De la genèse de l’idée de Dieu par Ibrahim TABET par Ibrahim TABET

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La position de la pensée occidentale est différente. Nombre de philosophes et de scientifiques, même athées ou agnostiques, estiment qu’il existe probablement une intelligence suprême derrière la création. Pour eux l’évolution de l’univers, ainsi que la montée de la complexité qui a finalement accouché de la conscience, ne saurait être uniquement le fruit du hasard. C’était déjà l’opinion de Voltaire qui, critiquant le théisme « inventé par les prêtres », prônait un déisme postulant l’existence d’un Grand-Horloger s’apparentant au Grand-Architecte de l’univers des Francs-maçons. Dans sa lutte pour instaurer une « religion de la raison », la philosophie des Lumières, considérait la religion comme une superstition dépassée, du moins en Europe, qui aurait atteint « l’âge adulte de l’humanité » selon l’expression de Kant. C’est aussi la thèse d’Auguste Comte auteur de la loi des trois états selon laquelle l’esprit humain passe successivement par « l’âge théologique », et par « l’âge métaphysique », pour aboutir enfin à « l’âge positif ». Et Max Weber a fait de l’histoire de l’Occident moderne celle du « désenchantement du monde », de la sortie du monde magique de la religion. Il souligne l’importance du processus de rationalisation caractérisé par l’effacement de la croyance irrationnelle dans l’action de Dieu dans le monde.

Il n’y a que dans une Europe occidentale largement déchristianisée où la religion ne fonde plus le lien collectif et où le sens du sacré s’est perdu. Depuis le dernier quart du XXe siècle, le monde est le théâtre d’un « retour du religieux », aussi soudain que généralisé. Phénomène qui semble donner raison à Malraux qui prophétisait : le « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas », contre Nietzche qui avait prononcé la mort de Dieu. Sauf que cette « revanche de Dieu  » selon l’expression de Gilles Kepel, reflète moins un regain de foi qu’une quête d’identité en réaction au « désenchantement du monde » et un recours à la religion à des fins politiques. Et, s’il touche toutes les religions et tous les continents, c’est surtout au sein de l’islam qu’il se manifeste de la manière la plus radicale et la plus violente. Avec le risque que ne se rallume l’antagonisme millénaire entre l’islam et la chrétienté et se réalise une autre prophétie : celle du choc des civilisations.

Ibrahim Tabet
LRF-juillet 2015