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Où va l’Europe ?

Grande puissance économique, l’Europe se distingue pour sa faiblesse politique face aux grands blocs de l’Ouest, de l’Est et d’extrême-orient. Ses divisions internes sont aux sources de sa fragilité.

Par Ibrahim Tabet

« Nous sommes à un moment de vérité qui consiste à savoir si l’Union européenne est un projet politique ou un projet de marché uniquement. Moi, je pense que c’est un projet politique » (Emmanuel Macron, Le 16 avril 2020).

Qualifiée parfois de géant économique et de nain politique, l’Europe s’interroge sur son poids géopolitique et le déclin de son influence sur la scène internationale dans un contexte de désengagement des Etats-Unis et de montée de la Chine qui la marginalise. Se pose aussi la question de ses relations avec la Russie et les pays riverains du sud et de l’est de la Méditerrané. Elle fait au défi culturel et sécuritaire de la montée de l’islamisme ainsi qu’à celui du contrôle des flux migratoires qui risquent d’augmenter avec la croissance démographique de l’Afrique.

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La crise interne de l’Union européenne

Certains pays comme la Grèce et l’Italie supportent d’avantage le fardeau des migrants, alors que d’autres refusent de le partager, tandis qu’ils sont utilisés par la Turquie comme carte de pression sur l’Europe. Bien que la majorité des ressortissants européens issus de l’immigration cherchent à s’intégrer dans leur pays d’accueil, d’autres, répugnent à adopter leurs mœurs et leurs valeurs. La sensibilité de l’opinion vis-à-vis de ce problème a été illustrée par la chute de la popularité d’Angela Merkel suite à sa décision inconsidérée d’accueillir un millions de migrants en Allemagne.
A ces questions s’ajoute les critiques des partisans d’une Europe des Nations et des peuples envers le traité de Maastricht et la crise interne de l’Union européenne. Elle a été mise en relief par le Brexit, la création du groupe de Visegrad formé de quatre pays eurosceptiques (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) et la montée des partis d’extrême droite aux élections de 2019 au Parlement européen.

La tentation du protectionnisme

Et elle s’est encore manifestée lors de la pandémie du coronavirus qui a soulevé le problème de la solidarité entre ses pays membres. Se pose aussi la question du modèle économique et social néolibéral européen. Confrontés à la montée des mouvements populistes tentés par le protectionnisme, la marge de manœuvre des gouvernements européens est réduite face à la globalisation des marchés des capitaux, des biens et des services et aux contraintes d’austérité posées par Bruxelles et la monnaie unique.

Les divers courants politiques

Ces questions divisent grosso modo les Européens en cinq grandes familles politiques : la droite libérale conservatrice dont le chef de file est la CDU ; les partis du centre libéraux (ou « progressiste » telle que se définit « La République en Marche » d’Emmanuel Macron) ; l’extrême droite, populiste de Matteo Salvini, de Victor Orban et de Marine Le Pen ; les sociaux démocrates et les Verts. Les partis de la droite et du centre sont européistes et mondialistes.
Les partis d’extrême droite rejettent la dictature des marchés et de Bruxelles, voire l’euro, et sont encore plus hostiles que les libéraux à l’immigration africaine et musulmane.
Quant aux Verts, ils privilégient les questions de climat et de transition écologique.

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Entre USA et Russie

Outre la question de savoir s’il faut approfondir ou non l’intégration européenne, un autre sujet qui divise les Européens est l’ostracisme envers la Russie. Alors qu’ils sont plus nombreux à penser que la volonté des Etats-Unis de restaurer un climat de Guerre froide en Europe ne sert que leurs intérêts et pas ceux de l’Europe (Emmanuel Macron a même estimé que l’OTAN est « en état de mort cérébrale »), les pays de l’est, particulièrement la Pologne et les pays baltes, restent accrochés à la protection américaine.
Dans un texte publié à la veille des élections européenne de 2019, et intitulé « Pour une renaissance européenne » Emmanuel Macron, partisan d’une Europe puissance, mettait en garde contre « le repli nationaliste » et devait déclarer : « Depuis 10 ans, les partisans de l’Europe ont baissé la tête. On oppose depuis lors Europe et souveraineté. Il est temps d’affirmer que, sur les grands défis de notre époque (sécurité, migrations, commerce, numérique…), la vraie souveraineté passe par une action européenne, dans un cadre démocratique renouvelé. Il y a urgence, car jamais l’Europe n’a été autant en danger ».
Cependant, malgré cette exhortation, le Rassemblement National de Marine Le Pen devait remporter le même nombre de sièges que La République en Marche.

Atlantisme et Union européenne

Comme la France, l’Allemagne veut redonner à l’Europe sa capacité d’influence dans le monde face à la Chine et à l’Amérique. Mais elle est moins enthousiaste vis-à-vis de l’approfondissent de l’intégration européenne et elle ne veut pas que celle-ci se résume à toujours plus de solidarité financière de l’Allemagne avec ses voisins. Son objectif global est que l’Europe « reste transatlantique tout en devenant plus européenne ».
Malgré ces différences et le poids économique et l’influence grandissants de l’Allemagne comparés à la France, le couple franco-allemand est le moteur de l’Europe.

L’Union, seule chance pour les Européens de peser face aux autres grands blocs

Il a été consolidé par le traité d’Aix-la-Chapelle conclu en 2019 entre les deux pays à l’initiative d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron. Et une nouvelle fois en 2020 par leur proposition de plan de relance de 750 milliards d’euros au niveau européen pour faire face à la crise économique du coronavirus. S’il est utopique d’envisager un jour la naissance des Etats-Unis d’Europe ; malgré les griefs qu’on peut avoir contre les institutions et le fonctionnement de l’Union Européenne, elle représente l’unique chance qu’ont les pays européens de répondre aux principaux enjeux économiques, technologiques et sécuritaires du monde. Et aucun pays européen, même l’Allemagne, ne fait seul le poids face aux Etats-Unis, à la Chine, à l’Inde ou à la Russie.

Ibrahim Tabet

Franco-libanais, Ibrahim Tabet est diplômé d’HEC. Il est l’auteur d’une « Histoire de la Turquie de l’Altaï à l’Europe », publié aux éditions de l’Archipel et de « Empires et Empereurs Européens » aux éditions de Vecchi. Il écrit régulièrement des articles politiques et historiques dans la presse libanaise dont certains ont été publiés dans la revue « Actualité de l’Histoire ».
Il milite en faveur de la francophonie au sein du monde des affaires, de la communication et des médias.

Crédit Photo : babelio.com
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