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Liban. La francophonie vecteur de résistance culturelle par Ibrahim Tabet

De la francophonie comme vecteur de résistance culturelle au Liban

Toute l’histoire du Liban, pays au confluent des civilisations est placée sous le signe du multilinguisme et du multiculturalisme. En inventant l’alphabet, les Phéniciens apportèrent une contribution décisive au renforcement des échanges culturels entre les peuples de l’ancien monde. Après l’hellénisation des régions conquises par Alexandre le Grand et l’unification par Rome du monde méditerranéen, le grec et le latin remplirent la fonction de langues internationales et de culture. Puis, entre le siècle des Lumières et l’accession des Etats-Unis au rang de superpuissance ce fut le Français qui joua ce rôle. Aujourd’hui la mondialisation se traduit par la diffusion planétaire de l’anglais. Tandis qu’au Levant la langue arabe a évincé l’araméen et que l’arabisme culturel et politique érigé en idéologie hégémonique a voulu nier les autres composantes de l’identité culturelle et nationale des peuples de la région avant d’être lui-même en butte à la montée de l’islamisme.
Au Liban, alors que pour la majorité des libanais qui le pratiquent, l’anglais a surtout une fonction utilitaire, le français est à la foi une langue de communication et de culture. Pour le révérend père Selim Abou, ancien recteur de l’USJ : « les Libanais peuvent être trilingues. Mais ce qui a contribué à forger leur identité nationale, c’est le français dans sa conjonction étroite avec l’arabe. Aux côtés de l’arabe, langue nationale du pays, le français est vécu non seulement comme une langue de communication, mais comme une langue de formation et de culture à portée identitaire. » Et à l’époque de l’occupation syrienne du pays, il a fait des valeurs de liberté et de diversité culturelle traditionnelles du Liban et incarnées par la francophonie un vecteur de la résistance culturelle contre les desseins d’Anschluss de Hafez el- Assad. « Dans ses discours à l’ occasion de la Saint-Joseph, il s’attaquait, à la violence symbolique pratiquée par Damas contre le Liban et ses institutions. Il dénonçait notamment un processus de perversion du langage au service de la légitimation de la tutelle. Il exhortait les étudiants à se faire entendre autrement, à consolider leur engagement pour la culture des droits de l’homme et des libertés publiques, et à sortir de leur carcan communautaire et tribal, en élargissant la plateforme de leur résistance estudiantine1. » 
Comme pour le père Abou , la francophonie est, pour beaucoup de libanais francophones, à la fois un des fondements de la spécificité du Liban par rapport à son environnement régional et un moyen d’affirmation de leur rejet de l’uniformisation culturelle que tend à favoriser la mondialisation. Il ne s’agit nullement de nier le visage arabe du Liban, mais de rejeter toute forme de pensée unique. Non pas de se cramponner à une identité univoque pouvant être « meurtrière » selon le mot d’Amin Maalouf, mais de prôner au contraire le dialogue des cultures.
Ce sont ces idées que défendent, chacun à sa manière et dans son domaine d’activité, les membres de la délégation du Liban de la Renaissance Française. Ne pouvant mentionner toutes leurs contributions, j’en citerai deux qui symbolisent cet attachement. C’est ainsi par exemple que lors de son intervention à la table ronde que nous avons organisée au denier salon du livre francophone de Beyrouth, Joëlle Cattan a prononcé un vibrant plaidoyer sous forme de poème en faveur de « la francophonie en tant qu’identité ». Et que lors de notre table ronde dans le cadre de l’édition de 2016 du salon à laquelle a participé le président Denis Fadda, le Dr Antoine Courban a parlé de « l’appel de Beyrouth en faveur du vivre ensemble dans l’espace méditerranéen » dont il est un des cosignataires. Dans le même esprit La Renaissance Française a remis, à Dr Nayla Tabbara, sur la proposition de notre délégation, une médaille d’or du rayonnement culturel. Théologienne musulmane, Madame Tabbara défend un islam réformateur, ouvert, prêt à construire une citoyenneté commune avec non seulement les chrétiens, mais aussi les autres religions et les non croyants. Faire de la place à l’autre dans sa vie quotidienne et jusque dans sa propre foi : tel est son credo.
Ibrahim Tabet


1 https://www.lorientlejour.com/article/1149723/pere-abou-symbole-de-la-resistance-culturelle-contre-loccupation-syrienne-nest-plus.html