Culture ─ Solidarité ─ Francophonie



"Promouvoir la culture, oeuvrer pour la paix, distinguer les mérites"

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Délégation de La Renaissance Française au Maroc : colloque organisé en collaboration avec l’Université internationale de Rabat, l’U.I.R.

Le 5 mai dernier, a été organisée dans le cadre de l’Institut d’Etudes Politiques de l’U..I.R., une importante journée qui a fait alterner colloque et tables rondes sur le thème : "Le français, langue politique, langue diplomatique".

A l’issue de la journée, Madame Salima Naji a reçu des mains du Président international de La Renaissance Française, le Professeur Denis Fadda, la médaille d’or du Rayonnement culturel.

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Compte rendu établi par les étudiants (cliquer ici pour lire) :

Compte rendu de l’intervention de Monsieur Denis Fadda, président international de La Renaissance Française :

« Francophonie et esprit de la langue française"

Denis Fadda, président international de La Renaissance Française, a introduit le colloque sous le thème de la francophonie : le français, « langue politique, langue diplomatique ». C’est sur cette question que s’est posée l’interrogation de M. Fadda sur la place qu’occupe aujourd’hui la francophonie dans le monde, et le rôle que joue La Renaissance Française en tant qu’institution culturelle dans la promotion de la francophonie dans sa diversité et sa multiculturalité, face à la « menace » d’arasement pesant sur les langues et les cultures du monde. Dans son allocution d’ouverture, il retrace les origines de l’organisation internationale de la francophonie, qui témoigne d’une construction réalisée en dehors d’une logique de domination, mais bien plutôt de coopération. Cette coopération fût développée de manière volontaire et extrêmement dynamique par des pays dont la francophonie intègre parfaitement la culture, et dont elle est par ailleurs, une des représentations souvent consubstantielle.

1- La culture francophone en progression :
Contrairement aux constats généralement alarmistes concernant la francophonie, M. Fadda a pour sa part, une vision autrement plus optimiste. Pour lui, la culture francophone et la langue française sont des facteurs de renforcement des liens diplomatiques de plus en plus et de mieux en mieux utilisés et partagés, entre les divers membres de la francophonie. S’appuyant sur une estimation prospective, M. Fadda précise que 900 millions de personnes à travers le monde seront locutrices en langue française en l’an 2050. La langue est porteuse de culture, de valeurs, elle est un miroir de l’âme reflétant toute chose nouvelle. Elle est l’outil de l’expression de la pensée. C’est un rapport au monde, éclairé dans un partage moins identitaire qu’universel. Ce partage est sans cesse renouvelé par l’interaction même de ses différents acteurs, aux multiples et si différentes origines, par la langue et l’esprit de la langue rassemblés. Cette culture de la diversité à travers la langue de l’esprit des lumières, loin de disparaître, fait l’objet d’une demande constante sur la scène internationale ou l’on parle toujours en français, en se référant à la culture française et francophone, humaniste et dédiée au progrès. La reconnaissance et l’adhésion aux valeurs portées par cette culture font justement que l’apprentissage de la langue française est en expansion, au-delà de la simple nécessité pragmatique reliée aux relations politiques et économiques, comme on peut le voir avec le désir croissant des différents locuteurs des espaces et territoires de la francophonie d’accéder à la littérature francophone dans sa version originale, que ce soit en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, dans les pays d’Asie du sud-est et même en Extrême-Orient.
De plus, la langue française reste concrètement une langue fortement pratiquée dans le cadre des relations internationales, utilisée dans le fonctionnement de l’ensemble des institutions internationales, que ce soit les organismes intergouvernementaux (les organes de l’ONU) et les tribunaux et cours internationaux.
2- La Renaissance Française :
C’est précisément dans un esprit de paix et dans cette optique de conservation, mais aussi de rayonnement de la culture francophone qu’a été fondée La Renaissance Française voilà plus d’un siècle. En effet, au cœur des ravages de la Première Guerre Mondiale, cette institution a vu le jour en 1915 dans l’objectif d’établir une paix durable entre les hommes, qui passerait par la diffusion de la culture humaniste et par un esprit de solidarité. Les principaux outils n’étaient autres que le dialogue, l’échange et le partage. La communication entre les peuples et les cultures constitue l’axe d’action principal de la Renaissance Française. Faire connaître les autres cultures en insistant sur la solidarité des peuples permet de faire valoir le patrimoine commun des diverses communautés francophones dispersées dans le monde, et c’est ainsi qu’à juste titre, le français est aujourd’hui encore considéré comme la seconde langue de communication dans le monde au sein de l’Institution des Nations Unies. Elle est ainsi, avec l’anglais, la seule langue parlée à peu près partout dans le monde. A la fois internationale et universelle, son apprentissage relève non seulement d’une dynamique de communication politique et sociale, mais présente également le moyen d’avoir accès aux textes originaux d’œuvres majeures, d’une culture francophone dédiée à l’universalité dans le respect des différences. Elle constitue à ce titre, le véritable ciment d’un humanisme partagé dans l’esprit et la forme au sein des instances internationales et notamment des Nations Unies.
Ainsi, la langue française demeure et s’affirme comme un moyen d’intégration et de compréhension dans un monde globalisé où la circulation des idées joue un rôle essentiel dans la mise en réseau et la synergie des espaces et des communautés humaines, qui passe, précisément, par la langue et la culture, cette dernière constituant l’environnement quotidien des gens. La francophonie, par son essence fondamentalement humaniste et la vaste étendue géographique de son rayonnement, est en soi multiculturelle tout autant qu’elle est représentative d’une culture à part entière. Elle s’intègre aux cultures des autres pays, et permet l’échange et le rapprochement des communautés humaines dans le respect des différences, par l’esprit d’une langue commune à tous et ce à travers le monde.
3- L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) :
L’émergence de l’Organisation internationale de la Francophonie, qui aujourd’hui se compose de 84 Etats et gouvernements membres, est présentée par M. Fadda comme un élément d’explication de la multipolarité particulièrement dynamique de la francophonie. Elle a tout d’abord été pensée par Léopold Sédar Senghor, ancien ministre sous la quatrième république et premier président de la république du Sénégal. Le président Senghor aspirait à ce que les Etats de l’ancien empire colonial français puissent constituer une union d’esprit et de langage, pour faire face aux enjeux de l’avenir. Cette idée évoluera près d’autres chefs d’Etat tels qu’Habib Bourguiba, président de la République tunisienne ou Norodom Sihanouk, roi du Cambodge. Dès les années 60, un idéal de la francophonie commence à se forger au sein de ces trois pays du tiers monde, et ce dans une période ou la France du général De Gaulle affirme le renouveau de sa souveraineté et de son rôle sur la scène internationale, qui, de fait, participe aussi à l’idée d’une francophonie universelle, sans pour autant la promouvoir. L’aboutissement de cette dynamique sera la création de l’ACCT, l’Agence de coopération culturelle et technique (qui deviendra plus tard l’OIF) lors de la Conférence de Niamey au Niger en 1970.
L’attitude prudente de la France a permis aux autres Etats fondateurs de créer une francophonie d’égalité des membres et où aucune puissance n’est hégémonique ou dominante, et c’est ce modèle que la France intégrera pleinement en 1986 lors du premier sommet de la Francophonie à Versailles sous la présidence de François Mitterrand.
Le sommet d’Hanoï en 1997, en donnant formellement naissance à l’O.I.F.,donnera sa véritable dimension à la Francophonie, lui permettant de se développer dans un espace mondialisé tout en cultivant ses propres valeurs, à savoir : les valeurs d’égalité, de justice sociale, de partage et d’entraide ; une Francophonie porteuse d’un modèle de société ouverte sur le monde.
La Francophonie aujourd’hui se pense dans la mondialisation, selon les propos de Monsieur Fadda, comme plus équitable et plus favorable à l’épanouissement des cultures authentiques relevant d’une langue commune, comme on peut le voir à travers la vitalité de la littérature de langue française dans divers pays du monde. Il ne s’agit pas là et pas seulement d’une des conséquences de l’héritage du passé, mais de la forme d’une empathique modernité qui se développe à travers l’usage réinventé de la langue française porteuse de valeurs et de sens autant que moyen et mode d’expression choisi pour l’expression des idées, des émotions, des sentiments et de l’imaginaire. La Francophonie se pense également comme un modèle qui défend la diversité culturelle et la promeut, s’érigeant en cela contre les développements d’une forme globalisée des pratiques culturelles et sociales, de la mondialisation bien souvent destructrice des cultures locales.

En conclusion, la Francophonie n’est pas une idée morte, ou repliée sur elle-même. Bien au contraire, on peut la percevoir comme un idéal humaniste d’universalité, porté en dehors des frontières françaises, à travers en particulier, une collaboration culturelle active et vivifiante de peuples et de sociétés partageant une même communauté d’expression. Ainsi la promotion de la langue française est aujourd’hui encore, et sans doute plus que jamais, un enjeu majeur d’une humanité à refonder dans les progrès de la paix et l’affirmation toujours à renouveler des droits de l’homme, au cœur des bouleversements d’un espace mondial globalisé confronté au retour de diverses formes de violences entre les Peuples et les Etats.

Compte rendu rédigé par FKIHI Saad et HOUARI Majda
Etudiants A3 Sciences-Po Rabat/Grenoble
Sous la direction de M. le Professeur BOYER Michel

Discours du Président International pour la remise de distinction à Madame Salima Naji (cliquer ici pour lire) :

Madame ,

La Renaissance Française, nous l’avons dit, est une institution qui a une longue histoire.

Dès ses origines, elle a été autorisée, sous le contrôle de la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur, à remettre des distinctions. C’est ainsi qu’elle a décidé de vous accorder la Médaille d’or du Rayonnement culturel. Je vous en félicite très chaleureusement.

Mes félicitations vont aussi, bien sûr, à votre famille.

L’Université internationale de Rabat nous accueille pour cette cérémonie ; je voudrais remercier son Président et son admirable équipe et aussi le Directeur de l’I.E.P, le Professeur Jean-Noël Ferrié mais je n’oublierai pas non plus, Monsieur Michel Boyer, Président de la Délégation de La Renaissance Française au Maroc.

La Renaissance Française vous a attribué cette distinction en reconnaissance de l’action remarquable que vous menez au service de la défense du patrimoine et de sa restauration. Notre institution attache une importance majeure à la sauvegarde des patrimoines. Ils font ce que nous sommes ; ils plongent leurs racines loin dans l’Histoire, quelquefois même très loin, loin dans la culture d’un pays.

Et l’extraordinaire patrimoine marocain, sur lequel reposent principalement vos travaux, appartient, bien sûr, d’abord aux Marocains mais pas seulement ; il appartient à l’humanité toute entière. Au-delà des émotions et de la beauté qu’il nous offre - et la beauté joue un rôle extrêmement important et bienfaisant sur l’âme humaine - le patrimoine distingue l’homme. Dans ce patrimoine, par exemple, l’habitat auquel vous portez un intérêt tout particulier, en dit long sur la culture d’un peuple ; comme la sépulture d’ailleurs.

Vous avez fait, Madame, des études brillantes. Vous êtes architecte DPLG de l’Ecole d’architecture de Paris- La Villette, Docteur en anthropologie (vous avez préparé votre thèse dans le cadre de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), vous êtes spécialiste des patrimoines bâtis et plus précisément du patrimoine rural ancien, spécialisation que vous avez acquise aussi à Paris-La Villette, et je suis certain que vous ne cesserez jamais d’étudier et d’entreprendre des recherches. D’ailleurs, vous êtes membre du comité scientifique du musée berbère du Jardin Majorelle, chercheur associé au centre Jacques Berque et chercheur rattaché à l’institut des Hautes Etudes en Sciences Sociales ; vous êtes, par ailleurs, membre de différents jurys.

Vous vous êtes entièrement consacrée à la mise en valeur de la grandeur de la très ancienne culture marocaine et de ses joyaux.

Cela vous a valu des sélections et des pré-sélections pour des prix très enviés. Médaille d’or Arts Sciences et Lettres de la Société académique d’éducation et d’encouragement de Paris, Prix « Jeunes architectes 2004 » de la Fondation EDF-Fondation de France, pré-sélection pour lle prix Holcim du développement durable et pré-sélection aussi pour le prix Aga Khan d’architecture, prix si convoité.

Vos études, vos projets, vos travaux sont extrêmement nombreux ; je ne pourrais en dresser la liste tant votre force de travail, tant votre passion vous ont amenée à en concevoir et à en réaliser ; par exemple, dans le grand sud marocain, la sauvegarde de greniers collectifs, la réhabilitation du ksar d’Assa et le sauvetage des portes collectives de celui d’Agadir Ouzrou ; à Tiznit, la restauration des remparts de la Kasbah Aghenaj et la construction d’un théâtre de plein air dans les jardins du musée.

Les ouvrages dont vous êtes l’auteur, les ouvrages collectifs, les nombreux articles que vous avez écrits dans les publications les plus prestigieuses, vos participations à tant d’émissions de radio ou de télévision, vos conférences, vos communications fréquentes dans des colloques, les expositions dont vous avez été commissaire, les documentaires que vous avez contribué à réaliser nous permettent de prendre la mesure de votre œuvre remarquable. Je citerai des ouvrages « Fils de saints contre fils d’esclaves », « Art et architectures berbères », « Portes du sud marocain », « Greniers collectifs de l’Atlas », « Le Ksar d’Assa, Sauvegarde d’un port du Maroc saharien » et aussi l’importante préface à la réédition du célèbre ouvrage de l’Académicien Henri Terrasse « Kasbas berbères de l’atlas et des oasis » mais il y aurait tant d’autres travaux qu’il faudrait citer !

***
Madame,

Pour tout ce que vous avez donné à votre pays et au patrimoine en général - et que vous continuerez de donner – avec le talent, l’enthousiasme, la détermination et la réussite que l’on sait (En 2007, vous avez été classée parmi les « 100 qui font bouger le Maroc », ne l’oublions pas !)

Parce que la beauté des œuvres est le reflet de la beauté des âmes qui les ont créées, reflet indéfiniment multiplié dans l’oeil de ceux qui les contemplent de générations en générations – ce qui a permis à Dostoïevski de dire « la beauté sauvera le monde ».

Parce que, comme vous, nous prêtons foi à cette prophétie,

Je suis particulièrement heureux, de vous remettre maintenant la Medaille d’or du Rayonnement culturel de La Renaissance Française.

Portfolio

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