TOKYO : Monsieur Jean-Louis Roy, ancien secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, ancien Délégué général du Québec à Paris, a donné au Japon, dans le cadre de la délégation de La Renaissance Française présidée par M.Sumihiko Seto, une importante conférence sur le thème « La Francophonie à l’épreuve des mutations du monde ». Il a ensuite prononcé cette conférence à Paris au cercle Richelieu Senghor
Conférence de Monsieur Jean-Louis Roy
世界フランス語圏機構・元 事務局長ジャン・ルイ・ロワ
パリ講演全文
Sécretaire Général de l’Organisation de la Francophonie (l’OIF)-
LA FRANCOPHONIE À L’ÉPREUVE DES MUTATIONS DU MONDE
CERCLE RICHELIEU SENGHOR
Intervention de Jean-Louis Roy (Écrivain et Diplomate)
« Un plus vaste cycle d’enchaînements et de renouvellements. »
Paris, le 22 septembre 2026
LA FRANCOPHONIE À L’ÉPREUVE DES MUTATIONS DU MONDE
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les membres du Cercle Richelieu,
Chers amis.
J’ai placé en exergue de mon intervention une citation de Saint-John Perse dans son Discours de Suède à l’occasion de la réception de son prix Nobel de littérature en 1960. Le célèbre écrivain présente les mutations du monde comme « un vaste cycle d’enchaînements et de renouvellements ». Telle fut, telle est le déroulement de la Francophonie. Son histoire est marquée par des phases d’enchaînements et des phases de renouvellements. Nous vivons l’un de ces moments ou le renouvellement s’impose en raison des mutations du monde qui impactent profondément notre mouvement et obligent à repenser l’ambition francophone.
Les mutations du monde
Ces mutations vous sont connues : basculement de la richesse de l’Ouest vers l’Est et de l’Est vers le Sud du monde; déploiement universel de l’ère numérique enrichie par l’intelligence artificielle; urgence climatique et, finalement, croissance démographique qui bouleverse la carte de l’occupation de la planète. Dans un avenir proche, 80 % de la population mondiale vivra en Asie et en Afrique.
Deux données pour illustrer l’ampleur de ces mutations. La part de l’Asie dans le PIB mondial était de 25% en 2000; elle excède aujourd’hui les 55%. La part de l’Asie en recherche et développement était de 24% en 2000; elle est aujourd’hui de 46% et atteint les 3 000 milliards (en 2025). En seulement 25 ans, le poids de l’Asie a donc plus que doublé dans le PIB mondial et pratiquement doublé en recherche et développement. Enfin, je rappelle qu’en 2000, on comptait 300 millions d’internautes qui échangeaient quotidiennement 12 milliards de courriels soit 500 millions par heure. Ils sont aujourd’hui plus de 6 milliards d’internautes qui échangent 392 milliards de courriels quotidiennement, soit 16,5 milliards par heure.
Sur les plans géographique, économique, technologique, démographique et culturel, une nouvelle configuration de la famille humaine se dessine, avec ses possibilités, ses enjeux et ses défis.
Ces mutations bouleversent la totalité des filières de la communication, de l’éducation, de la recherche, de l’investissement, des loisirs, de la production des biens et des services à l’échelle de la planète. Elles transforment les territoires de la Francophonie dans leurs dimensions linguistique, culturelle, technologique, économique et politique.
Deux données pour illustrer l’impact de ces mutations sur la Francophonie, particulièrement sur sa composante africaine, majoritaire au sein de notre mouvement. En 2000, les échanges commerciaux entre l’Asie et l’Afrique – où se trouve la majorité des États membres de plein droit de l’Organisation internationale de la Francophonie (l’OIF)- totalisaient moins de 25 milliards de dollars. En 2023, ils atteignaient près de 1 000 milliards de dollars, dont un peu moins du quart était attribuable aux échanges entre la Chine et l’Afrique. En 2026, l’axe Afrique-Asie est devenu l’un des axes commerciaux du 21e siècle.
Cette intensité des échanges a favorisé le développement d’un vaste réseau de chaines de valeur reliant les fournisseurs asiatiques et les consommateurs africains. Ce faisant, ils ont aussi redéfini l’Afrique comme un marché, un marché solvable, un marché qui, dans ce siècle, avec l’Inde pourrait devenir de nouveaux moteurs de l’économie mondiale. À quand des chaînes de valeur reliant les producteurs de biens de et des services francophones et leurs potentiels utilisateurs africains?
Dans sa partie majoritaire, la Francophonie est aujourd’hui exposée à la puissance asiatique, puissance financière, technologique, commerciale et culturelle. Bref, ces 32 pays africains membres de l’OIF sur les 56 pays membres de plein droit, vivent une transformation radicale de leurs relations au monde tout autant que le monde vit une transformation radicale de sa relation au continent.
S’agissant de l’entrée universelle de l’humanité dans l’ère numérique, qu’il suffise de rappeler que dans vingt ans, trois communautés d’internautes compteront plus d’un milliard d’adhérents, la chinoise, l’indienne et l’africaine.
Vient à l’esprit le mot de Virginia Woolf dans un autre contexte : « Le monde tout entier est en plein travail d’enfantement ». De fait, nous l’observons tous les jours, un grand chambardement est bien amorcé et bien malin celui qui pourrait en prédire l’issue.
Un bilan plus qu’honorable
Notre mouvement dispose d’un bilan plus qu’honorable. Il a rassemblé autour d’initiatives partagées des communautés disparates aux héritages spirituels, culturels, linguistiques, économiques et sociaux et aux défis différenciés. Son pouvoir d’attraction est incontestable. Il rassemblait 45 pays et gouvernements en 1986 lors du premier sommet francophone. Ils seront 90 à divers titres au Sommet du Cambodge, en novembre 2026.
Notre mouvement a tenu de multiples délibérations d’une grande importance : de l’état de droit aux urgences environnementales, de la sécurité humaine à la diversité culturelle et linguistique de la famille humaine. Il a fait valoir ses valeurs et ses intérêts à de nombreuses négociations internationales notamment à Rio en 1992 en obtenant une Convention sur la désertification; en 1995, lors de la création de l’Organisation mondiale du Commerce (l’OMC), en faisant valoir la spécificité des produits de la culture face aux règles du commerce international; et à Vienne, lors de la Conférence mondiale sur les droits de l’homme, en contribuant, par ses propositions, au passage du Centre pour les droits de l’homme à un Haut-Commissariat placé sous l’autorité directe du secrétaire général de l’ONU. Enfin, la présence concertée des délégations des pays francophones à la Conférence de Beijing sur les femmes a pesé de tout son poids dans l’affirmation de l’égalité entre les femmes et les hommes.
Notre mouvement a notamment placé au cœur de ses priorités et valeurs l’idéal puissante de l’état de droit, des valeurs démocratiques, des droits individuels et du respect des sociétés civiles. Il a créé et/ou consolidé des institutions dont le rayonnement est indiscutable : l’Agence universitaire de la Francophonie (l’AUF) qui compte plus de 1 000 établissements membres réparties dans 120 pays; l’Université Senghor d’Alexandrie avec ses Campus en Afrique et en Europe, TV5 Monde dont le signal est capté dans 200 pays et territoires et qui dispose d’une très importante plateforme de vidéo sur demande; le Marché des Arts, du Spectacle d’Abidjan (le MASA) devenu la référence mondiale en matière de promotion des cultures africaines et caraïbéennes ainsi que des diasporas afrodescendantes; le Fonds image de la Francophonie créé à la fin des années 80 et qui, depuis, apporte un soutien financier continu aux cinéastes des pays francophones du Sud, les Jeux de la Francophonie et ses 3 500 participants à Kinshasa en 2026; les 300 Centres de lecture et d’animation culturelle et ses 3 600 000 visiteurs annuellement. Enfin, puisqu’il faut choisir, je signale aussi les programmes de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), de l’Association internationale des Maires Francophones (AIMF), de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) qui rejoignent un très grand nombre de bénéficiaires, collectifs ou individuels.
Notre mouvement dispose aussi de centres d’expertises en éducation, en pédagogie multimédia, en développement durable, en démographie, en économie, en centres d’employabilité et en campus numériques. Derrières toutes ces institutions et plusieurs autres, des réseaux qui rassemblent, délibèrent et interviennent.
Ce bilan s’est développé par cycles successifs d’enchaînements et de renouvellements.
LE PREMIER CYCLE
Le premier cycle de l’histoire de la Francophonie va de 1970 à 1985/90. Il répond aux changements géopolitiques découlant de la décolonisation des deux tiers de la population mondiale. Dans la très grande majorité des pays membres de la Francophonie naissante, il fallait littéralement construire des États et des gouvernements sur des bases extrêmement fragiles. Songez qu’en 1960, en Afrique occidentale française, seulement 6 % des enfants d’âge scolaire fréquentent une école et que la première université francophone de l’Afrique subsaharienne a été inaugurée en 1959 à Dakar. Dans ce contexte est née l’Agence de coopération culturelle et technique (l’ACCT). Ses objectifs et ses moyens étaient modestes. Son enjeu sensible et complexe, inventer une politique de coopération multilatérale ajustée aux besoins de ce regroupement singulier, son existence, essentielle.
Appelons ce temps le cycle de l’émergence, de la recherche et de l’expérimentation.
LE DEUXIÈME CYCLE
La décision de François Mitterrand de convoquer un Sommet des Chefs d’États et de Gouvernements en 1986, la détermination des présidents des deux sommets suivants, le Premier ministre Brian Mulroney du Canada et le Président Abdou Diouf du Sénégal et l’implosion de l’Union soviétique inaugurent le deuxième cycle de l’histoire de la Francophonie qui va de 1990 à 2010/2015.
Le temps est à la consolidation institutionnelle qui fixe l’architecture de la communauté en 1989 et en 1998 lors des Sommets de Dakar et de Hanoï. Le temps est à la consécration du caractère politique de la Francophonie, à l’élaboration de consensus fondamentaux sur l’état de droit, les pratiques de la démocratie, les droits de l’homme, la prévention des conflits et la sécurité humaine tels que consignés dans les Déclarations de Bamako (Mali) et de Saint-Boniface (Manitoba-Canada). Les consensus étant acquis, on est passé à leur mise en œuvre, l’une des plus complexes et extraordinaires avancées de la Francophonie qui a connu son apogée dans ce moment précieux où s’est déployé la diplomatie d’influence de la Francophonie.
Autre initiative de grande importance, ce long travail pour définir et partager une politique visant la promotion et la protection de la diversité des expressions culturelles au moment de la négociation de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (le GATT), politique qui est devenue depuis un enjeu mondial en conséquence d’un travail diplomatique d’orfèvre accompli par les Secrétaires généraux du temps. Enfin, dès le début des années 90, à la suite d’une conférence ministérielle spéciale des ministres responsales du numérique tenue à Montréal en 1992, les instances et les opérateurs de la Francophonie ont, jusqu’à ce pour, multiplié leurs offres de formation et de service aux États et Gouvernements membres.
Pour un bref temps, le multilatéralisme a eu grande allure. En 2001, l’Organisation mondiale du Commerce ouvre ses portes à la Chine. Pour sa part, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies Boutros Boutros-Ghali, un ancien membre du Conseil d’administration de l’Agence et un futur Secrétaire général de la Francophonie, lance une série de conférences mondiales : conférence de Rio sur le développement durable en 1992; conférence de Vienne sur les droits de l’homme en 1993; conférence du Caire sur la démographie en 1994; conférence de Copenhague sur le développement social et conférence de Beijing sur les femmes en 1995 et conférence d’Istanbul sur l’habitat en 1996.
La Francophonie a été profondément marquée par ces évènements. Elle a hautement bénéficié des mandats d’importance arrêtés par les quinze Sommets réunis dans la période, aussi par une proximité certaine avec les Secrétaires généraux des Nations unies, Perez de Cuellar, Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan. De plus, la composition de notre communauté s’est enrichie à la suite de l’arrivée dans ses rangs de nombreux pays d’Europe centrale et de l’Est, hier encore colonies de Moscou.
Par ailleurs, l’Agence désenclave notre mouvement en ouvrant des bureaux à New-York, Genève et Bruxelles partie aujourd’hui d’un réseau de 13 bureaux auprès d’organisations internationales et de régions de l’espace francophone. Enfin, puisqu’il faut choisir, elle déploie une première présence internationale de la Francophonie en conduisant l’ensemble de ses pays membres avec des positions concertées aux Conférences internationales précédemment évoquées. Dans la même période, l’Agence intergouvernementale de la Francophonie signe des ententes avec plus de quinze organisations continentales ou internationales.
Appelons ce temps le cycle de l’affirmation et de la confiance.
LE TROISIÈME CYCLE
Il est difficile de fixer un moment qui marque le début du troisième cycle de l’histoire de la Francophonie. Aucun évènement interne ne permet de déterminer ce moment dans cette longue période de bouleversements qui caractérise la dernière décennie.
Graduellement, la région de l’Indopacifique s’est imposée comme un pôle majeur de l’économie, de l’innovation et du commerce. La Chine devient une puissance globale. En 2000, Pékin est le premier partenaire économique de 25 à 30 pays, vingt ans plus tard, en 2020, il est le premier partenaire économique de 120 à 140 pays dont un grand nombre de pays dits francophones. Le bouleversement rejoint les états du Golfe et l’Arabie saoudite qui pensent leur avenir autrement et entrent dans un cycle d’affirmation économique qui transforme leur relation au monde et à l’Afrique.
La mondialisation de l’économie et du commerce progresse à grande vitesse. La valeur du commerce mondial passe de 7,5 milles milliards de dollars en 2000 à 35 milles milliards de dollars en 2025 jusqu’au jour où la pandémie COVID 19 s’impose. Elle provoque de 15 à 20 millions de morts selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la plus forte récession économique depuis la seconde guerre mondiale, une chute considérable du PIB mondial, une montée de l’inflation proche des 10% en 2022 et l’augmentation quasi généralisée des dettes publiques. Enfin, la confiance dans ce système global qui vous rend dépendant du lointain a chutée dans l’appréciation d’un grand nombre. La mondialisation, le multilatéralisme et les organisations internationales dont l’OIF, furent de vraies victimes de la terrible épidémie.
Pour un temps, les états ont d’autres investissements politiques et financiers à combler et cette situation perdure, la fin de la pandémie étant immédiatement suivie par l’envahissement de l’Ukraine par la Russie. Ce conflit qui dure depuis 5 ans, a coûté la vie à 2 millions cent mille personnes, épongé plus de 2 500 milliards de dollars et créé en Europe un climat de tension à très hauts risques amenant l’Union voulue par Robert Shuman et Jean Monnet de consacrer une partie de leurs ressources politiques et financière. à combattre l’invasion russe en Ukraine. En 2024, l’élection du président Donald Trump ajoute à ce climat de tensions, d’incertitudes, de remise en cause de la mondialisation. Sa politique tarifaire régressive provoque un ralentissement de la croissance « de la plupart des pays » selon l’OCDE. Enfin, depuis, deux autres guerres occupent le devant de l’actualité, celle de Gaza et ses 70 000 victimes et qui dure depuis trois ans et celle de l’Iran depuis huit mois. La première pose des questions juridiques et éthiques radicales, la seconde met à mal des équilibres géopolitiques essentiels, provoque une augmentation généralisée des coûts des biens essentiels et fait craindre un niveau d’inflation et des taux d’intérêt qui pourraient faire basculer l’économie mondiale dans une récession aux multiples victimes.
L’arsenal institutionnel et juridique international, des Nations unies à la Cour pénale internationale, est durement affecté par cette succession de mutations, de crises, de dérèglements et de conflits au point d’apparaître comme incapable d’exercer les magistères essentiels relatifs notamment à la sécurité globale, reçus de la communauté internationale dans la seconde moitié du précédent siècle.
Comme toutes les organisations internationales, l’OIF navigue au mieux, participe à l’élaboration et à l’adoption du Pacte numérique mondial des Nations unies en 2024, se donne un cadre stratégique jusqu’en 2030 et arrête une programmation qui arrive à terme l’an prochain.
En parallèle, des éléments d’une autre organisation des affaires du monde, une autre vision des exigences du vivre ensemble de la communauté internationale émerge. Ses marques vous sont connues; la route de la soie qui réunit 150 pays dont plusieurs pays de l’OIF, l’Association de coopération de Shangaï qui vient de réunir quarante pays dont certains membres de l’OIF; les BRICS et ses 26 pays membres qui comptent pour 40% du PIB mondial contre 28% pour le G7 et auxquels certains pays de l’OIF appartiennent ou sont dans les quarante pays qui frappent à sa porte. Enfin, vous connaissez le Sud-global qui séduit un grand nombre, refuse l’alignement exclusif, pratique le multi-alignement et rêve à une autre structuration politique, juridique et économique de la communauté internationale. Le président Xi Jinping articule cette effervescence autour de « l’initiative pour une civilisation mondiale ».
Comment peut et doit se situer la Francophonie dans une telle configuration des complémentarités, des intérêts et des alliances nouvelles, dans cette ère ou les architectures technologiques redéfinissent les voies de la production de valeurs, de savoirs de biens et de services et sont déjà et seront demain nos partenaires dans toutes ces productions marquées du sceau de l’intelligence artificielle? Que doit-elle devenir pour être pertinente, une signature qui compte dans des domaines qui conjuguent sa raison d’être et les exigences du temps?
Comment transformer ses acquis, ses réseaux, ses ressources, ses richesses qui sont grandes en puissance? Pour qu’elle marque de ses valeurs et interventions les collectifs et les personnes qui la composent; pour qu’elle puisse évoquer sa contribution dans la production de la richesse qui doit être, en parallèle avec la protection des droits, de la langue française et des cultures qu’elles fédèrent, son objectif affirmé.
Je vous partage ma réponse à ces questions difficiles comme une réflexion à parfaire, une proposition de départ pour enrichir les délibérations existantes en préparation des deux Sommets des Chefs d’État et de gouvernement qui se réuniront sans les deux prochaines années, au Cambodge et au Canada.
Cette réponse prend en compte le fait que la Francophonie, la langue française et les cultures qu’elle fédèrent sont aujourd’hui, au double plan linguistique et culturel, dans un environnement compétitif jamais expérimenté depuis sa création, un environnement compétitif maximal sur son territoire physique et dans l’univers numérique. Elle prend aussi en compte la transformation démographique qui la change à tout jamais, baisse dans ses pays du Nord et forte croissance dans ses pays du Sud. Cette transformation impacte et impactera l’éducation, l’emploi, la consommation des biens et services, la croissance économique. Enfin, ma réponse prend en compte les mutations économiques en cours dans le monde et en Afrique que nous avons évoquées et les technologies qui les portent.
Ne nous trompons pas : l’absence ou l’insuffisance de la Francophonie seront vite comblées par d’autres regroupement dans d’autres perspectives que les nôtres. Notre organisation appartient à la famille des regroupements intergouvernementaux qui n’ont pas la côte aujourd’hui. Des pays membres l’ont quittée, d’autres ont commencé à pratiquer le multi-alignement, certains ont récemment réduit substantiellement leur contribution financière, d’autres enfin ont laissé vide la chaise du Ministre de la Francophonie. Comme tant d’autres organisations, elle doit repenser sa gouvernance, ses modes de financement, son offre de partenariat, sa communication, bref conforter à nouveau La marque Francophonie comme une communauté de performance, de croissance et d’affirmation. Vient à l’esprit le mot de Gaston Miron, un immense poète Québécois : « Nous sommes arrivés à ce qui commence. »
Dans ce monde de haute compétition et de ressources limités, je plaide pour le regroupement de l’ensemble des ressources disponibles au service de quatre grands domaines exclusifs d’intervention : l’économie, l’éducation; la culture et la communication et la gouvernance.
L’ÉCONOMIE
Depuis 35 ans, depuis le Sommet de Hanoï en 1998, l’économie est inscrite dans les intentions et les programmations de la Francophonie. Je salue les travaux conduits par l’Institut de la Francophonie du développement durable, l’Observatoire de la Francophonie économique, la direction de la francophonie économique de l’OIF et la Stratégie mise en œuvre depuis 2020, les programmes du domaine de l’AUF et de l’AIMF. Mais, à la vérité, pour importants qu’ils soient, ces travaux éclatés ne constituent pas une contribution suffisante de la Francophonie compte-tenu des enjeux et défis que posent les mutations du domaine qu’il s’agisse de la recherche, de l’innovation, du commerce des biens et des services, de l’investissement, du soutien à l’industrialisation et à l’emploi.
Ces deux dernières décennies, on a beaucoup évoqué la Francophonie économique sans jamais en proposer une structuration convaincante. J’estime qu’en 2026, la Francophonie doit se doter d’une telle structuration.
Je crois le moment propice à ce développement. J’observe une mutation majeure des conditions de l’activité et de la croissance économique sur le continent africain dont nous reparlerons, si vous le souhaitez. J’observe un regain d’intérêt et d’énergie du monde patronal francophone en Europe, en Amérique et en Afrique et un désir affirmé de développer l’activité économique au sein de l’espace francophone.
Des groupes se sont constitués : le Forum francophone des affaires, l’Alliance des patronats francophones, les Rendez-vous d’affaires de la Francophonie, etc. Ces groupes représentent les intérêts légitimes du secteur privé de l’économie. Je me réjouis de leur existence et de leurs travaux. Ils répondent de toute évidence à un besoin certain. Nous devons arrêter avec eux la nature de leur contribution éventuelle, y compris financière, à la Francophonie dont ils bénéficient du capital politique cumulé, de la marque et de ses événements y compris le Sommet des chefs d’État et de Gouvernement.
Pour importante qu’elle soit, la poursuite légitime de ses intérêts par le secteur privé de l’économie n’équivaut pas à une politique de développement économique. Pour une action décisive et durable, voire pour la réussite des projets francophones du secteur privé , il est indispensable que les États et gouvernements membres de l’OIF se mobilisent, mettent leurs pouvoirs notamment légaux et règlementaires, leurs connaissances, leurs réseaux et ressources au service de la croissance économique et de la production de la richesse dans les états membres de l’OIF.
En 2026, la Francophonie ne peut se tenir à distance des besoins économiques et financiers pressants des deux tiers de ses États et gouvernements sans apparaître, à terme, comme un corps étranger à elle-même, sans apparaître et être perçue notamment par la génération africaine 2.0, 60% de la population du Sud francophone, comme insensible, lointaine, périmée. Sa contribution au développement économique et à la production de la richesse doit être substantielle, ciblée, visible et durable.
Elle doit notamment pouvoir, à termes, mettre sa signature, à côté de plusieurs autres, sur la création d’emplois qu’appelle l’arrivée, chaque année d’ici 2050, en Afrique de 13,5 millions de nouveaux travailleurs. Pour illustrer l’ampleur du besoin, je rappelle que l’arrivée de nouveaux travailleurs dans l’Union européenne totalise 4 millions de nouveaux travailleurs. Cette problématique n’est pas marginale. Elle pourrait concerner directement, dans un avenir proche, une quasi-majorité des citoyens des pays africains dits francophones.
UN INSTITUT FRANCOPHONE DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
Je propose que l’OIF se dote d’un organe subsidiaire, un Institut francophone du développement économique disposant, au sein de l’Organisation, d’un conseil autonome où se retrouveraient les responsables du secteur public et des représentants des secteurs privés de l’économie, de l’OIF et de l’AUF ainsi que de la société civile avec mandat de doter notre communauté des politiques susceptibles de contribuer au développement de l’activité économique entre les pays et les gouvernements de l’OIF, susceptible de contribuer à la création de richesse.
Parmi les tâches prioritaires de l’Institut francophone du développement économique, je retiens les trois éléments suivants :
1. L’agglomération des ressources institutionnelles existantes. Je pense notamment à l’Observatoire de la Francophonie économique dont la production de données constitue un capital indispensable, à l’Institut du développement durable, tant, pour citer Pierre Blanc « tout acteur qui veut avoir quelque influence mondiale doit être comptable du devenir du climat. » Je n’oublie pas d’importantes composantes de l’AUF et les programmes économiques de l’OIF et de l’AIMF.
2. La production des instruments juridiques de facilitation du commerce entre les pays francophones. On doit sortir du cas par cas qui est plus que daté. En 2024, 62% de l’exportation du Canada en direction de l’Union européenne a bénéficié des facilités offertes par le CETA, l’Accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada. Il ne s’agit pas de copier cet accord mais bien de rechercher et de proposer les termes juridiques et règlementaires susceptibles de faciliter et d’accroitre les rapports économiques et commerciaux entre les pays et gouvernements membres de l’OIF.
3. L’abolition des tarifs douaniers visant les exportations des pays francophones du Sud vers les pays francophones du Nord. L’objectif étant de créer les conditions maximales de fluidités Sud-Nord, Nord-Sud. La Chine les a abolies dans leur totalité. Cette abolition doit aussi couvrir les barrières non tarifaires existantes.
4.- Parmi les tâches du nouvel Institut, j’inscris l’identification des domaines où les entreprises des pays et gouvernements membres de l’OIF, du Nord et du Sud pourraient créer ensemble des coentreprises. L’objectif étant l’élaboration de prendre une place qui nous échappe présentement dans le chantier du siècle qui se déploie présentement sur le continent africain. L’objectif étant d’inclure nos institutions financières, caisse de dépôt, fonds souverains, coopératives d’épargne et de crédit, sociétés d’assurance etc dans ces montages financiers francophones permettant de répondre aux appels d’offre des institutions internationales, continentales ou régionales dans des domaines indispensables à l’activité économique tels l’énergie, l’agriculture, le développement durable, les infrastructures numériques pour l’éducation, la formation professionnelle, la santé, le commerce, la co-production dans différents domaines de la culture et du numérique, la cueillette, la conservation et l’utilisation des données qui constituent la richesse première des temps à venir, etc. Cette perspective répond à de multiples nécessités : dans la forte compétition économique actuelle sur le continent africain, montrer que la Francophonie dispose de ressources, de compétence, d’intérêt pour cet aspect premier du développement des états et sociétés de sa partie Sud ou se retrouve la majorité des locuteurs de la langue française, aussi affirmer la place de notre langue commune dans ce domaine majeur qui lie finance, recherche, technologie, ingénierie, innovation.
Je vous laisse imaginer l’impact de l’intervention d’une coalition de sociétés de pays et gouvernements membres de l’OIF dans la mission 300 millions qui, à l’initiative de la Banque Africaine de développement et la Banque mondiale vise à apporter l’électricité à 300 millions d’Africains d’ici 2030.
À titre d’exemples, on peut imaginer des coalitions circonstancielles entre des sociétés du Maroc, du Cameroun et du Vietnam; de la France, de Maurice et la Côte d’Ivoire; de la Région Wallonie Bruxelles, du Québec et du Sénégal; de la République démocratique du Congo, de la Suisse et le Bénin etc.
5.- Enfin, l’Institut francophone du développement économique serait chargé d’organiser une Conférence biennale des Ministres de l’économies des pays et gouvernements membres de l’OIF. Cette conférence serait chargée d’évaluer l’état d’avancement des politiques de développement économique mise en place par l’institut et d’en recommander les ajustements et développements, aussi de s’assurer que les 80 états et gouvernements de l’OIF ne sont pas condamnés au rôle de sous-traitant dans la conservation et l’utilisation des normes produites sur leur territoire, condamnés a l’application de standards y compris pour l’IA arrêtés sans leur contribution et leur aval, à l’effacement programmé de la propriété intellectuelle qui appartient aux créateurs francophones tout domaine confondu. Tels sont aussi les contenus de la souveraineté.
ÉDUCATION
Je salue les acquis, les travaux conduits par l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation de Dakar (FEF) dont la réputation est solide et ceux conduits par la Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie. Je salue aussi la contribution de l’Agence universitaire de la Francophonie, cet indispensable instrument pour affirmer et conforter la place des Francophones et de la Francophonie dans la recherche, la formation supérieures, la maitrise des technologies avancées et des applications qui en découlent. Les travaux de ces institutions doivent être maintenus et le domaine porté à un autre niveau.
Il ne suffit pas d’affirmer et de réaffirmer que la majorité des locuteurs de la langues française est africaine et d’applaudir béatement des statistiques. Dans la réingénierie de la Francophonie, l’éducation doit se situer au tout premier rang. La Francophonie doit porter l’ambition d’être le premier partenaire des systèmes éducatifs nationaux des pays du Sud de l’OIF. Dans le prochain quart de siècle, ce sont 25 millions de naissances qui sont prévues annuellement jusqu’en 2050 en Afrique dite francophone. En conséquence, des vagues continues de jeunes africains devront être accueillies à tous les niveaux des systèmes scolaires. Le défi est colossal.
Affirmée avec clarté, cette ambition d’être le premier partenaire des systèmes éducatifs nationaux des pays du Sud de la Francophonie répond à d’évidentes nécessités; 1) le besoin absolu qui est aussi un droit pour chaque enfant d’avoir accès à des services scolaires de qualité pour son propre développement et sa participation éventuelle à la vie sociale, culturelle et économique de sa société; 2) dans un grand nombre de pays africains dits francophones, l’apprentissage de la langue française se fait quasi exclusivement à l’école. Enfin, si la Francophonie ne se mobilise pas, d’autres occuperont l’espace ainsi dégagé, la Turquie, les Émirats, l’Inde, la Chine, la Russie et quelques autres.
Je plaide pour une mobilisation sans précédent de notre communauté pour une contribution majeure et durable à l’offre éducative en Afrique francophone. Cette offre doit se distinguer par sa dimension, sa qualité et sa permanence. L’école, au Suc comme au Nord, est le lieu où se construit les matériaux essentiels du lien linguistique qui fonde notre communauté, assure sa vitalité et sa permanence aussi loin que l’on puisse voir dans l’avenir.
Pour le financement de cette mobilisation sans précédent, outre les ressources institutionnelles disponibles, je préconise la création d’une Fondation internationale avec un Conseil d’administration puissant capable de conduire de vastes opérations de levée de fonds dans le monde. En clair, les défis éducatifs des pays francophonies du Sud sont aussi ceux des pays du Nord. Ils sont ceux de la Francophonie ou nous ne sommes pas les partenaires que nous prétendons être.
CULTURE ET COMMUNICATION
Le domaine de la culture et des communications (comprenant la langue) est au cœur de l’ADN de la Francophonie. Il est au fondement de notre rassemblement et constitue aussi un secteur vibrant de l’économie, de la recherche, de la création d’entreprises et de la création d’emplois. À titre d’exemples, il contribue pour 65 milliards de dollars dans l’économie canadienne, pour 150 milliards de dollars dans celle de la France. Des données disponibles pour plusieurs pays africains convergent. La part de la culture y est en croissance rapide, On pense au Maroc, au Bénin, à la Cote d’Ivoire, au Sénégal, au Rwanda, au Gabon, à la République démocratique du Congo et à plusieurs autres pays africains membres de l’OIF.
En Afrique comme en Europe et en Amérique, ce domaine premier est mis à mal. Il est, de fait, l’un des domaines les plus durement secoué par les mutations en cours du monde. L’offensive est conduite par les grands groupes hégémoniques américains que sont les GAFAM+. Ils envahissent le marché mondial, accaparent les ressources intellectuelles, culturels est économiques du domaine, captent de vastes clientèles dont notamment celles des plus jeunes générations. Déjà une partie significative des jeunesses francophones trouvent leur nourriture culturelle (et linguistique) hors de notre communauté.
Une contre-offensive de grande envergure s’impose, urgemment et durablement. Une contre-offensive que chaque état et gouvernement de l’OIF ne peut lancer, soutenir et gagner seul. Il importe de mettre un frein à l’effacement programmé de notre production culturelle. Où la Francophonie et ses 80 pays membres ont un poids dans les affaires du monde et des valeurs et produits culturels à partager et entend le faire avec méthode, constance et fierté, où elle est condamnée à l’indignation verbale qui est une autre manière de dissimuler défaite et effacement.
Je partage avec vous deux éléments de cette contre-offensive qui, à mon appréciation, sont indispensables et inséparables.
1. Après des années de coopération dans le domaine de la culture qui a permis l’émergence d’un grand nombre d’activités majeures du domaine dans l’espace francophone y compris numérique, la Francophonie doit agréger progressivement les activités culturelles développées dans ses États et gouvernements membres, activités qu’elle reconnait et doit désormais les inclue dans un ensemble qui structure l’ espace culturel commun aux pays de l’OIF, un espace culturel commun qui soit aussi un marché international des cultures francophones du monde (MICF). Cette indispensable relance constituerait un acte de refondation de l’alliance culturelle francophone, un fort geste d’affirmation et de renouvellement des liens culturels acquis et la mise en place d’un espace pour la circulation des œuvres et des artistes, la mise en place d’un marché de plusieurs centaines de millions d’usagers, un marché d’expertises, marché qui est aujourd’hui éclaté et, pour l’essentiel, inopérant. Enfin, cette consolidation concrétiserait cette fameuse exception des expressions culturelles dont la Francophone revendique la paternité.
Le deuxième élément de la contre-offensive culturelle s’impose lui aussi, urgemment et durablement. Pour les Francophones et les Francophiles, où qu’ils soient dans le monde. Il s’agit de l’accessibilité aux produits culturels, éducatifs et de loisirs, scientifiques et technologiques produits en langue française et dans les langues nationales africaines.
Des travaux d’importance conduits en Europe, au Canada et au Québec, une Conférence des ministres de la culture de la Francophonie réunie à Québec en 2025, d’importantes délibérations conduites à l’UNESCO et une loi adoptée par l’Assemblé nationale du Québec font de la découvrabilité des contenus francophones sur les grandes plateformes numériques, telles que Netflix et Spotify, la solution au problème d’accès évoqué précédemment.
Je respecte cette voie mais je ne la partage pas. Je me réjouirai le jour où elle sera négociée avec succès avec les propriétaires de ces plateformes. Je constate qu’à ce jour, toutes les négociations souhaitées ont reçu une fin de non-recevoir couplée de réactions de grande hostilité et de menaces politiques et économiques. Enfin, comme vous le savez, les géants technologiques américains ont trouvé en l’actuel président des États-Unis l’un de leurs plus ardents défenseurs face aux réglementations étrangères.
La Francophonie a déjà connu une situation voisine moins l’hostilité actuelle. Fin des années 80, un constat s’impose à tous. Le ciel parle alors exclusivement la langue de Shakespeare (CNN et BBC) et des rumeurs persistantes circulent voulant que les Japonais, les Hispanophones, les Chinois allaient se doter de réseaux internationaux de télévision. Alors la Francophonie n’a pas hésité. Elle a créé TV5 Monde, un acte fort d’affirmation. Dans cet esprit, j’estime que la Francophonie doit développer une plateforme numérique internationale francophone où serait rendu disponible l’ensemble des productions culturelles des pays membres de l’OIF. À défaut d’une telle entreprise, les créateurs et les entrepreneurs francophones de la culture sont condamnés à une dépendance, une fragilité et une invisibilité dans les lieux sources, ressources et réserves pour la création, la production et de la diffusion internationale des contenus au XXIe siècle. La Francophonie ne doit pas se priver les cultures qu’elle fédère d’un tel support.
Cette plateforme existe déjà à TV5 Monde et elle connaît un vrai succès, près de 400 millions d’utilisateurs annuellement. Il faut certes la transformer, y agglomérer les œuvres disponibles dans l’ensemble des pays membres de l’OIF et la doter d’un statut et d’une gouvernance propre dont la nature multilatérale soit indiscutable. Il s’agit d’assurer la présence, dans l’espace numérique mondial, des cultures que la Francophonie a pour mission de fédérer et de faire rayonner.
La plateforme serait, pour les temps à venir, la référence, le grenier, la vitrine, l’offre des produits des cultures des pays et gouvernements de l’OIF aux centaines de millions de leurs citoyens, l’offre des produits des cultures des pays et gouvernements de l’OIF au monde. L’ambition est considérable, le projet exaltant, Chaque pays membres de l’OIF devant proposer à la plateforme commune l’ensemble des œuvres qui, à son évaluation, doit être ainsi offert aux francophones, francophiles et autres habitants de la planète. Bienvenue au XXIe siècle.
Ce projet est d’une telle importance qu’il doit être planifié et mis en œuvre par un conseil de gestion propre et doté d’un budget spécifique en provenance des pays et gouvernements membres de l’OIF enrichi des contributions des Fondations nationales et internationales dédiées à la culture. Autrement, nous nous mettons en situation de dépendance des GAFAM+ pour une durée indéterminée y compris pour la sélection, la collecte, la garde et l’utilisation des productions intellectuelles, scientifiques et culturelles des pays de l’OIF. La Francophonie doit aussi de doter d’un plan pour que ses états et gouvernements membres ne perdent pas le contrôle sur les données produites sur leur territoire qui constituent la matière première dans la construction des algorithmes et des travaux des intelligences artificielles.
LA GOUVERNANCE
Les acquis de la Francophonie en matière de gouvernance sont d’une grande importance. Aucune société humaine ne peut vivre et survivre sans un code de gouvernance qui, dans le cas des pays et gouvernements de l’OIF, assure la protection des droits fondamentaux des citoyens, l’indépendance du judiciaire et un état de droit issu de la volonté des citoyens. Pour l’heure, les Déclarations de Bamako et de Saint-Boniface constituent les références communes des pays et gouvernements de l’OIF.
Je propose que ces Déclarations et leur mise en œuvre, un quart de siècle après leur adoption, fassent l’objet d’une révision par un groupe de travail comprenant des représentants des gouvernements, des corps constitués du domaine et de la société civile suivi d’une conférence ministérielle des ministres de la Justice dédiée exclusivement. Tout ce travail devant produire des recommandations à un éventuel sommet des chefs d’État et de gouvernement. Et pourquoi pas celui prévu au Canada en 2028.
Dans ce temps de haute compétition et de ressources limitées, je plaide pour le regroupement de l’ensemble des ressources disponibles au service des quatre grands domaines identifiés précédemment. Prenant appui notamment sur les technologies d’animation, de communication et de formation, la Francophonie doit offrir à ses États et Gouvernements des plateformes de services conjuguant les analyses, les expertises et les aspirations de partenaires à égalité. Cette offre doit, dans tous les cas, apporter une plus-value vérifiable, pour les jeunes, ceux et celles qui ont la charge de leur formation; pour les artistes, techniciens et entrepreneurs qui rendent leurs travaux possibles et disponibles; pour les opérateurs du secteur de l’économie et du commerce qui contribuent à la production de la richesse; pour les responsables de la gouvernance commune, nos gouvernants en appui à leurs besoins comme législateurs responsables d’un vivre ensemble apaisé et juste.
Pour la mise en œuvre de ce plan de développement, la contribution de la société civile est indispensable. Ses représentants doivent être partie prenante aux consultations et délibérations requises.
Appelons ce temps le cycle de l’affirmation et des réussites.
Je vous remercie de votre attention.
講演
「世界の変容に直面するフランコフォニー」
会場:リシュリュー・サンゴール・サークル
ジャン=ルイ・ロワ(作家・外交官)による講演
「連鎖と更新が織りなす、より大きな循環」
パリ、2026年9月22日
世界の変容に直面するフランコフォニー
会長、リシュリュー・サンゴール・サークルの会員の皆さま、親愛なる友人の皆さま。
本日の講演の冒頭に、1960年、ノーベル文学賞受賞に際してサン=ジョン・ペルスが行った「スウェーデン演説」から一節を掲げました。著名な作家である彼は、世界の変容を「連鎖と更新が織りなす、広大な循環」と表現しています。フランコフォニーの歩みも、かつても今も、まさにそのようなものです。その歴史には、連鎖が続く時期と、新たに更新される時期があります。いま私たちは、その更新が求められる時を迎えています。世界の変容が私たちの運動に深い影響を与え、フランコフォニーの志を改めて考え直すよう迫っているからです。
世界の変容
こうした変容は、皆さまもご存じでしょう。富の重心が西から東へ、さらに東から世界の南へと移っていること。人工知能によって加速するデジタル時代が世界中に広がっていること。気候危機、そして地球上の人口分布を大きく変える人口増加です。近い将来、世界人口の80%がアジアとアフリカに暮らすことになります。
変化の規模を示すデータを二つ挙げます。世界GDPに占めるアジアの割合は、2000年には25%でしたが、現在は55%を超えています。研究開発に占めるアジアの割合は、2000年の24%から現在は46%に上り、2025年には3兆ドルに達しています。わずか25年で、世界GDPに占めるアジアの比重は2倍以上となり、研究開発でもほぼ2倍になりました。
もう一つ、2000年にはインターネット利用者は3億人で、1日に120億通、1時間に5億通のメールをやり取りしていました。現在は利用者が60億人を超え、1日に3920億通、1時間に165億通のメールがやり取りされています。
地理、経済、技術、人口、文化の各面で、人類社会の新たな姿が形づくられています。そこには可能性がある一方、利害や課題もあります。
こうした変容は、地球規模で、通信、教育、研究、投資、余暇、そして財やサービスの生産に関わるあらゆる分野を揺るがしています。フランコフォニーの領域も、言語、文化、技術、経済、政治の各面で変化しています。
フランコフォニー、とりわけ運動の多数を占めるアフリカ地域に、こうした変容が及ぼす影響を示すデータを二つ挙げます。2000年、アフリカとアジアの貿易額は250億ドル未満でした。アフリカには、国際フランコフォニー機構(OIF)の正規加盟国の大半があります。2023年には貿易額が約1兆ドルに達し、その4分の1弱を中国とアフリカの取引が占めました。2026年には、アフリカ・アジア間の連携は21世紀を代表する貿易軸の一つとなっています。
この活発な交流は、アジアの供給者とアフリカの消費者を結ぶ大規模なバリューチェーンの発展を促しました。同時に、アフリカを市場として――しかも購買力のある市場として――再定義しました。今世紀には、インドとともに、世界経済を動かす新たな原動力となる可能性があります。フランコフォニー諸国の財やサービスを生産する人々と、アフリカの潜在的な利用者を結ぶバリューチェーンは、いつ生まれるのでしょうか。
フランコフォニーの多数派をなす地域は、金融、技術、貿易、文化の力を備えたアジアの影響力に、いま直面しています。OIFの正規加盟56か国のうちアフリカの32か国は、世界との関係を根本から変えつつあります。同時に、世界もアフリカ大陸との関係を根本から変えています。
人類全体がデジタル時代に入ることについては、20年後、インターネット利用者が10億人を超える共同体が三つ生まれる、と述べれば十分でしょう。中国、インド、そしてアフリカです。
別の文脈でヴァージニア・ウルフが述べた言葉が思い浮かびます。「世界全体が、いま産みの苦しみのただ中にある」。実際、私たちは日々、大きな変動がすでに始まっていることを目にしています。その行方を予測できる者がいるとすれば、よほど賢い人でしょう。
十分に誇るべき実績
私たちの運動には、十分に誇るべき実績があります。精神、文化、言語、経済、社会の遺産も、直面する課題も異なる多様な共同体を、共通の取り組みを通じて結びつけてきました。その求心力は疑いようがありません。1986年、最初のフランコフォニー首脳会議には45の国と政府が参加しました。2026年11月、カンボジアで開催される首脳会議には、さまざまな形で90の国と政府が参加する予定です。
私たちの運動は、法の支配から環境の緊急課題まで、人間の安全保障から人類社会の文化的・言語的多様性まで、数多くの重要な議論を重ねてきました。また、国際交渉でも価値と利害を主張してきました。1992年のリオでは砂漠化対処条約の実現に関わり、1995年の世界貿易機関(WTO)設立時には、国際貿易のルールに対する文化的産品の独自性を訴えました。ウィーンの世界人権会議では、提案を通じて、人権センターを国連事務総長直属の人権高等弁務官事務所へと移行させることに貢献しました。さらに、北京女性会議では、フランコフォニー諸国の代表団が連携して参加し、男女平等の確立に大きな力を発揮しました。
私たちの運動は、法の支配、民主主義の価値、個人の権利、市民社会の尊重という力強い理念を、優先事項と価値の中心に据えてきました。また、確かな影響力を持つ機関を創設・強化してきました。120か国に1,000を超える加盟機関を持つフランコフォニー大学機構(AUF)、アフリカとヨーロッパにキャンパスを持つアレクサンドリアのサンゴール大学、200か国・地域で放送され、充実したオンデマンド動画サービスも備えるTV5モンドがあります。
さらに、アフリカやカリブ海地域の文化、アフリカ系ディアスポラの文化を振興する世界的な拠点となったアビジャン舞台芸術市場(MASA)、1980年代末に設立されて以来、南のフランコフォニー諸国の映画制作者を継続的に支援してきたフランコフォニー映像基金、2026年のキンシャサ大会に3,500人が参加したフランコフォニー競技大会、年間360万人が訪れる300の読書・文化活動センターもあります。挙げきれませんが、OIF、AUF、国際フランコフォニー市長協会(AIMF)、フランコフォニー議員会議(APF)の各事業も、個人・団体を問わず非常に多くの人々に届いています。
私たちの運動は、教育、マルチメディア教育法、持続可能な開発、人口動態、経済、就労支援、デジタル・キャンパスの各分野にも専門機関を持っています。これらの機関をはじめとする組織の背後には、人々を結びつけ、議論し、行動するネットワークがあります。
こうした実績は、連鎖と更新を繰り返す周期を通じて築かれてきました。
第一の周期
フランコフォニーの歴史における第一の周期は、1970年から1985/90年までです。世界人口の3分の2に及ぶ人々の脱植民地化に伴う、地政学的な変化への対応が求められました。新たに生まれたフランコフォニーの加盟国の大半では、きわめて脆弱な基盤の上に、国家と政府を文字どおり築かなければなりませんでした。
1960年、西アフリカの旧フランス領では、学齢期の子どものうち学校に通っていたのはわずか6%でした。サハラ以南のアフリカで最初のフランス語圏大学がダカールに開設されたのは1959年です。そうした状況の中で、文化技術協力機構(ACCT)が誕生しました。目標も手段も控えめでした。繊細で複雑な課題は、この独特な集まりのニーズに合った多国間協力政策をつくることでした。その存在は不可欠でした。
この時期を「出現・模索・実験の周期」と呼びましょう。
第二の周期
フランソワ・ミッテランが1986年に首脳会議の開催を呼びかけたこと、その後の二つの首脳会議を主導したカナダのブライアン・マルルーニー首相とセネガルのアブドゥ・ディウフ大統領の決意、そしてソ連の崩壊が、フランコフォニー史の第二の周期の始まりを告げました。この周期は1990年から2010/15年に及びます。
この時期は、制度を固める時でした。1989年と1998年のダカールおよびハノイの首脳会議で、共同体の制度設計が定まりました。フランコフォニーの政治的性格が確立され、法の支配、民主主義の実践、人権、紛争予防、人間の安全保障をめぐって、マリのバマコ宣言とカナダ・マニトバ州のサン・ボニファス宣言に記された基本合意がつくられました。合意が成立すると、その実行に移りました。これはフランコフォニーの最も複雑で画期的な進展の一つであり、フランコフォニーの影響力外交が展開された、貴重な時期に頂点を迎えました。
もう一つの重要な取り組みは、関税と貿易に関する一般協定(GATT)の交渉時に、文化的表現の多様性を促進・保護する政策を定義し、共有するために長年取り組んだことです。歴代事務総長による精緻な外交努力の結果、この政策は世界的な課題となりました。さらに1990年代初頭、1992年にモントリオールでデジタル担当閣僚の特別会議が開かれた後、フランコフォニーの機関や実施団体は、加盟国・政府に対する研修やサービスの提供を拡大してきました。
短い期間ではありましたが、多国間主義が大きく花開きました。2001年、WTOは中国を迎え入れました。一方、国連事務総長のブトロス・ブトロス=ガリは、ACCTの理事を務めた経験を持ち、後にフランコフォニー事務総長となる人物ですが、一連の世界会議を立ち上げました。1992年のリオ持続可能な開発会議、1993年のウィーン人権会議、1994年のカイロ人口会議、1995年のコペンハーゲン社会開発会議と北京女性会議、そして1996年のイスタンブール居住会議です。
フランコフォニーは、これらの出来事から大きな影響を受けました。この時期に開かれた15回の首脳会議で重要な任務が定められたことに加え、国連事務総長のハビエル・ペレス・デ・クエヤル、ブトロス・ブトロス=ガリ、コフィー・アナンとの緊密な関係からも大きな恩恵を受けました。また、かつてはモスクワの支配下にあった中・東欧諸国が多数加わり、共同体の構成も豊かになりました。
さらに、機構はニューヨーク、ジュネーブ、ブリュッセルに事務所を開き、運動が国際社会から孤立しないようにしました。現在では、国際機関やフランコフォニー地域に関わる13の事務所からなるネットワークの一部です。機構は、先ほど述べた国際会議で加盟国全体の共同見解をまとめ、フランコフォニーとして初めて国際的な存在感を示しました。同じ時期に、フランコフォニー政府間機構は、地域・国際機関15以上と協定を結びました。
この時期を「確立と信頼の周期」と呼びましょう。
第三の周期
フランコフォニー史の第三の周期がいつ始まったのか、その時点を定めるのは容易ではありません。ここ十年を特徴づける長い変動期の中に、始まりを示す明確な内部の出来事はありません。
インド太平洋地域は次第に、経済、イノベーション、貿易の主要な中心地となりました。中国は世界的な大国となっています。2000年、北京が最大の経済パートナーだった国は25~30か国でした。それから20年後の2020年には、フランス語圏とされる国々を多数含む120~140か国で、最大の経済パートナーとなりました。この変化は湾岸諸国やサウジアラビアにも及んでいます。これらの国々は将来を別の形で考え、経済力を主張する新たな段階に入り、世界やアフリカとの関係を変えつつあります。
経済と貿易のグローバル化は急速に進みました。世界貿易額は2000年の7兆5,000億ドルから、2025年には35兆ドルに達しました。その後、新型コロナウイルス感染症のパンデミックが起こります。世界保健機関によれば、死者は1,500万~2,000万人に上り、第二次世界大戦後最大の経済後退、世界GDPの大幅な落ち込み、2022年には10%近いインフレ、そしてほぼあらゆる国での公的債務の増加をもたらしました。遠く離れた場所に依存するこの世界システムへの信頼も、多くの人々の間で低下しました。グローバル化、多国間主義、そしてOIFを含む国際機関は、この深刻な感染症の大きな犠牲となりました。
一時期、各国はほかの政治的・財政的課題への対応を優先しました。その状況は続き、パンデミックが収束すると、間もなくロシアによるウクライナ侵攻が始まりました。5年続くこの紛争では、210万人が命を落とし、2兆5,000億ドルを超える費用が費やされ、欧州では極めて危険な緊張が高まりました。ロベール・シューマンとジャン・モネが構想した欧州連合は、政治的・財政的資源の一部を、ロシアのウクライナ侵攻への対抗に振り向けることになりました。
2024年のドナルド・トランプ大統領の選出は、緊張と不確実性を強め、グローバル化を問い直す動きを加速しました。OECDによれば、その後退的な関税政策は「大半の国々」の成長を鈍化させています。さらにその後、二つの戦争がニュースの中心を占めています。3年間続き、7万人の犠牲者を出したガザの戦争と、8か月続いているイランの戦争です。前者は、根本的な法的・倫理的問題を提起しています。後者は重要な地政学的均衡を崩し、生活必需品の価格を広く押し上げています。また、インフレや金利が上昇し、世界経済が多くの犠牲を伴う景気後退に陥る懸念をもたらしています。
国連から国際刑事裁判所に至る国際的な制度・法的枠組みは、変化、危機、混乱、紛争が相次ぐ中で深刻な打撃を受けています。前世紀後半に国際社会から託された、世界の安全保障などに関する重要な役割を果たせないかのように見えるまでになっています。
OIFはほかの国際機関と同様、できる限り状況に対応しながら、2024年の国連グローバル・デジタル・コンパクトの策定と採択に参加しました。2030年までの戦略枠組みを定め、来年に期限を迎える事業計画を決定しています。
その一方で、世界の運営に関する別の仕組み、国際社会が共に生きるための要件についての別の考え方が形になりつつあります。皆さまもご存じのとおり、「一帯一路」はOIF加盟国を含む150か国を結んでいます。上海協力機構は、OIF加盟国の一部を含む40か国を集めたばかりです。BRICSは26か国で世界GDPの40%を占め、G7の28%を上回ります。OIF加盟国の一部が参加しており、さらに40か国が加盟を求めています。
そして、排他的な陣営への帰属を拒み、複数の陣営と関係を築きながら、国際社会の政治・法・経済の構造を別の形にすることを目指す「グローバル・サウス」が、多くの国を引きつけています。習近平国家主席は、この活発な動きを「グローバル文明イニシアチブ」を軸に位置づけています。
こうした補完関係、新たな利害、新しい同盟が生まれる時代に、フランコフォニーはどのような位置を占められるでしょうか。技術の基盤が価値、知識、財、サービスの生産方法を組み替え、人工知能を用いたあらゆる生産において、すでに、そして今後ますます私たちのパートナーとなる時代に、フランコフォニーはどうあるべきでしょうか。その存在理由と時代の要請を結ぶ分野で、存在感のある旗印となるには、何を担えばよいのでしょうか。
積み重ねてきた成果、ネットワーク、資源、そして潜在力の大きな豊かさを、どう生かせばよいのでしょうか。共同体を構成する集団や個人に、価値と行動を通じて影響を及ぼすにはどうすればよいでしょうか。また、権利、フランス語、そしてフランス語が結びつける文化の保護と並んで、富の創出にどのように貢献するのかを示すには、どうすればよいでしょうか。
この難しい問いに対する私の答えを、完成に向けてさらに練るべき考察として、また、今後2年のうちにカンボジアとカナダで開かれる二つの首脳会議に向け、現在の議論を深めるための出発点として、皆さまと共有します。
私の提案は、フランコフォニー、フランス語、そしてそれが結びつける文化が、言語・文化の両面で、創設以来経験したことのない競争環境に置かれているという認識に基づいています。競争は現実の領域でもデジタル空間でも、かつてないほど激しくなっています。また、人口動態の変化が共同体を根本から変えつつあります。北の加盟国では人口が減り、南では急増しています。この変化は教育、雇用、財・サービスの消費、経済成長に影響を及ぼし、今後も影響し続けるでしょう。さらに、先ほど触れた世界とアフリカの経済変化、それを支える技術も踏まえています。
誤解してはなりません。フランコフォニーが不在だったり、十分な役割を果たさなかったりすれば、その空白は、私たちとは異なる展望を持つ別の連携体によって、すぐに埋められるでしょう。私たちの組織は、今日、人気があるとは言えない政府間連携の一つです。加盟国の中には脱退した国もあれば、複数の陣営と関係を築き始めた国もあります。最近、拠出金を大幅に減らした国もあれば、フランコフォニー担当大臣の席を空席のままにした国もあります。
ほかの多くの組織と同様、私たちも統治のあり方、資金調達の方法、連携の提案、広報を見直す必要があります。要するに、「フランコフォニー」というブランドを、成果、成長、存在感を備えた共同体として改めて確立しなければなりません。偉大なケベックの詩人、ガストン・ミロンの言葉が思い浮かびます。「私たちは、始まりかけているもののところまで来た。」
競争が激しく資源が限られるこの世界で、私は、利用可能なあらゆる資源を四つの重点分野、すなわち経済、教育、文化・コミュニケーション、統治に集約することを提案します。
経済
私は特に、OIF加盟国の3分の2が抱える緊急の経済・金融上のニーズに注目しています。加盟国の政府が、法制度や規制上の権限、知識、ネットワーク、資源を動員し、加盟国の経済成長と富の創出に役立てることが不可欠です。
2026年の今、OIFは加盟国・政府の3分の2が抱える経済上の切実なニーズから距離を置くことはできません。そうすれば、いずれ自らの存在意義を失い、とりわけフランコフォニー圏南部の人口の60%を占めるアフリカの「2.0世代」から、無関心で、遠く、時代遅れの存在と見なされるでしょう。経済開発と富の創出に対する貢献は、実質的で、対象が明確で、目に見え、持続的でなければなりません。
また、少なくとも将来的には、雇用創出にも名を連ねられるようにすべきです。アフリカでは2050年まで毎年1,350万人の新たな労働者が加わります。その規模を示すために、欧州連合で新たに加わる労働者は合計400万人だと指摘しておきます。この問題は周辺的なものではありません。近い将来、フランス語圏とされるアフリカ諸国の市民のほぼ過半数に直接関わる可能性があります。
フランコフォニー経済開発研究所
OIFが、その内部に独立した評議会を持つ補助機関として、「フランコフォニー経済開発研究所」を設立することを提案します。評議会には、公共部門の責任者、経済界の民間部門の代表、OIFとAUF、そして市民社会が参加します。研究所の任務は、OIF加盟国・政府間の経済活動を発展させ、富の創出に貢献する政策を共同体に提供することです。
研究所の優先業務として、次の項目を挙げます。
- 既存の制度的資源を集約すること。
データを作成することで不可欠な資産を築いてきたフランコフォニー経済観測所、持続可能な開発研究所を念頭に置いています。ピエール・ブランの言葉を借りれば、「世界に影響を及ぼそうとする主体は、気候の行方に責任を持たなければならない」のです。AUFの重要な部門や、OIFとAIMFの経済関連事業も忘れてはなりません。 - フランコフォニー諸国間の貿易を促進する法的手段を整えること。
時代遅れになった個別対応から脱却すべきです。2024年、カナダから欧州連合への輸出の62%が、包括的経済貿易協定(CETA)による優遇措置を受けました。この協定をそのまま模倣するのではありません。OIF加盟国・政府間の経済・貿易関係を促進し、拡大するための法的・規制上の枠組みを探り、提案するのです。 - 南のフランコフォニー諸国から北のフランコフォニー諸国への輸出にかかる関税を撤廃すること。
南北、北南の間で、できる限り円滑な流通を実現するのが目的です。中国は関税をすべて撤廃しました。この撤廃には、既存の非関税障壁も含めるべきです。 - OIF加盟国・政府の企業が共同事業を立ち上げられる分野を特定すること。
北と南の企業が共同で取り組める分野を見つけるのです。現在、アフリカ大陸で進んでいる今世紀の大事業に、私たちが参加できるようにすることが目的です。預金供託金庫、政府系ファンド、貯蓄信用協同組合、保険会社などの金融機関も、こうしたフランコフォニー共同の資金調達の枠組みに参加させ、国際・大陸・地域機関の入札に応じられるようにします。
対象分野には、エネルギー、農業、持続可能な開発、教育・職業訓練・医療・商業のためのデジタル基盤、文化やデジタル分野の共同制作、そして将来の主要な資産となるデータの収集・保存・活用などがあります。
この構想には、複数の必要性に応える意味があります。アフリカ大陸で経済競争が激化する中、フランコフォニーが、南部にある自らの加盟国と社会の発展に必要な資源、専門性、関心を備えていると示すこと。そしてフランス語を、金融、研究、技術、工学、イノベーションを結びつける重要分野で共通の言語として位置づけることです。
たとえば、アフリカ開発銀行と世界銀行が主導し、2030年までにアフリカの3億人に電力を届ける「ミッション300」に、OIF加盟国の企業連合が参加した場合の影響を想像してみてください。
具体例として、モロッコ、カメルーン、ベトナムの企業、フランス、モーリシャス、コートジボワールの企業、ワロン・ブリュッセル地域圏、ケベック、セネガルの企業、あるいはコンゴ民主共和国、スイス、ベナンの企業による、案件ごとの企業連合が考えられます。
- OIF加盟国・政府の経済担当大臣による隔年会議を開催すること。
新たな研究所はこの会議を企画し、研究所が設けた経済開発政策の進捗を評価し、調整や発展を勧告します。また、OIFの80の国・政府が、自国の領域で生み出された基準を保管・活用するだけの下請けにとどまらないよう確認します。AIを含む基準が、自国の参加や承認なしに定められ、それに従うだけの立場に追いやられないようにします。あらゆる分野のフランコフォニーの創作者が持つ知的財産が、計画的に消されていくことを防ぐのです。これらもまた、主権の中身です。
教育
私は、ダカールのフランコフォニー教育・訓練研究所(IFE/FEF)が積み重ねてきた成果と、確かな評価を得ている取り組みを称えます。フランコフォニー諸国・政府の教育担当大臣会議の活動にも敬意を表します。また、研究、高等教育、先端技術とその応用において、フランコフォニーの人々と共同体の存在感を確立・強化するために欠かせない機関であるAUFの貢献にも敬意を表します。これらの機関の活動は継続し、教育分野をさらに高い段階へ進めるべきです。
フランス語話者の多数がアフリカにいると繰り返し唱え、統計を無邪気に歓迎するだけでは足りません。フランコフォニーの再設計において、教育は最優先の位置を占めるべきです。フランコフォニーは、OIF南部諸国の国民教育制度にとって第一のパートナーとなることを目指すべきです。
今後25年間、フランス語圏とされるアフリカでは、2050年まで毎年2,500万人の出生が見込まれています。そのため、絶え間なく増える若者を、学校制度のあらゆる段階で受け入れなければなりません。課題は途方もなく大きいのです。
フランコフォニーが南部諸国の国民教育制度の第一のパートナーを目指すという目標を明確に掲げれば、明白な必要に応えることになります。第一に、すべての子どもが、自らの成長と社会・文化・経済生活への参加のため、質の高い学校教育を受ける必要があります。それは権利でもあります。第二に、フランス語圏とされるアフリカ諸国の多くでは、フランス語を学ぶ機会がほぼ学校に限られています。最後に、フランコフォニーが動かなければ、トルコ、アラブ首長国連邦、インド、中国、ロシアなどが、空いた領域に入ってくるでしょう。
私は、フランス語圏アフリカの教育機会に対し、共同体が前例のない規模で、主要かつ長期的な貢献を行うよう訴えます。教育機会は、規模、質、継続性において際立つものでなければなりません。南でも北でも、学校は、共同体の基盤となる言語的つながりを築く場所です。そのつながりが、共同体の活力と、将来にわたる存続を支えます。
この前例のない取り組みの資金調達については、既存の制度的資源に加え、強力な理事会を備え、世界各地で大規模な資金調達を行える国際財団の設立を提案します。つまり、南のフランコフォニー諸国が抱える教育課題は、北の国々の課題でもあります。それはフランコフォニー全体の課題です。そうでなければ、私たちは自分たちが掲げるようなパートナーではありません。
文化とコミュニケーション
言語を含む文化・コミュニケーション分野は、フランコフォニーのDNAの中核です。私たちが結集する基礎であり、経済、研究、企業創出、雇用創出の活力ある分野でもあります。たとえば、この分野はカナダ経済に650億ドル、フランス経済に1,500億ドルをもたらしています。複数のアフリカ諸国で得られているデータも、同じ傾向を示しています。文化の占める割合は急速に拡大しています。モロッコ、ベナン、コートジボワール、セネガル、ルワンダ、ガボン、コンゴ民主共和国をはじめ、OIF加盟国である多くのアフリカ諸国がその例です。
アフリカでも、ヨーロッパやアメリカでも、この重要分野は打撃を受けています。現在進行中の世界の変化に、最も大きく揺さぶられている分野の一つです。攻勢をかけているのは、GAFAM+と呼ばれる米国の巨大企業です。これらの企業は世界市場に進出し、知的・文化的・経済的資源を囲い込み、とりわけ若い世代を含む大規模な利用者を取り込んでいます。フランコフォニーの若者のうち、すでに相当数が、共同体の外で文化的・言語的な情報や作品に触れています。
大規模な反攻を、緊急かつ長期にわたって進める必要があります。OIFの加盟国・政府が、単独で始め、支え、勝ち抜ける反攻ではありません。自らの文化的生産が計画的に消されていくことに歯止めをかける必要があります。フランコフォニーとその80の加盟国が世界に影響力を持ち、共有したい価値や文化的産品を持つのであれば、方法と一貫性、誇りを持ってそれを実行すべきです。できることがないとして言葉だけで憤るのは、敗北と消滅を覆い隠す別の方法にすぎません。
この反攻に不可欠で、互いに切り離せない二つの要素を共有します。
- フランコフォニー圏に共通する文化空間と市場を築くこと。
デジタル分野を含め、フランコフォニー圏で重要な文化活動が多数生まれるまで、長年にわたって協力が続けられてきました。フランコフォニーは、加盟国・政府が展開する文化活動を段階的に集約し、認知し、OIF諸国に共通する文化空間の一部として組み込むべきです。この共通文化空間は、世界のフランコフォニー文化の国際市場(MICF)でもあるべきです。
この再始動は、フランコフォニーの文化的連携を再構築する行為となり、築かれた文化的つながりを力強く再確認し、新たにするものとなるでしょう。また、作品や芸術家が行き交う場、数億人の利用者を持つ市場、専門知識の市場を築くことにもなります。現在、その市場は細分化され、ほとんど機能していません。この統合を通じて、フランコフォニーが提唱してきた「文化的表現の例外」も具体化されるでしょう。
- フランス語やアフリカの各国語でつくられた作品にアクセスできるようにすること。
世界のどこにいるフランコフォンやフランコフィルにとっても、フランス語やアフリカの各国語で制作された文化、教育、娯楽、科学、技術のコンテンツにアクセスできることは、同じく緊急かつ長期的な課題です。
ヨーロッパ、カナダ、ケベックで行われた重要な取り組み、2025年にケベックで開かれたフランコフォニー文化担当大臣会議、ユネスコでの重要な議論、そしてケベック国民議会が採択した法律を通じて、NetflixやSpotifyのような大手デジタル・プラットフォームで、フランコフォニーのコンテンツを見つけやすくすることが、アクセスの問題への解決策として示されてきました。
私はこの方法を尊重しますが、賛同はしません。プラットフォーム所有者との交渉が成功する日が来れば、私も喜ぶでしょう。しかし、これまで望まれた交渉はすべて拒絶され、強い敵意や政治的・経済的な脅しを伴う反応を受けてきました。皆さまもご存じのように、米国の巨大テクノロジー企業は、外国の規制に対抗する際、現職の米国大統領を最も熱心な擁護者の一人として得ています。
フランコフォニーは、現在ほど敵意が強くはなかったものの、似た状況を経験しています。1980年代末、空を飛び交うニュースはCNNとBBC、つまりもっぱらシェイクスピアの言語で伝えられていました。日本語話者、スペイン語話者、中国が国際テレビ網を持つといううわさも絶えませんでした。そこでフランコフォニーはためらわず、TV5モンドを設立しました。それは強い自己主張の行為でした。
この考えに沿って、私はフランコフォニーが国際的なフランス語圏デジタル・プラットフォームを築き、OIF加盟国の文化作品を一堂に公開すべきだと考えます。そうしなければ、フランコフォニーの文化の創作者や起業家は、21世紀にコンテンツを創作・制作し、国際的に発信するための情報源・資源・蓄積の場において、依存と脆弱さ、不可視性を強いられます。フランコフォニーは、自ら結びつける文化に、こうした支えを提供しないわけにはいきません。
そのプラットフォームはすでにTV5モンドに存在し、年間約4億人が利用するなど大きな成功を収めています。必要なのは、その機能を変え、OIF加盟国全体で公開可能な作品を集約し、多国間性が疑いなく認められる独自の地位と統治体制を与えることです。フランコフォニーが結びつけ、世界に広める役割を担う文化を、世界のデジタル空間に確実に存在させるのです。
このプラットフォームはこれからの時代に向けた基準となり、作品の蓄積庫であり、ショーケースであり、OIF加盟国・政府の文化産品を数億人の市民に届ける場となるでしょう。そして、それらの文化産品を世界に届ける場にもなります。大きな目標であり、心躍るプロジェクトです。各加盟国は、自国の評価に基づいて、フランコフォンやフランコフィル、そして地球上の人々に公開すべき作品を、共通プラットフォームに提供します。21世紀へようこそ。
このプロジェクトは非常に重要です。独自の運営評議会が計画・実施し、加盟国・政府からの拠出金に加え、文化を支援する国内外の財団の拠出で、専用の予算を確保すべきです。そうしなければ、選定、収集、保管、利用を含め、OIF諸国の知的・科学的・文化的な成果について、期限の定めのないGAFAM+依存に陥ります。またフランコフォニーは、自国の領域で生み出されたデータが、アルゴリズムや人工知能の開発に用いられる原材料であることを踏まえ、加盟国・政府がそれらのデータを管理し続けられるよう計画を整えるべきです。
統治
統治の面でフランコフォニーが積み重ねてきた成果は重要です。人間社会は、統治の規範なしに存続することはできません。OIF加盟国・政府の場合、その規範は、市民の基本的権利、司法の独立、市民の意思に基づく法の支配を保障します。現在、バマコ宣言とサン・ボニファス宣言が、OIF加盟国・政府の共通の基準となっています。
これらの宣言とその実施について、採択から四半世紀を経た今、見直しを行うことを提案します。政府、関係機関、市民社会の代表からなる作業部会で検討し、その後、司法担当大臣だけが参加する閣僚会議を開きます。こうした一連の作業を通じて、首脳会議に勧告を提出します。2028年に予定されているカナダ首脳会議を、その機会としてはどうでしょうか。
競争が激しく、資源が限られるこの時代に、先ほど挙げた四つの重点分野に、利用可能な資源をすべて集約することを提案します。活動を支え、コミュニケーションや研修を行う技術を活用し、フランコフォニーは、対等なパートナーの分析、専門性、願いを結びつけるサービス・プラットフォームを加盟国・政府に提供するべきです。
そのサービスは、必ず具体的で検証可能な付加価値をもたらさなければなりません。若者や、その教育を担う人々にとって。活動を実現し、公開する芸術家、技術者、起業家にとって。富の創出に寄与する経済・貿易分野の関係者にとって。そして共通の統治を担う人々、すなわち平穏で公正な共生を支える責任ある立法者としての政府関係者にとってです。
この開発計画を実行するには、市民社会の貢献が欠かせません。必要な協議や議論に、その代表者が参加しなければなりません。
この時期を「確立と成果の周期」と呼びましょう。
ご清聴ありがとうございました。
