Culture ─ Solidarité ─ Francophonie



"Promouvoir la culture, oeuvrer pour la paix, distinguer les mérites"

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Remise de la Médaille d’or au Préfet Parisot de Bayard

Jean-Christophe Parisot de Bayard, descendant de l’illustre chevalier « sans peur et sans reproche », est l’unique haut fonctionnaire tétraplégique. Malgré son lourd handicap, il soulève les montagnes pour servir la cause des plus humbles et démunis.

« Préfet des autres ». Ainsi se définit Jean-Christophe Parisot de Bayard, préfet en mission, en poste à Montpellier (Hérault). Ce haut fonctionnaire présente cette particularité : atteint d’une myopathie dégénérative (dite myopathie des ceintures), il est tétraplégique sous assistance respiratoire, ne pouvant esquiver le moindre geste. Soulever une simple feuille de papier lui est impossible.

Son immobilité physique ne l’empêche pas d’être un homme d’action. Passé par Sciences-Po Paris, titulaire d’un doctorat dans cette discipline, ses références impressionnent : auteur du Livre Blanc « Etudiants et handicap » et porte-parole des étudiants handicapés auprès du ministre de l’Education nationale (François Bayrou), rédacteur du « Manifeste des Citoyens handicapés » sous le parrainage d’Hubert Reeves, co-fondateur avec Nicolas Hulot de l’Observatoires des politique locale du handicap.

Son objectif est clair : « Rendre à la démocratie les éternels oubliés ». En 2007, sur cette base, il se déclara candidat à l’élection présidentielle, sans toutefois pouvoir réunir un nombre suffisant de signatures.

Membre du cabinet de Gilles de Robien, maire d’Amiens, ce dernier, devenu ministre de l’Education Nationale, le nomma délégué ministériel à l’intégration des personnes handicapées. M. Parisot de Bayard lança alors le dispositif « Aide – Handicap –Ecole ».
En 2007, le Conseil des Ministres le nomma sous-préfet, secrétaire général de la préfecture du Lot, à Cahors. En 2012, il était promu préfet en mission de service public chargé de l’exclusion. A ce nouveau poste, il collabora avec François Chérèque, ex-secrétaire général de la CFDT, Inspecteur général des Affaires Sociales, au plan de lutte contre la Pauvreté et pour l’inclusion Sociale, et travailla également avec Régis Guyot, délégué Interministériel chargé de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Sa myopathie évolutive le mit aussi au contact des chercheurs et des dirigeants du Généthon. Homme de foi, ordonné diacre permanent par l’évêque d’Amiens 2002, avec le soutien de l’évêque d’Evry, Jean-Christophe Parisot de Bayard lança l’opération « Cathos pour le Téléthon » en réaction à un évêque français incitant les fidèles à se détourner du Téléthon.
Virtuose des outils informatiques, il écrit beaucoup à l’aide de son clavier virtuel. En 2009, il publiait « Ce mystérieux Monsieur Chopin » (Editions de L’Harmattan), en 2010 « Le rêve Nubien », en 2014 « Louis XVII – dernières nouvelle du roi perdu » (Editions Privat). Son ouvrage « Préfet des autres » fit tourner bien des casquettes dans les hôtels de préfecture.
Nouvelle initiative : la « résurrection » du chevalier Pierre Terrail, dit Chevalier Bayard, homme d’armes qui combattit au service de la couronne de France, sous les règne des Charles VIII, Louis XII et François 1er (qu’il adouba chevalier, selon la demande du souverain).

Descendant de ce « Chevalier sans peur et sans reproche », père de quatre enfants, le préfet en mission a retrouvé avec l’aide d’amis les cendres de ce héros de l’Histoire de France. Elles étaient oubliées dans un simple carton d’un service d’archives départementales. « Je veux redonner à cet illustra ancêtre une sépulture digne de son rang », annonçait-il récemment lors d’une conférence de presse.

Le lundi 6 mars 2017, il avait choisi le cadre du foyer « La Pasquière », à Montpellier, pour recevoir la médaille d’or de la Renaissance Française, des mains de M.Denis Fadda, président international, en présence de M.Pierre Mabire, Président de la délégation de la Somme de La Renaissance Française et de M.Dominique-Henri Perrin, Président de la délégation du Languedoc-Roussillon. Le Président international, retraçant le parcours du récipiendaire, salua « l’homme debout », capable de soulever les montagnes et de gravir les sentiers escarpés pour atteindre ses objectifs et servir les plus faibles.

Le choix de « La Pasquière » était bien celui d’un « Bayard » devenu « préfet des autres » : il s’agit d’un foyer d’accueil et d’hébergement de familles de personnes hospitalisées.

Le discours du Professeur Denis Fadda

DISCOURS DE REMISE DE LA MEDAILLE D’OR DE LA RENAISSANCE FRANCAISE AU PREFET PARISOT DE BAYARD par Denis Fadda

Monsieur le Préfet,

 La Renaissance Française est une institution qui a une longue histoire ; née en 1915, fondée par le Président de la République française d’alors, Raymond Poincaré, avec Lyautey, elle a été placée, à la fois, sous le haut patronage du Chef de l’Etat et celui de quatre ministres, les ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Intérieur et de l’Education nationale. Elle a reçu pour mission de contribuer à la paix et à sa pérennisation par la diffusion de la culture et par la solidarité.

  Ainsi, si elle participe à la diffusion de la culture française et francophone sur tous les continents, elle s’emploie aussi à protéger et à faire mieux connaître les autres cultures, à les faire dialoguer avec la nôtre, à encourager la protection des patrimoines (y compris le patrimoine environnemental), à favoriser la sauvegarde des langues minoritaires, des métiers d’art et de l’artisanat. Par de multiples actions, elle pratique la solidarité, particulièrement dans le monde francophone qui ne se limite pas pour elle aux quelque 80 pays (« Etats et gouvernements » pour reprendre la terminologie de l’O.I.F.) qui constituent la Francophonie, mais à l’ensemble des personnes qui, dans le monde, où qu’elles se trouvent, se reconnaissent dans la culture francophone et dans les valeurs de la francophonie.

  C’est pourquoi, outre celles de France, elle dispose de délégations dans une quarantaine de pays dont, la plupart, ne sont pas des pays francophones. Cette diversité se retrouve dans son conseil d’administration. Madame Simone Veil, de l’Académie française, est sa présidente d’honneur ; la plupart des présidents d’honneur de La Renaissance Française, d’ailleurs, ont été des membres de l’Académie.

  Dès ses origines, notre institution, a été autorisée, sous le contrôle de la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur, à remettre des distinctions. C’est ainsi qu’elle a décidé, Monsieur le Préfet, de vous accorder la plus haute d’entre elles, la Médaille d’or de La Renaissance Française. Je vous en félicite très chaleureusement.

  Mes félicitations vont aussi à votre épouse et à vos quatre enfants dont je sais combien ils sont près de vous.

  La Pasquière nous accueille ce jour pour cette cérémonie ; je voudrais remercier cette équipe admirable de dévouement qui la fait fonctionner et particulièrement sa présidente, Madame Annie Séquier Blanc, dont je connais les innombrables qualités.

  La Renaissance Française a décidé de vous attribuer cette distinction en reconnaissance de l’action de solidarité remarquable que vous ne cessez de mener depuis l’âge de 22 ans ; depuis cet âge-là, de façon continue et avec une volonté inébranlable, vous oeuvrez pour rapprocher les êtres humains, tous les êtres humains, et pour faire comprendre que la différence n’est pas un obstacle mais une richesse.

  De même pour la dépendance, vous soulignez combien nous dépendons tous les uns des autres de l’enfance à la fin de la vie et vous insistez sur la beauté de cette chaine de solidarité. Ce lien avec les autres est source de bonheur. Contrairement à ce qu’a écrit Sartre, dites-vous, l’enfer ce n’est pas les autres.

  Vous êtes né en Afrique - où votre père a donné beaucoup de lui-même - et cela ne s’oublie pas. Consciemment ou inconsciemment, l’Afrique vous aura beaucoup marqué.

  Vous êtes étudiant à Sciences po dont vous serez diplômé - plus tard vous obtiendrez votre doctorat en science politique - lorsque vous fondez la Ligue nationale des étudiants handicapés ; vous rédigez le premier livre blanc en faveur des étudiants handicapés et devenez porte-parole de ces étudiants au Ministère de l’Education nationale.

  Parrainé par Hubert Reeves, vous rédigez le Manifeste des citoyens handicapés, et lancez le Trophée de l’intégration. En 1997,vous êtes l’auteur d’un rapport sur le financement local de la demande sociale. Vous êtes alors Administrateur territorial à Amiens ; vous y restez jusqu’en 2008, jusqu’au moment où, Administrateur civil, vous devenez Secrétaire général de la préfecture du Lot. Vous laisserez dans cette ville d’Amiens un grand souvenir dont peut attester, Pierre Mabire, Président de la délégation de La Renaissance Française en Picardie, ici présent.

  En 2000, vous fondez et présidez le Collectif des démocrates handicapés pour « rendre à la démocratie les éternels oubliés » dites-vous.

  En 2007, le ministre de l’Éducation nationale
vous nomme au poste de délégué ministériel à l’Emploi et à l’Intégration des personnes handicapées. Vous lancez alors le dispositif Aide-Handicap-École.

  En 2010, vous êtes sous-préfet hors cadre puis, en 2012 vous êtes nommé Préfet en mission de service public chargé de l’exclusion. Vous êtes rattaché au Premier Ministre. Notamment, vous travaillez à la mise en œuvre du plan de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. Administrateur civil hors classe, en 2014 vous êtes titularisé en qualité de préfet et en janvier 2016, vous êtes nommé président du CORA de l’Hérault, le Comité Opérationnel de lutte contre le Racisme et l’Antisémitisme. Vos mérites sont à ce point reconnus que vous avez été nommé chevalier tant dans l’Ordre national du Mérite que dans l’Ordre de la Légion d’honneur.

  Ainsi, y a-t-il une partie de votre vie où domine l’action politique et associative et l’autre, l’actuelle, consacrée totalement au service publique. Mais on ne note aucune contradiction, aucun conflit et, au contraire, on est frappé de constater combien il ya de cohérence et même d’unité tant dans votre pensée que dans votre action. Vous écrivez : “ Je suis rentré dans le service public avec la volonté de faire avancer la société. Je voulais servir la collectivité.” C’est l’exacte continuité des engagements que vous avez pris à l’âge de 22 ans.

  Cependant, ce qui n’apparaissait pas encore à cet âge-là, c’est que vous êtes un écrivain, autant romancier qu’essayiste . Et dans des ouvrages comme “Le mystérieux Monsieur Chopin”, “Le rêve nubien”, “Louis XVII : dernères nouvelles du roi perdu”, “Marignan 1515 : la bataille des géants”, des ouvrages où vous mariez avec bonheur l’Histoire et la fiction, vous nous séduisez par votre talent, votre style, votre art du récit. Dans des ouvrages comme “Plus que la fraternité”, “Préfet des autres”, “Le handicap, une chance pour l’école”, “Même si je souffre”, c’est tout autre chose, vous exprimez des convictions, vous élaborez des propositions et vous acceptez de témoigner.

  Ce que je viens de dire de vous, très rapidement, ne laisse pas apparaître la souffrance qui parcourt votre vie.

 Mais si dans votre vie il y a souffrance, votre vie est aussi exemple.

  Il est vrai que vous appartenez à une famille où l’on sait ce que sont le courage, le don de soi, l’abnégation et aussi la loyauté, le sens de l’honneur, la fidélité.

  L’un de vos ancêtres, le Chevalier Bayard – dont, grâce à vous, nous connaissons désormais le visage - sans doute l’un des rares personnages de l’Histoire de France qui soit vraiment connu de tous, est l’exemple même du courage et de la vertu. La vertu qui est, à la fois, coeur et courage.

  Dans l’un de vos ouvrages, vous évoquez l’un de vos grands-pères qui, prévenu la veille de son arrestation par les Allemands ne s’enfuit pas ; ceci afin que nul autre que lui-même n’ait à porter la responsabilité d’avoir aidé et caché des êtres en danger. Il a donc su qu’il allait devoir donner sa vie et il l’a donnée. Vous êtes bien de ce sang-là, vous êtes bien un Bayard.

 Et vous dites aussi que dans votre famille on a appris très tôt que la vie est plus importante par la qualité que par la quantité d’années et que ce qui compte, c’est de se donner aux autres”. Un Bayard vraiment !

 Et jusqu’à ce jour, vous n’avez fait que cela ; vous donner aux autres.

 Vous êtes souvent poignant, et même bouleversant, dans vos ouvrages plus personnels comme “Préfet des autres”, par exemple, mais vous l’êtes particulièrement lorsque vous vous souvenez du temps où vous grimpiez aux arbres et surtout de ce jour où vous vous élanciez pour rattraper vos camarades et que brusquement vos jambes se sont dérobées ; vous aviez 11 ans je crois.

 Jour terrible ! Ce n’étaient pas seulement les jambes qui refusaient d’aller plus loin, c’était la vie qui décidait de prendre un autre cours.

 Le désespoir, un moment, a voulu prendre le dessus mais cela ne vous ressemblait pas, pas du tout, le caractère depuis longtemps déjà était formé. Il y avait vos parents, des parents merveilleux, mais il y avait surtout cette flamme intérieure, cette foi innébranlable dans le Christ toujours prêt à accompagner si on le lui demande et, parfois même, quand on ne le lui demande pas ; immédiatement après la chute n’avez-vous pas touvé la croix d’un chapelet, parmi les graviers, dans le creux de la main que la rage et le desespoir vous faisait serrer avec force ?

  Votre foi vous conduira à devenir diacre permanent, en 2002, pour ainsi manifester votre désir de vous “rapprocher de ceux qui sont éloignés”, comme vous l’écrivez.

***

  Monsieur le Préfet, vous avez écrit et dit « J’aime la vie. Personne ne peut m’interdire de le proclamer ». Je dirais qu’il suffit de vous voir pour savoir que vous aimez la vie ; votre présence seule pourrait en être un témoignage. Je vous en supplie, aimez-la, aimez-la toujours, vous êtes un réconfort et un espoir pour des millions d’êtres humains.

  La Renaissance Française a voulu reconnaître votre action inlassable au service des autres, mais, en même temps, elle a désiré vous remercier pour ce réconfort et cet espoir que vous prodiguez et aussi pour cet exemple magistral que vous incarnez.

  Pour tout ce que vous avez donné et que vous continuerez de donner, je suis particulièrement heureux de vous remettre maintenant la Medaille d’or de La Renaissance Française.

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