Médaille d’Or de La Renaissance Française à l’Amiral Alain COLDEFY

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L’Amiral Alain Coldefy à l’honneur

Au cours d’une belle cérémonie qui s’est tenue à Paris le jeudi 12 mars, à l’Académie des sciences d’outre-mer, l’Amiral Alain Coldefy, ancien Major général des Armées, ancien inspecteur général des Armées et actuel président de la Société des membres de la Légion d’honneur, la SMLH, a reçu des mains de Monsieur Gabriel de Broglie de l’Académie française, chancelier honoraire de l’Institut de France, président d’honneur de notre institution, la Médaille d’or de La Renaissance Française pour l’oeuvre remarquable qu’il a accomplie et continue d’accomplir et pour les services éminents rendus à son pays.

Après les discours du président international, le Professeur Denis Fadda, et du président d’honneur, l’Amiral Coldefy s’est exprimé d’une façon qui a touché l’auditoire.

A suivi une remarquable conférence de l’Amiral Emmanuel Desclèves sur le thème « La première grande migration humaine par voie maritime ». Le texte de cette conférence sera publié sur notre site.

Un cocktail a ensuite réuni tous ceux qui avaient assisté à cette cérémonie.

Discours du président international

REMISE DE LA MEDAILLE D’OR DE LA RENAISSANCE FRANCAISE A l’AMIRAL ALAIN COLDEFY LE 12 MARS 2020
discours du Professeur Denis Fadda

Amiral,

Vous êtes un marin, un marin de la Royale, un marin qui a fait une grande carrière.

C’est déjà dire beaucoup.

Elève du Prytanée militaire de La Flèche, ingénieur de l’Ecole navale, élève de l’Ecole de spécialité missiles artillerie, élève de l’école supérieure de guerre navale et du cours supérieur interarmées, auditeur au centre des hautes études militaires et à l’institut des hautes études de Défense nationale, breveté de l’Ecole supérieure de guerre navale, vous serez Major général des Armées, puis Inspecteur général des Armées.

Entre-temps vous avez été directeur des opérations /logistique/aéronavale de la Marine, Amiral commandant la force aéronavale franco-britannique au Kosovo, commandant du porte-avions Clémenceau engagé dans les opérations en ex-Yougoslavie et de l’escorteur d’escadre du Chayla pendant le conflit Iran-Irak.

En effet, en 1992-1993, vous avez commandé le Clémenceau, le Clem ; il a été désarmé en octobre 1997, puis démantelé après bien des péripéties en 2009-2010. C’était l’époque où la France disposait de deux porte-avions.

En 1999, à bord du porte-avions Foch, vous avez exercé - comme je l’ai dit - le commandement de la force aéronavale franco-britannique. Vous connaissiez bien le Foch puisque, auparavant vous y aviez embarqué pour trois années. Devenu le Sao Polo en 2000, le bâtiment est en train de finir sa vie en ce moment même, les Brésiliens n’ayant plus les moyens de l’entretenir. Vous avez ainsi vécu la fin de ces deux géants qui ont marqué l’histoire de la Marine ; je n’ai aucun mal à imaginer ce que vous avez pu, ce que vous pouvez ressentir.
Pour être un vrai marin, vous le savez mieux que quiconque, il faut connaître l’art de la navigation ; naviguer est un art, bien plus qu’une technique et qu’un savoir-faire car, sur la mer, les chemins ne sont pas tracés. Il incombe au commandant, pour chaque navigation, de tracer la voie la plus juste et la moins périlleuse.

Le marin sait que la mer est indomptable ; au mieux, il l’apprivoise et il doit s’adapter à elle à chaque instant, tout en gardant le cap.

L’homme de la mer vit dans une autre dimension ; j’ai toujours pensé, en effet, qu’il existe trois mondes bien distincts : celui de la terre, celui de la mer et celui de la musique ; ces deux derniers placent l’humain dans une autre dimension. Et je ne peux pas ne pas penser à ce magnifique poème de Baudelaire qui identifie la navigation en mer à la musique :

« La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile... »

Quelle meilleure école pour apprendre à faire la guerre - c’est à dire à dissuader ou à défendre - que d’apprendre d’abord à naviguer ? Le marin est forcément un stratège.

Par ailleurs, le marin ne navigue pas seul. Dans la Marine, univers à la fois hiérarchisé et fraternel, chacun a besoin de l’autre. En temps de paix comme en temps de guerre ou de tensions, le marin brave le danger et quel danger ! Et contre le péril, on le sait, l’arme majeure, c’est la solidarité, solidarité qui devient vite fraternité.

Vous, Amiral, la mer vous a capturé alors que vous étiez un homme de l’intérieur ; si j’ose dire un homme proche de la terre, de l’humus, milieu dont vous avez hérité l’humilité et l’humanité. Valeurs que la fréquentation de l’univers marin nourrit et développe.

La mer est un désert, et même si aujourd’hui la technique le relie à la terre, le bâtiment est seul. C’est une île qui se déplace. Le marin est donc confronté à lui-même. Que dire de celui qui a la responsabilité du commandement ? Que dire de sa solitude, de l’ exigence morale que cette situation présume ? Il doit se dépouiller de ses passions, de ses émotions, pour prendre la décision qui convient.

En évoquant le marin que vous êtes et ses fonctions de commandement, j’ai déjà dit beaucoup, oui, mais je n’ai pas tout dit.

Major général des Armées, vous avez conduit pendant trois ans les réformes structurantes de l’administration centrale avec des idées claires et une grande efficacité. Durant une très longue période, en fait, dans le cadre de vos différentes fonctions, il n’y a pas un seul des grands dossiers concernant la défense qui vous ait échappé, d’autant que vous avez toujours une vision large et élevée des choses ; vous les voyez avec un grand angle. Ce n’est pas pour rien que le président de EADS, Louis Gallois, a voulu vous avoir comme conseiller auprès de lui. Là, il vous fallait tout voir, tout savoir pour proposer les bons choix.

Il faut dire qu’avant d’être Major Général et Inspecteur général vous aviez eu des expériences qui vous avaient permis de prendre la mesure des tâches à accomplir, en tant que directeur des relations internationales des armées à l’état major des Armées, en tant que chargé de l’emploi des officiers à la direction du personnel militaire de la Marine, et en tant que membre du cabinet militaire de deux ministres de la Défense.

Toutes ces responsabilités nécessitent une réflexion profonde dans le domaine de la stratégie et de la défense ; vous l’avez menée et vous la poursuivez aujourd’hui dans différents cadres :

  • Président du Comité d’Etudes de Défense Nationale et directeur de la revue Défense Nationale jusqu’en 2018, revue dont l’Amiral Dufourcq ici présent a été le rédacteur en chef.
  • Président du club Horizon du centre d’Etudes et de Prospective stratégique depuis 2010
  • Directeur de recherche à l’IRIS où vous avez dispensé un cours de dissuasion et stratégie
  • Vice-Président de la Fondation pour la Recherche stratégique
  • Président de la Commission « Armées jeunesse »
  • Membre du Conseil d’administration de l’ IHEDN
  • Administrateur de DCI Défense Conseil International

Auteur de nombreux articles, intervenant dans des émissions de radio et de télévision, conférencier, notamment en Sorbonne ou encore récemment à Cahors ou à Francfort, vous avez été élu membre de l’Académie de marine en 2006 et en êtes devenu le président en 2016. Une académie que je connais bien puisque, lorsque j’étais président de l’Académie des sciences d’outre-mer, nous avons initié une fructueuse coopération entre les deux académies par un colloque rue Royale dont mon confrère l’amiral Desclèves a été l’artisan.

Vous êtes aussi membre d’honneur de l’ Académie royale des sciences navales de Suède depuis 2016 et, toujours à l’ étranger, membre de l’ Instituto Balear de la Historia, Distinguished fellow du New Westminster College et Professeur d’éthique, membre de l’ European Leadership Network.

Par ailleurs vous êtes :

Administrateur de l’ ASAF, l’Association de soutien à l’ armée française
Administrateur de France-Amérique où vous présidez la section Défense et Sécurité
Membre de la Société d’Histoire générale et d’Histoire diplomatique que préside notre président d’honneur ; vous êtes d’ailleurs intervenu au cours de son tout dernier colloque, le 25 février.

Homme de fidélité, vous l’êtes à ce qui vous a construit : votre terre d’abord, vos terres devrais-je dire, celle du Limousin qui vous a vu naître d’un père médecin général et celle des causses du Quercy à laquelle vous êtes si attaché, au point que la ville de Rocamadour vous a fait citoyen d’honneur. En général ce n’est pas le titre dont on est le moins fier. Fidélité à ce qui vous a formé, le Prytanée militaire de La Flèche dont l’association des anciens élèves a fait de vous son président durant sept années et dont vous êtes maintenant président d’honneur.

A cela, vous avez ajouté une importante expérience des enjeux industriels tant comme Vice-Président des Affaires Politiques France et comme conseiller du président de EADS/Airbus, comme je l’ai dit, de 2006 à 2012, que comme administrateur du GICAN, le syndicat professionnel de l’industrie navale civile et militaire.

Aujourd’hui, et ce depuis 2018, ayant succédé au général Gobillard, vous présidez la SMLH qui compte 600 sections et comités en France et qui est présente dans 62 pays. Vous y avez déjà accompli une action de développement considérable.

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Grand -Officier de la Légion d’Honneur
Grand-Croix de l’Ordre national du Mérite
vous êtes titulaire de la Croix de la Valeur Militaire : cité à l’ ordre de l’Armée et du Régiment.

Comment ne pas penser à cette œuvre fondatrice de notre civilisation qu’est l’Odyssée où Homère ponctue chaque épreuve par ces vers :

« Nous reprîmes la mer avec tristesse
Heureux d’avoir échappé à la mort
mais pleurant nos compagnons disparus »

Ulysse exprime magnifiquement dans ces vers composés il y a près de 3000 ans, le double devoir du soldat, entre fidélité au passé et ouverture sur l’avenir. Pleurer les morts, c’est ne jamais oublier le sens de la mission du soldat que vous incarnez si hautement : servir l’humanité dans sa dimension universelle.

Telle est la vocation d’un marin de la Royale qui connaît les théâtres d’opération ; vous l’avez grandement honorée. Lyautey qui fut président d’honneur de La Renaissance Française, et fut aussi président de l’Académie où nous nous trouvons, n’avait-il pas pour devise : « La joie de l’âme est dans l’action » ?

Sachant l’action et la mission remarquables que vous avez conduites au service de votre pays et que vous continuez de conduire dans bien des domaines, notamment à la tête de la SMLH, je suis heureux que vous ait été décernée la Médaille d’or de la Renaissance Française, la plus haute des distinctions de notre institution, distinction qui va maintenant vous être remise par le Chancelier Gabriel de Broglie de l’Académie française, notre président d’honneur.