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LIBAN : Favoriser à nouveau le « doux commerce » en Méditerranée

Pour Montesquieu, qui a développé le paradigme du « doux commerce », l’effet naturel du commerce, entendu dans son sens matériel et immatériel, est de porter à la paix. Dans les chapitres De l’esprit des lois consacrés à l’histoire du commerce, qui est pour lui celle de la communication entre les peuples, il affirme qu’en multipliant les voyages et donc les échanges, il favorise la tolérance. Cette idée est illustrée par le processus de construction de l’Union européenne qui a débuté modestement par l’instauration d’une coopération dans le domaine du charbon et de l’acier puis d’un marché commun, créant ainsi une communauté d’intérêts entre ses membres. Dans le même ordre d’idées, les besoins de communication, donc de dialogue, générés par le commerce ont ainsi été à l’origine de la création du premier alphabet par les Phéniciens.

De son côté, Fernand Braudel, qui a développé le concept d’économie-monde en lien avec l’espace géographique, culturel et économique constitué autour de la mer Méditerranée, montre, entre autres, l’influence déterminante du milieu géographique sur les échanges matériels et immatériels. Il estime par ailleurs que s’il existe de grandes différences entre les modes de vie et de penser propres aux civilisations européenne et musulmane, celles-ci ont été une source d’enrichissement culturel réciproque.

Fossé d’incompréhension

Ces analyses restent-elles d’actualité ? Alors que les riverains de la « Mare nostrum » romaine faisaient partie d’une même civilisation, la Méditerranée est plus que jamais le théâtre d’un clivage entre sa rive nord et ses rives sud et est. Beaucoup d’Européens la voient surtout comme une voie de passage de flux migratoires indésirables menaçant sa culture, ses valeurs et sa sécurité. Tandis que la montée de l’islamisme radical se traduit par un regain d’anti-occidentalisme de la part d’une partie des musulmans.
Les forums de dialogue interculturel ou interreligieux et les initiatives visant à combler ce fossé d’incompréhension et à promouvoir la coopération entre pays riverains de la Méditerranée, qu’elle soit de nature culturelle, politique, ou économique, n’ont pas manqué, quoique sans grand effet. Signalons entre autres la conférence donnée en 2013 à l’Institut du monde arabe au cours de laquelle Edgar Morin a lancé un cri d’alarme face aux replis identitaires dans les pays méditerranéens : « La Méditerranée s’efface comme facteur commun. Pourrons-nous sauver la Méditerranée ? Pourrons nous restaurer, mieux, développer sa fonction communicatrice ? Pourrons-nous remettre en activité cette mer d’échanges, de rencontres, ce creuset et ce bouillon de culture, cette machine à fabriquer de la civilisation ? »

La question est notamment de savoir dans quelle mesure les échanges économiques peuvent aujourd’hui favoriser le dialogue des cultures et le vivre ensemble autour de la Méditerranée. La principale initiative de partenariat euro-méditerranéen a été le processus de Barcelone, aussi appelé Euromed, engagé en 1995 et visant à instaurer une zone euro-méditerranéenne de paix, de stabilité et de sécurité. L’enjeu était de refaire de la Méditerranée un espace intégré économiquement au-delà de ses divisions politiques et de son hétérogénéité culturelle et religieuse. Des accords d’associations prévoyant une libéralisation des échanges furent effectivement signés entre l’UE et huit pays du sud de la Méditerranée.

Renforcer l’UpM

Mais le bilan de ce processus fut très mitigé, ce qui suscita le projet politiquement plus ambitieux d’Union pour la Méditerranée (UpM), lancé en 2008 par Nicolas Sarkozy, qui voulait initialement l’appeler « Union méditerranéenne » et y inclure uniquement les pays riverains. Mais les pays du nord et de l’est de l’UE qui y ont été associés sur l’insistance de l’Allemagne n’y voyaient pas le même intérêt que la France. La mission et les objectifs initiaux de l’UpM, notamment la création d’une zone de libre-échange entre l’UE et les pays du sud de la Méditerranée, ont donc été revus significativement à la baisse, tandis que les suites des « printemps arabes » ont achevé de contrecarrer ses ambitions. Comptant 43 États membres, l’UpM se concentre aujourd’hui sur des domaines tels que la dépollution de la Méditerranée, le développement des autoroutes maritimes et terrestres, la protection civile, l’énergie solaire, la recherche et l’enseignement supérieur ou le développement des entreprises dans la région.

Malgré la prise de conscience de toutes les parties prenantes de l’ampleur de la crise, aucune tentative sérieuse de relance de la coopération méditerranéenne et euro-arabe n’a été engagée depuis les « printemps arabes ». La responsabilité de réduire les foyers de tensions et d’affrontements pour assurer la stabilité et la sécurité dans l’espace méditerranéen et euro-arabe appartient d’abord aux États : parallèlement à la priorité donnée à la construction européenne par le nouveau locataire de l’Élysée, ne serait-il pas avisé de renforcer l’UpM en lui redonnant ses ambitions initiales ? Un nouveau souffle qui devra, cette fois, passer aussi par davantage de dialogue et d’implication de la société civile, pour éviter les écueils passés.

Ibrahim TABET - Président de la délégation au Liban de la Renaissance française, association pour la promotion de la francophonie.


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