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L’insoutenable légèreté de notre civilisation par Ibrahim TABET

L’insoutenable légèreté de notre civilisation

par Ibrahim Tabet
Président de la délégation de La Renaissance Française au Liban

La pandémie du coronavirus ne souligne pas seulement “ l’insoutenable légèreté de l’être” mais de notre civilisation postmoderne et postindustrielle. Est-il concevable que malgré les progrès fulgurants de la médecine, nous soyons réduits à nous calfeutrer chez nous pour prévenir la propagation de la maladie ? Que ressurgissent les grandes peurs comme celles que provoquait la peste au Moyen-âge ? Grandeur et misère de la condition humaine ! Les dieux ont-ils voulu punir les hommes d’avoir voulu les égaler après les avoir mis à mort ?

En tout cas l’avènement d’un ’ Homo deus’ prophétisé par Shlomo Sand paraît bien lointain face au cataclysme viral de dimension biblique qui frappe aujourd’hui l’humanité.

Il a suffit d’un grain de sable pour gripper le mécanisme de notre économie mondialisée ; plus fragile parce qu’infiniment plus sophistiquée et plus interconnectée que par le passé. La récession économique mondiale va probablement freiner le processus de mondialisation et exacerber la guerre économique entre la Chine d’une part et les Etats-Unis et l’Europe d’autre part.

Ces derniers voudront amoindrir leur dépendance envers la Chine en relocalisant certaines industries. Tandis que la Chine cherchera peut-être à exploiter l’affaiblissement de l’Europe en profitant par exemple de la chute des cours de certaines entreprises pour les racheter. La crise risque d’autre part d’entraver le projet chinois de nouvelles routes de la soie.

Quand l’Empire du Milieu avait le monopole de la production de la soie, il prit des mesures draconiennes afin d’empêcher l’exportation de ce savoir-faire, avant que des marchands italiens ne parviennent finalement à en dérober le secret à la fin du Moyen-âge.

Plus naïf, l’Occident a permis au cours des trois dernières décennies à la Chine de piller ses technologies et d’accumuler un excédant commercial colossal à son détriment. Trump a été le premier à prendre la mesure de ce danger. L’Europe lui emboîtera-t-elle le pas ? Un autre cas de guerre économique est celle que se livrent sur le marché pétrolier l’Arabie saoudite et la Russie et la tentative de cette dernière de mettre hors jeu le pétrole de schiste américain.

Au plan politique, la crise a révélé à la fois les limites de la coopération dans le cadre de l’utopie appelée ’ communauté internationale’ et des gestes de solidarité de la part de certains pays, contrastant avec le repli nationaliste et égoïste d’autres pays.

C’est ainsi par exemple que Cuba la Chine et la Russie ont aidé l’Italie, contrairement à ses voisins et partenaires au sein de l’Union Européenne :

l’Allemagne et la France. La maitrise dont a fait preuve la Chine pour juguler l’épidémie et l’envoi par Pékin d’une équipe médicale au secours de l’Italie pour lutter contre le coronavirus est un indice de plus du déclin de l’Europe et du déplacement du centre de gravité du monde vers l’Empire du Milieu. Et le manque de solidarité entre pays membres porte un nouveau coup à la construction européenne déjà ébranlée par le Brexit.

S’ajoutant au réchauffement climatique dénoncé par sa jeune Cassandre, la crise du coronavirus montre qu’il y a des choses qui ne tournent pas rond sur notre planète. Provoquera-t-elle un changement de valeurs, de paradigmes ? Y aura-t-il un monde d’avant et après la catastrophe ? En tout cas les habitants des autres planètes de notre galaxie doivent se réjouir que les hommes n’aient pas encore inventé des vaisseaux spatiaux capables d’arriver jusqu’à eux.