Pandémie : l’agriculture vivrière familiale pilier de l’alimentation mondiale La mise à l’arrêt des grands ports marchands internationaux provoque des pénuries de marchandise et d’acheminement de ressources alimentaires vers des populations affamées. De nombreux économistes soulignent l’importance d’une agriculture locale et familiale échappant aux normes spéculatives de l’agroindustrie contemporaine.

, par  Pierre MABIRE , popularité : 10%

La crise sanitaire mondiale de COVID19 n’empêche pas la Terre de tourner autour de l’astre solaire. Cependant, elle met en panne une grande partie de l’activité internationale, avec l’arrêt généralisé du transport aérien, la mise au repos forcé d’une partie de l’industrie, la fermeture des hôtels, bars, restaurants dans de nombreux pays.
Les mégapoles offrent le spectacle étonnant de places, d’avenues et de rues désertes, de stations de métro sans voyageurs, d’avions cloués au sol. Comme par exemple sur cette photo avec le centre d’Athènes vidé de tous ses passants et touristes, laissant les grandes places aux pigeons en recherche de nourriture.

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Le secteur culturel en pâtit considérablement avec, presque partout dans le monde, la fermeture des établissements scolaires, musées et galeries d’art, la déprogrammation des scènes théâtrales, des expositions et foires d’art contemporain, la fermeture des lieux de culte, l’arrêt temporaire des productions cinématographiques et des séries télévisées.
Ou encore le report à 2021 des Jeux Olympiques à Tokyo, avec sa flamme arrivée en mars dernier qui devra rester protégée d’ici leur ouverture (photo ci-dessous).
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Récession et pénurie de main d’oeuvre
La pandémie se manifeste par des effets négatifs sur toutes les économies mondialisées, avec une récession dans tous les pays, industrialisés ou non, due au coup de frein sur l’achat des biens de consommation et d’équipement de la personne, ou des biens immobiliers. A cela s’ajoutent les pénuries de main d’oeuvre pour cause de confinement dans de nombreux secteurs de production pourvoyeurs d’emploi comme le Bâtiment, les travaux publics, l’automobile, l’agriculture, ou la pêche.
Faute de débouchés pour l’or noir, la chute des cours du pétrole appauvrit des pays producteurs qui n’ont que cette ressource pour vivre.
Autre drame humanitaire : les secours qui n’arrivent plus dans des zones de grande famine.

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Les grandes organisations internationales comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pointent du doigt les bateaux bloqués dans les ports, chargés de denrées alimentaires qui ne peuvent être acheminées vers des populations sous-alimentées, faute de dockers à l’oeuvre et de moyens de transport terrestre et aérien disponibles.

L’importance vitale de l’agriculture familiale
Cependant, cette crise mondiale de la santé publique fait resurgir l’importance stratégique de l’agriculture vivrière familiale et de ses réseaux coopératifs.
Selon la FAO, en 2014, on comptait dans le monde 570 millions d’exploitations agricoles, dont 500 millions sont des exploitations familiales. 2,5 milliards de personnes sont engagées dans cette activité. Elle fournit près de 80 % de l’alimentation mondiale.

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"L’agriculture familiale est plus qu’un modèle d’économie agraire. Elle est considérée comme la base de la production alimentaire durable. Et elle constitue aussi un pilier de la gestion environnementale du territoire, de la biodiversité et de la création d’emplois dans le milieu rural", écrivait le journaliste Antoine Hervé dans la revue "Afrique Agriculture" datée du 25 mars dernier.

Relocaliser les productions ?
Dans les pays industrialisés, la critique de la mondialisation fait resurgir une vieille revendication portée dans divers camps du champ politique : la relocalisation des productions au plus proche des besoins.
Une architecture qui fit ses preuves au lendemain des grandes guerres mondiales semble se dessiner, fondée sur la reprise en main de l’économie par les Etats.
Les effets induits seraient la nationalisation des grandes compagnies de transports, des secteurs gérant les biens communs comme l’eau, le gaz, l’électricité, mais aussi les entreprises vitales du secteur du médicament. Nationalisations que certains voudraient aussi étendre aux secteurs bancaires et financiers accusés d’être à la source des malheurs de notre monde pour cause de profits à tout prix.
Mais là, c’est entrer dans des affrontements idéologiques qui ont connu des signes avant-coureur en France avec les manifestations de Gilets-jaunes en 2018-19.
Au "chacun pour soi derrière ses frontières" des chantres de l’isolement identitaire, de grandes voix opposent plus de solidarité envers les nations et les continents les plus fragiles.
L’Union européenne se fait aujourd’hui entendre sur ce registre sur la scène internationale.