Art contemporain : Le Soleil levant illumine l’oeuvre de Pierre Soulages Pierre Soulages vient d’être élevé officier dans l’ordre du Soleil-levant, haute distinction impériale du Japon, dans lequel il rejoint l’anthropologue français Henry de Lumley, membre de l’Institut et de de l’Académie des Sciences d’Outre-mer.

, par  Pierre MABIRE , popularité : 8%
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Le peintre Pierre Soulages, décoré en 2019 de la médaille d’or de La Renaissance Française, porteur des plus hautes distinctions de la République, vient d’être élevé au rang d’officier dans l’ordre du Soleil-levant.
Cet ordre vient en deuxième rang des distinctions impériales japonaises, après l’ordre du Chrysanthème. Sa médaille fut portée par le chanteur populaire Charles Aznavour et le peintre François Baboulet (1914-2010).
Pierre Soulages, à 101 ans, rejoint l’actuel unique porteur français vivant de cette décoration, Henry de Lumley, membre de l’Institut et de l’Académie des Sciences d’Outre-mer, anthropologue, président de l’Institut de paléontologie humaine.
L’œuvre de Pierre Soulages est considérable. Elle touche à de nombreuses techniques des arts visuels : peinture, gravure, sculpture, céramique, faïence, vitrail, etc.

Premiers chocs émotionnels artistiques

Il reçut ses premiers chocs émotionnels artistiques à 12 ans en visitant avec l’un de ses professeurs de lycée l’abbatiale romane Sainte-Foy de Conques (Aveyron) et des grottes ornées de peintures rupestres qui firent naître en lui confusément sa vocation d’artiste.
A partir de 14 ans, le jeune Soulages s’employa à défricher sa voie vers la création en peignant quotidiennement des paysages, surtout des arbres d’hiver aux branches noires tortueuses sur ciel blanc.
Titulaire du baccalauréat, à 18 ans il quittait Rodez pour Paris où il s’inscrivit à l’atelier privé du peintre et lithographe René Jaudon. Admis en avril 1939 à l’Ecole des Beaux-arts de Paris il sortit « découragé par la médiocrité et le conformisme de l’enseignement qu’on y reçoit ».

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Une vocation à temps complet

Pendant son court séjour dans la capitale, il visita le musée du Louvre, le musée de l’Orangerie avec Les Nymphéas de Monet. A la galerie Paul Rosenberg, des expositions de Cézanne et Picasso furent des révélations, l’incitant à rejoindre Rodez, pour se consacrer entièrement à sa vocation artistique.
La Seconde guerre mondiale l’éloigna de son atelier. Réfractaire au Service du Travail Obligatoire, Il passa les années d’Occupation dans la clandestinité, et endossa le treillis militaire en 1944 pour participer aux combats de libération du pays.

Refusé au Salon d’Automne de 1946

Dès sa démobilisation, il reprit ses toiles, papiers, plaques de verre, goudrons, fusains, brous de noix et couleurs sombres pour présenter ses nouvelles créations au Salon d’Automne de Paris en 1946, refusées à l’accrochage par les organisateurs.
En octobre 1947, trois de ses grandes toiles étaient au Salon des Surindépendants, où il rencontra Francis Picabia qui lui prédit un avenir prometteur.
En 1979, le noir occupa toute la surface d’une toile sur laquelle il avait tenté de nouvelles expériences. Ce fut le début d’un long parcours dans cette « non couleur » dont il extirpa des lumières et des reflets pour composer sa série « Outrenoir » que les collectionneurs du monde entier s’arrachent désormais à prix d’or.

Pierre Mabire

Asahi vase Sacré japonais, de Pierre Soulages

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Ce vase est actuellement en exposition au musée Soulages de Rodez, jusqu’au 31 décembre 2020.
Le musée soulages présente un parcours dans ses collections permanentes consacré au Japon de Pierre Soulages. Le précieux vase de Sèvres de 2000, un trophée pour un fameux tournoi de sumo est présenté pour la première fois au public ruthénois. Ce vase est considéré comme un chef-d’oeuvre de la céramique contemporaine.

Pierre Soulages, Vase de Sèvres, 2000
Porcelaine / Noir de petit feu et or
hauteur 66, diamètre 34.5 cm
épreuve d’artiste 1/4
Musée Soulages Rodez
Crédit Photographique Thierry Estadieu, Rodez

Le découpage du fût porte en son centre une forme ronde, le soleil rougeoyant du drapeau japonais, symbole de la déesse shinto Amaterasu. On rajoutera un couvercle au vase qui rappelle les Kanmuri, coiffures noires et laquées de l’ère Meiji.
La lumière verticale passera par un côté ouvert du couvercle et stimulera l’or posé dans le fond du vase : le soleil nippon, mais aussi curieusement le Sol Agens, ce « soleil agissant », à l’origine du nom de famille Soulages.
Pierre Soulages est très attaché à cette racine latine de son nom, finalement annonciatrice de la lumière associée au noir de sa peinture. Le rayon du soleil irradie le fond de la panse du vase : Asahi (asa matin ; hi lumière).
On a pu aussi à propos du vase évoquer le cercle sacré du sumo, le Dohyô. C’est l’anneau d’une surface que le combattant ne peut enfreindre.
Un trophée soit-il de sport –à chacun sa coupe rutilante, sa statuette, son oscar…- est une émanation très sérieuse du sacré, un objet transactionnel. C’est le seul objet de ce genre que Pierre Soulages ait créé.
Bien entendu les vitraux de Conques (1986-1994) répondent aussi d’un tel sentiment d’immatériel : le verre est un art du feu comme la céramique ; les arts du feu regardent toujours du côté de la magie.