Sarre : compte rendu de la conférence sur les Malgré-Nous

Compte rendu de la conférence :

Contre leur gré !? L’« incorporation de force » des Alsaciens, des Lorrains et des Luxembourgeois dans la Wehrmacht allemande – Les Malgré-Nous

Les Archives municipales de Sarrebruck et la Délégation de Sarre avaient organisé, le mardi 28 avril, une conférence sur un sujet grave et important, comme l’a souligné le Dr Hans-Christian Herrmann, directeur des Archives municipales, dans son introduction. La conférence était consacrée à la germanisation forcée de l’Alsace, de la Lorraine et du Luxembourg pendant la période nazie, ainsi qu’à l’incorporation forcée d’Alsaciens, de Lorrains et de Luxembourgeois dans la Wehrmacht allemande et la SS pendant la Seconde Guerre mondiale. La deuxième partie de la conférence portait sur la manière dont la France, le Luxembourg mais aussi la Belgique ont fait face à cette épreuve après la Seconde Guerre mondiale.

L’intervenant de la soirée était le Dr Peter M. Quadflieg, directeur des archives municipales de Wiesbaden et d’origine germano-belge. Dans le cadre de sa formation universitaire et de ses recherches, Dr Quadflieg s’est penché de manière approfondie sur ce sujet, s’intéressant en particulier aux mesures d’enrôlement forcé mises en place pendant la Seconde Guerre mondiale dans sa région natale d’Aix-la-Chapelle-Eupen/Malmédy. Dans ses remarques liminaires, il a tout d’abord fait remarquer que la pertinence socio-politique du sujet avait perdu de son importance, qu’il était désormais historicisé. Il a présenté la culture mémorielle liée à ce thème, qui se manifeste principalement au grand public sous la forme de monuments commémoratifs. Le sujet a toutefois fait son entrée dans la culture populaire. Le conférencier a cité quelques exemples à cet égard.

Dans la suite de son exposé, l’intervenant a tout d’abord procédé à une analyse juridique historique du sujet. Que signifiait l’incorporation de force pendant la Seconde Guerre mondiale ? Pour les personnes concernées, l’incorporation de force était synonyme de combat contre leur propre peuple ; selon l’intervenant, les personnes incorporées de force devaient se battre pour un pays dont elles n’avaient pas la nationalité, ce qui constituait très clairement un acte contraire au droit international.

Au total, 150 000 Alsaciens, Lorrains et Luxembourgeois ont été enrôlés de force pendant la Seconde Guerre mondiale. Derrière ce chiffre – a poursuivi l’intervenant – se cachent 150 000 destins individuels, mais on peut néanmoins discerner des structures liées à ce système de recrutement forcé. Celles-ci ont été illustrées de manière très précise et vivante par l’intervenant, qui s’est appuyé sur deux exemples marquants de soldats enrôles de force et originaires de la région d’Eupen/Malmédy (Belgique orientale).

L’un des axes principaux de la conférence a porté sur la manière dont les socié-tés française, belge et luxembourgeoise ont abordé la question des incorporés de force après la Seconde Guerre mondiale. Le débat à ce sujet, marqué par le désir des soldats enrôlés de force d’être reconnus comme un groupe de victimes et d’être réhabilités, s’est déroulé différemment dans chaque pays.

En ce qui concerne la France, l’intervenant a décrit les événements liés au procès de Bordeaux en 1953, qui portait sur le massacre d’Oradour-sur-Glane. Quatorze soldats alsaciens incorporés de force étaient impliqués dans le massacre de la population d’Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944, un crime de guerre perpétré par la Waffen-SS allemande. Leur condamnation lors du procès de Bordeaux (le 11 février 1953) déclencha des protestations massives dans leur région d’origine, l’Alsace, car les Alsaciens se considéraient comme des victimes de l’occupation allemande et non comme des complices. En conséquence, le gouvernement français promulgua une loi (le 20 février 1953) déclarant les incorporés de force alsaciens victimes de l’État nazi. Les condamnés furent amnistiés, ce qui suscita à son tour une vive incompréhension de la part de la population du Limousin. Ainsi, jusqu’au début des années 2000, les visites de représentants du gouvernement français lors des commémorations à Oradour-sur-Glane étaient mal accueillies par la population locale. À travers cet exemple, l’intervenant a mis en évidence à quel point le débat sur la reconnaissance des Malgré-Nous en tant que groupe de victimes a longtemps divisé la société française, et ce jusqu’à un passé récent.

Ce n’est qu’en 2010, le 8 mai 2010, à l’occasion d’une visite commémorative de la fin de la guerre, que le président en exercice de l’époque, Nicolas Sarkozy, a réhabilité les Malgré-Nous dans son discours en déclarant que les Malgré-Nous n’étaient pas des traîtres, mais au contraire des victimes d’un crime de guerre. En 2025 (le 11 novembre 2025), le président Emmanuel Macron a également rendu hommage au sort des Malgré-Nous en dévoilant une plaque commémorative à l’Hôtel des Invalides. Quatre des quelque 50 Malgré-Nous encore en vie étaient aussi présents.

Dans une brève conclusion, Dr Quadflieg a une nouvelle fois souligné que la mémoire des incorporés de force, les Malgré-Nous, avait toujours été marquée par le désir d’être reconnus comme un groupe de victimes. Le conférencier a su mettre en évidence et présenter de manière convaincante cet aspect de son exposé devant un public principalement sarrois, bien familiarisé avec les questions franco-allemandes faisant l’objet de débats controversés.

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