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PARIS : Hommage à Pierre Morizot fondateur d’AOURAS

A l’initiative du Professeur Charles Guittard, son président, AOURAS, société savante en lien étroit avec notre institution, a rendu hommage le 11 décembre à l’Ambassadeur Pierre Morizot, un homme d’exception.

La cérémonie s’est tenue dans le cadre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer.

ACADEMIE DES SCIENCES D’OUTRE-MER

HOMMAGE A PIERRE MORIZOT

par

DENIS FADDA , Président international de La Renaissance Française

Nous sommes réunis aujourd’hui pour rendre hommage à un confrère qui nous était très cher et qui déjà nous manque beaucoup, Pierre Morizot, décédé le 20 août dernier.

Nous avons chacun connu un ou plusieurs aspects de la forte personnalité de Pierre Morizot, pas forcément les mêmes et nous avons des souvenirs différents.

Pour ma part, j’ai fait sa connaissance à l’Académie en 2002 - il y avait été élu en 1991 - et tout de suite est né un courant de sympathie et sans doute, devrais-je parler d’empathie. J’ai été immédiatement frappé par la profondeur de sa pensée, ce qui a donné par la suite des rencontres extrêmement riches.

J’ai été saisi aussi par la cohérence de cette pensée, une pensée claire qui construisait des ponts entre ses expériences de contrôleur civil, de diplomate, d’académicien, d’archéologue, d’historien où dominait un amour profond pour l’Afrique du nord et ses populations. Une pensée qui édifiait des passerelles entre les hommes lorsque d’autres bâtissaient des murs.

Il s’acharnait à rapprocher les êtres, ce qui faisait de lui un homme respecté de tous ; et le chercheur qu’il était savait qu’il pouvait compter sur un important réseau d’amitiés toujours prêtes à lui fournir le renseignement qu’il demandait ou à se rendre sur place pour identifier ou s’assurer d’une découverte.

Pierre Morizot était d’abord un homme de courage.

Il a 22 ans et se trouve en Afrique du nord lors du débarquement allié ; sans la moindre hésitation, il s’engage dans les Forces Françaises Libres et participe à la campagne de France puis à la campagne d’Allemagne. Il y est blessé et cité à l’ordre de la brigade ; sa légion d’honneur c’est à titre militaire qu’il la reçoit.

Déjà Licencié en droit avant son engagement, il devient, pendant deux ans, attaché d’administration en zone française d’occupation à la fin de la guerre. C’est dans cette période qu’il prépare le concours du contrôle civil du Maroc et de Tunisie et qu’il y est brillamment admis. Il sera contrôleur civil au Maroc jusqu’en 1956 avant d’embrasser la carrière diplomatique.

Homme de synthèse, il a su tirer enseignement de chacun de ses séjours à l’étranger de Tabriz à Toronto en passant par Oslo et Dakar puis de Mascate à Colombo en tant qu’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire. Ces séjours ont enrichi sa réflexion, ce dont il a su faire profiter, notamment par ses communications, tant ses consoeurs et confrères de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer que les membres de l’Académie des inscriptions et belles lettres ainsi que différentes revues scientifiques.

Ses fonctions et responsabilités ne l’ont jamais empêché de poursuivre ses travaux d’archéologue et d’historien sur l’Aurès antique. Ayant découvert l’Aurès - et la présence romaine dans ce massif - à 19 ans, il lui est resté parfaitement fidèle jusqu’à sa 97e année, démontrant une fidélité et une persévérance inébranlables, créant AOURAS, une société savante devenue incontournable et oeuvrant sans cesse à rapprocher Algériens et Français.

Parler de Pierre Morizot, c’est parler d’un homme de courage, de fidélité, de persévérance et de conviction, comme je viens de le faire, mais c’est aussi parler d’un homme de droiture, de rectitude, de rigueur, d’un homme pondéré, d’un homme de paix.

C’est parler encore d’un ami infiniment aimable, délicat, courtois, respectueux des autres, de tous les autres

Je garderai toujours en mémoire les moments merveilleux passés ensemble dans son appartement du 12 rue de Franqueville.

Il savait écouter et son regard joyeux et malicieux, expression de la sagesse, vous encourageait à parler ; il savait aussi mettre son érudition au service de l’analyse.

Quand - alors que j’étais président de cette académie - j’ai entamé la préparation d’un voyage d’étude en Algérie, un voyage qui me tenait à cœur et qui eut lieu en octobre 2012, je l’en ai informé sans tarder et je revois la joie qui illumina son visage à cette annonce.

Il voyait là, comme moi-même, une occasion de plus de rapprochement entre les êtres. Effectivement, ce furent des moments merveilleux de complicité. Tout au long de notre parcours qui nous mena de Bône/Annaba, d’Hippo Regius, à Madaure, à Djemila, Timgad, Lambèse, puis à Cherchell et Tipaza, l’accueil fut remarquable et les contacts enrichissants. Camus avait, en quelque sorte, salué notre arrivée en Algérie, dans son village natal de Mondovi/Dréan, à quelques kilomètres d’Hippone ; il nous salua à Tipaza avant notre départ.

A notre retour, je m’empressai de faire à Pierre un compte rendu de notre séjour. Il en fut enchanté.

Assis dans son profond canapé, avec la finesse d’esprit que nous lui connaissions, Pierre m’interrogea sur tout. Le succès de ce voyage le ravit au plus haut point et longuement nous parlâmes des initiatives que nous pourrions prendre dans le cadre franco-algérien, comme nous le ferons encore par la suite.

Dans mon récit, une image le laissa songeur ; elle était pour lui une image d’espoir :

Trois marches au coin d’une ruelle. Elles mènent à un jardinet. Sur un banc, un vieil homme pieusement assis, emmitouflé dans une lourde djelaba de grosse laine, un autre debout ; dans une attitude respectueuse il regarde devant lui puis lève les yeux.

Pour en avoir la certitude, il lit l’écriture maladroite sur l’écriteau qui se trouve sur sa gauche. Oui, c’est bien « l’Olivier de Saint Augustin ».

L’arbre a un tronc large ; ses branches sont noueuses et tourmentées, son feuillage est volumineux.

Nous sommes à Tagaste, autrement dit à Souk-Ahras, où est né le philosophe et théologien en 354. Selon les gens du lieu, l’olivier l’aurait connu ; aussi est-il l’objet d’une véritable vénération.

A-t-il pu connaître le grand saint ? Plus de 1600 ans ont passé ! Des experts le pensent, d’autres en doutent fortement.

Sur le Mont des oliviers à Jérusalem, nombreux sont ceux qui affirment que certains des oliviers ont connu le Christ ; les savants sont formels, ils n’ont pas plus de 700 ans.

Si on prête beaucoup à l’olivier c’est qu’à coup sûr il peut vivre très vieux.

Ainsi est-il un témoin et un passeur.

Il est, en quelque sorte, la permanence. Lui, l’arbre de la paix, il nous rassure. Les hommes ne font que traverser la terre, l’Histoire s’écoule, lui demeure. Il est là pour transmettre.

Chaque fois qu’une circonstance le permet, pensons à planter un olivier, l’arbre qui unit les hommes de Méditerranée ; nous serons ainsi en communion avec Pierre Morizot.