneur de ces cibles clefs qui consistent à :

  1. Mettre fin, partout dans le monde, à toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et des filles.
  2. Éliminer de la vie publique et de la vie privée toutes les formes de violence faites aux femmes et aux filles, y compris la traite et l’exploitation sexuelle et d’autres types d’exploitation.
  3. Éliminer toutes les pratiques préjudiciables, telles que le mariage des enfants, le mariage précoce ou forcé et la mutilation génitale féminine.
  4. Prendre en compte et valoriser les soins et travaux domestiques non rémunérés, par la mise en place de services publics, d’infrastructures et de politiques de protection sociale et par la promotion du partage des responsabilités dans le ménage et la famille, en fonction du contexte national.
  5. Veiller à ce que les femmes participent pleinement et effectivement aux fonctions de direction à tous les niveaux de décision, dans la vie politique, économique et publique, et y accèdent sur un pied d’égalité.
  6. Assurer l’accès de tous aux soins de santé sexuelle et procréative et faire en sorte que chacun puisse exercer ses droits en matière de procréation, ainsi qu’il a été décidé dans le Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement et le Programme d’ac tion de Beijing et les documents des conférences d’examen qui ont suivi.
  7. Entreprendre des réformes visant à donner aux femmes les mêmes droits aux ressources économiques, ainsi que l’accès à la propriété et au contrôle des terres et d’autres formes de propriété, aux services financiers, à l’héritage et aux ressources naturelles, dans le respect de la législation interne.
  8. Renforcer l’utilisation des technologies clefs, en particulier de l’informatique et des communications, pour favoriser l’autonomisation des femmes.
  9. Adopter des politiques bien conçues et des dispositions législatives applicables en faveur de la promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation de toutes les femmes et de toutes les filles à tous les niveaux et renforcer celles qui existent.

Tout ceci force le respect et l’admiration. Et personne ne peut plus stopper cet élan annonciateur d’un potentiel inexploré, objet de ma deuxième partie.

Deuxième partie : De la reconnaissance jusqu’au potentiel inexploré

Je suis persuadée qu’une fois que les revendications des femmes seront entièrement satisfaites, leur potentiel sera décuplé, puisque tous leurs efforts, et non plus seulement une partie, seront focalisés sur ce qu’elles font, et non plus sur ce qu’elles cherchent à obtenir.

Il suffit de constater qu’elles ont pu montrer leur potentiel alors qu’elles étaient (et le sont toujours) préoccupées à réclamer et à revendiquer pour se réaliser.

Les exemples de réalisations sont multiples :

Il y a celles qui ont agi loin des médias, dans l’anonymat le plus total, victimes de discriminations et affublées des pires tâches, elles ont su, par leur courage et leur bravoure, affronter le pire. Non pas pour la célébrité, mais juste pour survivre, pour elles-mêmes, ou pour leurs proches. Dans l’anonymat le plus complet, elles ont survécu. Elles ont réussi aussi à éduquer leurs enfants toutes seules parfois, ou à les protéger face à un père violent, ou en l’absence d’un père, ou en présence d’une famille malveillante. Elles ont également, dans l’ombre, joué des rôles très risqués et importants en période de guerre, comme repris par exemple dans le film « Les femmes de l’ombre », réalisé par Jean-Paul Salomé.

D’autres femmes plus connues, ont marqué l’histoire à tout jamais. Des exploits retentissants, des actes héroïques.

J’ai fait des recherches pour ne pas vous citer seulement les exemples connus, et vous constaterez qu’il n’y a pratiquement aucun domaine auquel les femmes ne se sont pas intéressées, aucun domaine dans lequel elles n’ont pas fait une entrée remarquée et remarquable.

Du domaine sportif au monde médical, de l’espace à la politique, de la mode aux finances, de la science aux mœurs.

Je suis remontée dans le temps au début du siècle dernier :

  • En 1902, la première équipe féminine de Basketball voit le jour !
  • 1907 : c’est l’année où Maud Wagner devient la première femme tatoueuse des Etats-Unis.
  • Grâce à Florence Nightingale, (1820-1910), la pionnière des soins infirmiers modernes, le métier d’infirmière devient une profession viable et respectable pour les femmes.
  • En 1918, les premières femmes entrent dans l’US Marine.
  • Elles ont osé et elles l’ont fait :
    • Traverser la Manche à la nage, la première femme à le faire Gertrude Ederle en 1926.
    • Traverser l’Atlantique en avion l’aviatrice Amelia Earhart devient la première femme en 1928.
    • Piloter un avion de chasse, la turque Sabiha Gökçen : première femme en 1937.
  • Et dans le cadre de leur émancipation :
    • En 1937, deux jeunes femmes osent montrer leurs jambes à découvert en public pour la première fois dans les rues de Toronto.
    • Des femmes afghanes sont photographiées dans une bibliothèque en 1950 avant la prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan.
  • Elle a révolutionné la couture et est une icône de la mode. Qui n’a pas entendu parler de Coco Chanel, la seule créatrice de mode à apparaître sur la liste des 100 personnes les plus influentes du XXe siècle, dans le magazine Time.
  • Malgré les tentatives des organisateurs de la stopper en 1967 Kathrine Switzer devient la première femme à courir le marathon de Boston.
  • Plus récemment, attirées par les grands espaces :
    • En 1975, Junko Tabei devient la première femme à atteindre le sommet de l’Everest, la plus haute montagne du monde.
    • Anna Fischer, la première femme dans l’espace en 1980.
  • En politique :
    • Benazir Bhutto est la première femme à devenir Premier ministre au Pakistan en 1988.
    • Indira Gandhi est la seule femme Premier ministre dans l’histoire de l’Inde.
    • Et tout récemment depuis février 2017 en Arabie Saoudite, la première femme à diriger une institution financière gouvernementale : la Bourse saoudienne est désormais présidée par une femme Sarah Al-Souhaimi.
  • Le Prix Nobel de la Paix n’a pas échappé aux femmes :
    • Marie Curie est la première femme de l’histoire à recevoir le Prix Nobel pour avoir découvert le radium avec son époux Pierre Curie. Elle en reçoit d’ailleurs deux, dans deux disciplines scientifiques différentes. Marie Curie est aussi la première femme à devenir professeure d’université.
    • Mère Theresa en 1979.
    • Le symbole birman : Aung San Suu Kyi assignée à résidence entre 1989 et 2010 pour des raisons politiques. Enfermée et privée de sa liberté mais récompensée par le Prix Nobel de la paix, la Médaille d’or du Congrès et le Prix international Simon Bolivar, Kyi est l’une des politiciennes les plus importantes de notre époque.
    • Quant à Malala Yousafzai, elle est la plus jeune personne (donc pas seulement la première femme) à avoir jamais reçu un Prix Nobel. Pour rappel, cette jeune femme pakistanaise a été grièvement blessée à la tête par des Talibans pour s’être rendue à l’école. Depuis son rétablissement, Malala est devenue l’emblème de l’accès à l’éducation et à l’émancipation sociale des femmes.

Mes messages sont clairs : Anonymes ou célèbres, décorées ou pas, les femmes ont su, grâce à leur élan intrinsèque régénérateur, exploiter un potentiel qu’on a essayé de leur arracher.

Cependant, se réaliser c’est bien, mais être reconnu c’est encore mieux.

La détermination et l’intelligence des femmes ayant prouvé qu’elles pouvaient se réaliser et s’accomplir, il est temps aujourd’hui de leur accorder reconnaissance, l’égalité dans les textes et dans les esprits, les reconnaitre comme des êtres à part entière.

Il ne s’agit nullement d’écarter les hommes ou de prendre leur place, mais d’accorder aux femmes un statut digne d’elles et la place qu’elles méritent, un rôle qui peut d’ailleurs aussi être rassembleur et fédérateur.
C’est ce que je retiens moi-même, entre autres, de mon expérience en tant qu’ex directrice générale du Rassemblement de Dirigeants et Chefs D’Entreprises Libanais (RDCL), où j’ai exercé ma mission en rassemblant le plus grand nombre de membres entre eux et en les regroupant autour d’une vision commune de l’économie libérale axée sur la pérennité de l’entreprise. Et malgré le titre sexiste en anglais « Lebanese Businessmen Association », et en arabe, ﻦﯿﯿﻧﺎﻠﺒﻨﻟﺗﺠﻤﻊ رﺟﺎل
اﻷﻋﻤﺎل , je n’ai pas ressenti qu’au vu de mon identité féminine, j’allais être discréditée. Bien au contraire ! D’ailleurs, j’ai pu œuvrer aussi, avec l’appui des hommes, pour faire en sorte que le titre en anglais et en arabe soit modifié et corresponde au titre français.
Et je suis satisfaite aujourd’hui d’apprendre que le nouveau conseil d’administration du RDCL a prévu d’opérer ce changement.

L’objectif « Planète 50-50 en 2030 » ne peut qu’être bénéfique aussi pour « les Droits de l’Homme » de façon générale, qui d’ailleurs, devraient, à mon sens, être surnommés « les Droits Humains », ou « les Droits de l’Humain » ou encore « les Droits de la Personne », comme en anglais « Human Rights ». Il permettra d’aboutir à une meilleure union des efforts, afin de contrer ensemble, hommes et femmes, toute forme de violence et de torture.
Car gardons à l’esprit que la monstruosité humaine existe indépendamment du genre qui est attaqué ; elle ne vise pas seulement les femmes, mais aussi les enfants, d’autres hommes, et même des animaux, de même que la nature.

Je termine avec une évolution qui peut faire sourire peut-être, mais qu’on y adhère ou pas, le mérite est là : Désormais, les termes maitresse de cérémonie, maitresse de conférence, cheffe de mission, sont utilisés.

En conclusion, je dirais que nous avons fait une bonne part de chemin, mais pas tout le chemin. Il n’en reste pas moins que si la femme a pu être écartée parce qu’on lui a renié ses droits tout au long des siècles, elle n’a cependant pas pu être ignorée, puisqu’on l’a affublée d’obligations. En analysant ceci sous un angle positif, il en ressort qu’en l’accablant d’obligations, on lui a reconnu indirectement et implicitement ses capacités, puisque ceci a équivalu à un aveu que la femme était incontournable et que nul n’a pu se passer d’elle. Puisse ceci être porteur, le plus vite possible, d’une reconnaissance directe et explicite des droits qui lui reviennent, et avoir un impact positif sur son potentiel inexploré, animé par son élan régénérateur.

Portfolio


[1A l’occasion de la Journée Internationale de la Femme Conférence USEK- 9 mars 2017.

[3Maître Joëlle Cattan franco-libanaise : Avocate et médiatrice, romancière et poète. Auteure des livres « Parcours anonyme » et « Agitations ». Formation : Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA) de Droit Privé de l’Université Paris II Panthéon-Assas à Paris. Maîtrise en Droit de la Faculté de Droit et des Sciences Politiques de l’Université Saint Joseph de Beyrouth (USJ)- CAP de médiation de l’USJ- Principales activités professionnelles : Avocate au Barreau de Paris- Divers postes de direction au Liban et en Equateur, dont celui de directrice générale d’une organisation patronale- Conseillère et Consultante en droit et en médiation.