LIBAN : Renaissance de la Maison Charles Corm, comme une lueur d’espoir Symbole emblématique de la naissance du jeune Liban des années 1920, la demeure du poète et mécène francophone Charles Corm va redevenir un haut lieu de culture au service de la paix, au coeur de Beyrouth déchiré par les communautarismes

, par  Pierre MABIRE
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Clairement inspirée des gratte-ciels new-yorkais, la Maison Corm construite en 1928 a longtemps été la plus haute bâtisse de Beyrouth. Photo Carla Henoud / L’Orient - Le Jour

PAR PIERRE MABIRE
Dans un Liban déchiré, martyrisé, divisé par des luttes intestines sectaires, une petite lueur d’espoir vient de s’allumer. Il s’agit de la réouverture prochaine de la Maison Charles-Corm, immeuble portant le nom de son bâtisseur, brillant homme d’affaires, poète, écrivain et mécène, qui fut à la source de l’emblématique pays du Cèdre, libre et indépendant, qui réussissait tout ce qu’il entreprenait.
Né en 1894 à Beyrouth, fils du peintre libanais Daoud Corm et Virgine Naaman, Charles Corm révéla très tôt ses talents d’homme d’influence doué d’une sensibilité sans égal aux divers domaines de la culture – arts, littérature, poésie, principalement.

Rencontre avec Henry Ford

Il n’avait que 18 ans lorsqu’il installa à New-York (USA) une agence d’import-export spécialisée dans l’automobile. Cela lui donna l’occasion de rencontrer Henry Ford, industriel et homme le plus riche du monde. Charles Corm le convainc d’être le concessionnaire de sa marque au Moyen-Orient. Il construira sa fortune grâce aux nombreuses succursales « Ford » ouvertes au Liban, en Syrie, Jordanie, Transjordanie, Palestine, Irak et Turquie.
Il n’avait que 26 ans lorsqu’il dessina lui-même les plans d’un gratte-ciel inspiré des immenses tours new-yorkaises, pour en faire à Beyrouth sa résidence familiale, ainsi qu’une vitrine commerciale pour ses activités professionnelles. Il y installa le siège de La Revue Phénicienne, première publication francophone créée en 1919, dans un Liban en gestation qui naîtra officiellement l’année suivante. L’immeuble sera aussi le lieu de rencontre des intellectuels libanais membres du Cercle des Amitiés Libanaises fondé en 1935.

Ecrivain, poète, épris de culture

Considérant avoir accumulé assez de richesse, à 40 ans, Charles Corm vendit toutes ses succursales à ses propres employés les plus compétents pour maintenir au plus haut niveau possible le réseau d’affaires qu’il avait construit. Dès lors, il se consacra entièrement à cette double passion : d’une part, l’écriture – littérature et poésie. D’autre part : la grandeur et l’indépendance du pays du Cèdre.
Plusieurs de ses ouvrages lui rapporteront des prix, médailles hautes distinctions, comme le Prix de poésie Edgar Poe, la médaille d’honneur de l’Académie française, le grade de Grand officier de la Société Française des Poètes, la médaille d’or de l’Ordre latin en France.
Philanthrope, il participa au financement de la construction du Parlement du Liban, du Musée national, du Conservatoire National de Musique, de la Bibliothèque Nationale, et autres bâtiments du jeune Etat libanais.

Philosophe inspiré par la France des Lumières

Il est permis de se demander si, sans Charles Corm, le Liban aurait pu devenir le superbe Etat indépendant fraîchement libéré, politiquement et économiquement, de la tutelle française, tout en étant culturellement relié à la France des Lumières, carrefour universel de la diversité humaine. Le philanthrope qu’il fut rêvait de ce modèle pour faire du Liban un pays de tolérance, dans lequel chacun pourrait pratiquer la religion de son choix et disposer de son libre-arbitre, aller et venir où bon lui semble.

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Charles Corm : un philanthrope libanais qui rêvait de la Phénicie de ses ancêtres

Dans son ouvrage « La colline inspirée » publié en 1934, il faisait ouvertement part de son intention de trouver une racine commune partagée par tous les Libanais au-delà de leurs attaches et croyances religieuses. Cette racine était celle de l’ancestrale Phénicie dont chacun était issu de par sa lointaine lignée. "Nous devrions nous aimer comme avant la naissance du christianisme ou de l’Islam, lorsque nos ancêtres étaient encore païens".
L’utopie phénicienne que Charles Corm portait fut symbolisée dans cette construction de sa « maison » qui fut, pendant de nombreuses décennies, l’immeuble le plus élevé de Beyrouth, phare d’un humanisme libanais qui lui tenait tant à cœur.

Un pays englué dans le communautarisme sectaire

Mort en 1963 à 69 ans, son décès précoce eut le mérite de ne pas le précipiter dans le cauchemar du Liban contemporain à feu et à sang, meurtri par des guerres civiles, en proie aux ambitions de toutes les factions au détriment du bien-être des populations. L’exacerbation des communautarismes faisant office d’organisation institutionnelle du pays, et d’organisation de gouvernements englués dans la quête d’intérêts particuliers et la corruption, fit que le Liban s’enlisa au point de devenir ce qu’il est aujourd’hui, un pays ruiné, au bord de la disparition institutionnelle et culturelle.
Grâce à ses fils, David et Hiram, la « Maison Corm », qui a subi toutes les avanies des années de guerre et d’abandon, va donc renaître. Cet immeuble, qui avait été la cible de tirs de roquette en 1975, était devenu un squat dépouillé de tous ses meubles signés des plus grands maîtres de la période Art déco. Il vient de retrouver une grande partie de sa magnificence.

"Un lieu ouvert à tous ceux qui croient en ce qu’il font »

Dans le même esprit de leur père, les deux héritiers veulent aujourd’hui en faire un lieu de culture qui accueillera des artistes, des créateurs, des chercheurs, des étudiants, faisant de la demeure de leur enfance un « lieu ouvert à tous ceux qui croient en ce qu’ils font ».
Les futurs visiteurs se régaleront devant les fauteuils, meubles, luminaires portant la signature d’anciens maîtres et élèves du Bauhaus, comme Breuer, Ludwig Mies van Der Rohe, Pierre Charreau. Le jardin constitué d’arbres et de plantes rares, longtemps laissé en friche, dévasté par les guerres urbaines, vient d’être restauré.
Actuellement, la Fondation Charles-Corn propose une exposition sur les Frères Goncourt, visitable sur rendez-vous jusqu’au 10 décembre 2022, en préfiguration de la grande inauguration prévue pour janvier 2023.

Nous nous réjouissons des liens forts qui existent entre la Fondation et La Renaissance Française.

hello fondationcharlescorm.org

Sources :

Les ouvrages signés Charles Corn

  • La Revue Phénicienne
  • La Montagne Inspirée, Prix international de poésie Edgar Allan Poe 1934
  • 6000 ans de Génie Pacifique au Service de l’Humanité
  • Contes Érotiques
  • Les Cahiers de l’Enfant
  • Sonnets Adolescents
  • La Montagne Parfumée
  • L’Éternel Féminin
  • Médaillons en Musique de l’Âme Libanaise
  • Petite Cosmogonie Sentimentale
  • La Planète Exaltée
  • Le Mystère de l’Amour
  • La Symphonie de la Lumière
  • La Terre Assassinée ou Les Ciliciennes
  • Le Volcan Embrasé

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