Patrimoine bâti : Maurice DUVANEL - Pierre MABIRE

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La Renaissance Française a voulu donner la parole aux acteurs premiers du patrimoine bâti, c’est-à-dire aux artisans de très haute qualification qui permettent aux édifices patrimoniaux de perdurer malgré les assauts du temps ...et des hommes.

En effet, trop souvent, dans ce domaine, la parole est donnée uniquement aux historiens de l’art, aux architectes et aux experts chargés de « dossiers ». Au cours de la matinée, ce vocable aujourd’hui si usité n’a jamais été prononcé et les compagnons qui, après avoir précisé qu’ils étaient plus habitués à tenir un outil qu’un micro, ont véritablement passionné l’auditoire. Maurice Duvanel, maître couvreur, a commenté les images retraçant les fabuleux chantiers de restauration qu’il a dirigés, notamment au Mont Saint Michel, à Versailles et surtout à la cathédrale d’Amiens dont il connaît toutes les pierres. « Un pied dans le vide et l’autre sur rien », voilà sur quoi s’appuie un compagnon couvreur, juché sur des échafaudages vertigineux pour réparer les toitures, restaurer les statues et les ornements. Il a évoqué le pionnier de la conservation du patrimoine, Violet le Duc, dont il a bien connu la petite-fille qui, à l’âge de 102 ans, grimpait encore sur les échafaudages ! Un univers fondé sur l’amour du travail bien fait, le respect de la personnalité de chacun que l’on peut lire dans les traces cryptées que certains compagnons gravent dans la pierre, et une profonde et nécessaire solidarité. Tailleurs de pierre, ardoisiers, couvreurs, sculpteurs, doreurs se succèdent sur les toitures et les flèches ; selon Maurice Duvanel, la transmission du savoir-faire ne s’est pas perdue. Elle se fait toujours oralement, par la proximité entre le maître et l’apprenti :
« on fait mieux encore aujourd’hui, a-t-il précisé, grâce au progrès des techniques ». On ne peut s’empêcher de rêver que cette intelligence de la rencontre entre savoirs traditionnels et techniques modernes soit transférée dans d’autres domaines...

Le témoignage d’Emile-Armant Benoit, meilleur ouvrier de France 2015, a confirmé le dynamisme de la profession qui suscite de plus en plus de vocations malgré les exigences et l’engagement nécessaires, mais sans doute aussi grâce à elles. Les joies que procurent ces métiers sont proportionnelles à leurs difficultés. Respect, solidarité, confiance, sont mis à l’épreuve à tout instant dans les chantiers dont la loi est simple : « Le chef, c’est le meilleur d’entre nous, c’est tout. »
Un éclairage particulier et passionnant a été donné sur la ville d’Amiens par Pierre Mabire qui a ouvert sa présentation par une photo du président Poincaré rendant visite à Amiens.
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Le Président Poincaré en visite à Amiens, honoré par un arc de triomphe édifié par les commerçants et industriels de la ville
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Amiens était à ce moment-là, en pleine guerre, une ville internationale où se concentraient les forces alliées, et notamment des soldats australiens et nouveaux-zélandais, ainsi que les troupes venues de l’Outre-Mer ; elle était alors la véritable capitale de la francophonie.

Les familles des soldats australiens viennent toujours se recueillir sur les tombes de leurs ancêtres si bien que Pierre Mabire a proposé que des rosiers Simone Veil soient plantés en mémoire de ces jeunes australiens tombés sur les champs de bataille.

La cathédrale d’Amiens, joyau architectural du gothique du Nord, autant par ses prouesses architecturales que par la prolifération ornementale (elle est deux fois plus spacieuse que Notre Dame de Paris) a été miraculeusement épargnée, alors que la ville a été en grande partie détruite.
La ville d’Amiens a entrepris des chantiers de restauration et acquis une grande expertise dans ce domaine. La restauration est un art difficile, qui exige des compétences techniques très sûres, une adaptation permanente au sujet et une réflexion subtile sur la limite : jusqu’où consolider, sécuriser, restaurer, rénover ?
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Une carte postale a fait le tour du monde : elle représente le fameux « ange pleureur » de la cathédrale d’Amiens. Émouvant par sa grâce et son innocence, il représente les éternelles souffrances que les êtres humains subissent... et s’infligent.
Une maison d’édition tout à fait remarquable accompagnait le colloque : elle porte le nom poétique de « La nuée bleue », est née en 1920 à Strasbourg et a un ancrage très fort dans tout l’est de la France.

voir aussi : AMIENS : La grâce d’une cathédrale

En 2010, elle a créé une collection sur les cathédrales de France « La grâce d’une cathédrale », sous la direction de Mgr Joseph Doré. Son catalogue comporte déjà une quinzaine de titres : Strasbourg, Amiens, Albi, Saint-Denis, Chartres, Fourvière... L’éditeur, Monsieur Bernard Reumaux, a su transmettre à l’auditoire la passion qui anime l’équipe éditoriale. Celle-ci fait un travail de recherche très fin, très scientifique, afin de proposer sur chaque sujet la vision la plus ouverte possible, qui brasse les problématiques d’histoire, d’histoire de l’art, de techniques et d’artisanat, de sociologie et d’anthropologie, de sciences religieuses… Les supports photographiques sont impressionnants par leur éloquence et sont l’œuvre de photographes de talent www.lagracedunecathedrale.com
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