Planète et consommation : le « zéro déforestation » des importations du secteur public pour objectif La FAO fait cette évaluation : le Vieux continent européen, par les pratiques de consommation de ses populations, est responsable de 36% de la déforestation mondiale. La France veut poser les premières bases d’une consommation responsable, à commencer par l’administration publique qui devra montrer l’exemple.

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La forêt perd de sa surface à l’échelle planétaire pour servir un commerce mondialisé sans respect pour les équilibres environnementaux.

PAR PIERRE MABIRE
Il ne faut pas se voiler la face. Les pratiques contemporaines de consommation, indissociables de la diversité culturelle des nations, ont un impact direct sur la déforestation planétaire.
Mettre du « carburant vert » dans le réservoir de sa voiture, se gaver de barres chocolatées, se nourrir de viandes d’animaux provenant d’élevages intensifs (bœuf, porc, volaille, poisson d’élevage), c’est contribuer directement à la réduction des surfaces forestières pourtant indispensables à la régulation du cycle de la vie et du climat mondial.

178 millions d’hectares de forêt perdus en vingt ans

L’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime à 178 millions d’hectares la perte nette de forêt dans le monde entier depuis 1990, remplacée par des champs de soja et des vergers de palmiers à huile et de cacaoyers, tous gourmands en eau et produits phytosanitaires.
La boulimie de matières premières importées comme le soja, l’huile de palme, le cacao, le bois, le cuir, les viandes animales, concerne directement les européens. La FAO fait cette évaluation : le Vieux continent, par les pratiques de consommation de ses populations, est responsable de 36% de la déforestation.
Elle pointe du doigt principalement les importations massives de soja en provenance du Brésil qui ont accéléré la déforestation en Amazonie au rythme de 5 000 km2 par an.

Un trafic mondial spéculatif

Ce commerce est entre les mains de quatre géants s’enrichissant de la spéculation sur les matières premières et des fluctuations des coûts à la hausse comme à la baisse, sources de grande richesse pour ces professionnels de ce trafic mondial.
En 2018, le gouvernement français a mobilisé cinq ministères sous la conduite du secrétariat d’Etat chargé de la biodiversité afin de mettre au point une stratégie novatrice dites de « zéro déforestation » pour l’approvisionnement du secteur public en produits consommables.
« 
Zéro déforestation importée »

Cela concerne les restaurants administratifs, les cantines scolaires, les services « achats » et des marchés publics des collectivités territoriales et de l’Etat.
L’objectif est de faire barrage à tous les produits importés issus de l’abattage de forêts anciennes indispensables à la biodiversité et à la limitation du CO2 dans l’atmosphère. Il s’agit à terme d’atteindre le « zéro déforestation importée » dans tous les secteurs de l’administration publique.
Pour y parvenir, le secrétariat d’Etat a dévoilé le mercredi 18 décembre 2020 son projet de création d’une plate-forme collaborative sur Internet qui permettra d’échanger sur la traçabilité des produits et d’alerter sur des importations à risque. Des postes d’agents assermentés seront créés pour veiller aux flux commerciaux de la commande publique.

Un projet pour l’Europe ?

Pour certaines ONG comme Greenpeace et WWF, l’initiative de la France, pionnière sur le Vieux continent, méritera d’être dupliquée à l’échelle de l’Union européenne pour devenir significative dans la sauvegarde de la forêt mondiale.
Et surtout pour qu’elle s’étende à l’ensemble du commerce privé, principal importateur de produits de consommation courante.
Un pas vient d’être fait dans ce sens par plusieurs groupes français de la grande distribution, prêts à discriminer les produits contenant du soja non traçable ou provenant des zones déforestées.
P.M.

Sources :

  • Le Monde, Les Echos, Le Figaro, WWF

La forêt amazonienne vue de l’espace

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Les satellites de l’Institut National de Recherches spatiales (INPE) ont révélé pour le seul mois d’octobre la disparition de 836 km2 de forêt tropicale en Amazonie brésilienne.
C’est la première fois depuis juin que la surface déboisée en un mois est supérieure à celle de l’année dernière, où tous les records avaient été battus.
Le total des zones déboisées dans cette région en 2020 est déjà largement supérieur à celui de l’ensemble de chacune des années précédant 2019 (4.951 km2 en 2018, 3.551 km2 en 2017, 6.032 km2 en 2016 et 2.195 km2 en 2015).