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Témoignages de la présence de l’Armée Française à Thessalonique pendant la Première Guerre Mondiale

Dr Antoine SATRAZANIS

Au début du XXe siècle la Macédoine devint le centre des plusieurs évolutions internationales aussi bien politiques que militaires. La carte politique des Balkans change et de l’Empire multinational ottoman nous passons à la création d’états nationaux dans la vaste région. Pendant les années qui suivent les relations des états balkaniques sont définies de leurs politiques nationales –la plupart des fois contradictoires- des visions nationalistes mais aussi de la volonté des Grandes Puissances de les contrôler (pour avoir une issue en Méditerranée, pour s’assurer de la route vers l’Orient). A cette époque la Grèce se réorganise, la coalition balkanique et la guerre qui suit contre l’Empire Ottoman avec la victoire des forces balkaniques aboutit en 1912 à la libération de Thessalonique, le soir du 26 octobre.

Le 22 septembre 1915, des transports de troupes de la flotte de la Méditerranée orientale arrivent au port de Thessalonique et commença le débarquement des soldats Français et Anglais. C’est avec des sentiments mélangés que débarquent à la ville les Alliés, provenant de l’expédition de Kallipoli des Dardanelles. Mais leur enthousiasme n’est pas absent au débarquement à une ville qui leur semble exotique. Thessalonique avait pour les Alliés un charme particulier. Pour les Français de la 156e Compagnie elle ressemblait à une Marseille « balkanique », tandis que pour les Britanniques c’était un nouveau Port Saïd sous une apparence alexandrine, n’appartenant ni à l’Europe, ni à l’Asie, mais constituant un mélange attirant de ces deux tendances.

L’idée pour la création d’un « Front balkanique » par les Forces de l’Entente pendant la Ire guerre mondiale appartient au Général Français, Louis Félix Marie François Franchet d’Espèrey. Le général français proposa en octobre 1914 au Quartier Général de l’Armée Française l’envoi de 185.000 hommes à Thessalonique, pour renforcer les opérations balkaniques contre les forces des Empires centraux – l’Allemagne et Autriche-Hongrie. Au début de 1915 des officiers des états-majors, Français et Britanniques commencent à voir sérieusement la possibilité d’envoyer des troupes à Thessalonique, au moment où la Serbie, leur allié, était sous l’épreuve des offensives des puissances des Empires centraux. C’est ainsi qu’au printemps de 1915 est créée l’Armée d’Orient sous le commandement du général Paul Emmanuel Sarrail, destinée à être envoyée aux opérations du front balkanique. Les Balkans deviennent ainsi un des principaux fronts des hostilités à cause de leur importance géostratégique.

Plus de 200.000 soldats et officiers vivent à et autour de la ville, changeant le caractère, l’économie, même les traditions sociales. Les salaires augmentent et le paiement en espèce devient plus attrayant. Un grand nombre de tavernes, de boîtes de nuit, de bars se créent. La classe bourgeoise accepte ces manifestations mondaines des officiers de l’Entente. La vie mondaine qui dépendait des hôtels luxueux, des grands cafés et des brasseries, des restaurants très chers devint plus intense entre 1915-1918. Les soldats des Alliés coexistent avec les habitants, les fonctionnaires Grecs et les multiples espions des Puissances Centrales.

Au début du XXe siècle, avec une population de 135.000 habitants, Thessalonique est une grande cité des territoires européens de l’Empire Ottoman, possédant le plus petit pourcentage des musulmans, à peine 23%, des grandes villes de l’Empire Ottoman. La libération de la ville par l’armée grecque inaugure une nouvelle période de son histoire. Et alors qu’au recensement de 1913, effectué sous le contrôle du Gouverneur politique de Constantin Raktivan, les Grecs occupaient la troisième place des communautés de la population, après les Juifs et les Musulmans, trois ans après, elle est la première, comptant 68.204 habitants sur un total de 165.704. L’arrivée des troupes alliées contribua aussi à l’essor de toute sorte d’activité artistique. Un grand nombre de troupes théâtrales viennent pour divertir le grand nombre des soldats. Des opérettes et des pièces de boulevard sont présentées au théâtre de la Tour Blanche, des compagnies de variétés donnent des spectacles à la scène d’Alambra et du Ben Cinar.

Parmi les soldats français de l’armée alliée on y trouve des archéologues, des architectes, des byzantinologues, des peintres mais aussi des photographes, qui ont étudié et représenté les monuments connus de la cité, mais qui ont également découvert bien d’autres. Au-delà de cette activité les Alliés avec leur grande expérience coloniale comprennent qu’ils ont l’occasion, au-delà de leur mission guerrière de montrer aux indigènes les biens de la culture européenne, d’apporter le progrès et la technologie contemporaines, dans ces régions, longtemps ignorées et négligées.

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De gauche à droite : un soldat indochinois, français, sénégalais, anglais, russe, italien, serbe, grec et indien

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[1Logo et image extraits de Wikipedia