Journal du confinement de Yakoub Abdellatif L’auteur de pièces de théâtre ouvre son journal personnel aux lecteur du site de La Renaissance Française, avec ses pointes d’humour et d’humeur grinçante.

, par  Pierre MABIRE , popularité : 11%

YAKOUB ABDELLATIF
Né le 2 Juillet 1957
Auteur français de théâtre, nouvelles et roman.
Organisateur à Amiens du festival « Voyage au cœur de l’été » mêlant musiques, chansons, artisanat et cuisines du monde durant un mois complet.
Médaillé de La Renaissance Française pour le Rayonnement culturel.
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Théâtre
2018 : Strudel
2015 : Prise de sang, prise de tête.
2013 : Mesbah, Arlequin valet de deux maîtres.
2011 : C’est pour mieux placer mes rides, fiston
2007 : Fatma la honte
2005 : Le reste du passé,
2004 : Pages d’amour, feuilles vierges ou la répétition.
2001 : La chute des anges.
1998 : Tendresse comme il est joli ton nom,.
1996 : Ce mot que j’oublie souvent.
1995 : Ahmed Bouffetout, la gamelle et les fourchettes avec, (Editions de l’Avant Scène)
1993 : Vingt ans,
1989 : Méditations clandestines.
Nouvelles
2008 : Cœur à cœur.
1992 : Il, je,… l’homme heureux, (Editions Corps Puce).
Roman
2017 Ma mère dit chut (Editions Dacres)
Court Métrage
2006 : La visite
A paraître :
Papy, j’ai quelque chose à te dire ..
Bande dessinée de Ma mère dit chut .
Strudel (theâtre)

Retenu chez lui comme tout le monde par décret ministériel, Yakoub Abdellatif écrit son « journal du confinement » dont il réserve la primeur aux lecteurs du site de La Renaissance Française. Avec humour, humeur grinçante, tendresse, clins d’œil…

Mardi 16 mars 2020

« Mon père me dira »
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Ah quand il y a l’interdit, je ne suis jamais aussi créatif. Je me dis que je vais même m’inventer du temps. J’oublie le présent. Aveugle, je regarde au loin. Encore une fois, je sortirai de ce guêpier dans 15 jours, dans 1 mois, dans 10 ans, dans 100 ans. Et mon père qui me dira encore :.

  • Mais bouge un peu nom de Dieu ! Avance.. "...

Jeudi 18 mars 2020

« Gouttelettes »

Non, moi, ça va. C’est depuis la lune où je me suis réfugié que je vous écris. Je suis en apesanteur, je fais des grands pas. Les gouttelettes, qu’elles soient, sueur de travail ou sueur d’efforts, ne peuvent pas m’atteindre. Je ne fais rien de mes journées, j’attends de voir le jour. Et mes parents, les idiots, morts depuis longtemps, courent après moi pour me réveiller. Ils rêvent. Ils s’imaginent pouvoir me rattraper....…

1er avril 2020

« Vaccin d’avril »
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Ça y est. Cette nuit, ils ont trouvé le vaccin. Il est déjà disponible en pharmacie. Y en a même dans les supermarchés pour aller plus vite ! Un chacun s’il vous plait, même si vous avez deux bras. Adieu croquettes panées et saumons surgelés ! Poisson d’avril ! Retournez vite chez vous !. Le vaccin sera disponible dans 1 an quand on sera sous l’eau..

Vendredi 3 avril 2020

« Je me mets à rêver qu’il n’est plus là »

C’est une suite sans fin. Je déplace une chaise pour faire le ménage, je me lave les mains. Je la remets à sa place, je me relave les mains. A force d’en entendre parler, je crois voir le virus. Le malin. Moqueur et provoquant, il est toujours derrière moi !
Il est partout dans la maison, sur la chaise au moment où je vais m’asseoir, et dans le salon au moment où je vais pour m’installer. Je reste debout. Il est même entre les lignes quand je lis. Et ainsi à longueur de journée ! La nuit, dès que j’éteins la lumière, quand fatigué, je suis dans la chambre pour dormir. Il apparait. Il est encore là sur le lit. Alors, je lui mets une couverture pour qu’il s’endorme !

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Je ne veux pas la guerre, je veux juste la paix. Je lui laisse ma place. Je vais faire un tour. Je dors debout. Je me mets à rêver qu’il n’est plus là. Et je continuerai bien toutes ces absences si la maîtresse ne me rappelait pas toujours à l’ordre :

  • Debout, arrête de dormir à l’école. Le temps est précieux, on est là pour apprendre !
    Je me sens si petit devant ce monstre...

Samedi 4 avril 2020

« Paranoïa virale »

Je fais les courses. On dirait que je suis à la guerre. L’ennemi est invisible. Dans les allées, je regarde partout. En haut, en bas, devant, derrière dans les rayons. A la caisse. Faut surtout pas s’endormir.
Puis, je rejoins ma voiture. Je vais pour la charger. Et soudain, je me méfie d’elle . Des fois qu’on m’aurait préparé un attentat. Le vent !.
J’abandonne la voiture sur le parking. Je rentre à pied, chargé comme une mule. C’est mieux pour cogiter, pour être inspiré
Pendant tout le chemin, je continue à regarder à gauche, à droite, en haut en bas. L’ennemi est partout ! Au loin des ambulances et des gyrophares.

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J’arrive à la maison, en étant persuadé d’être suivi, Au bout deux heures alors que le supermarché à vol d’oiseau est à 10 mn. Une fois à l’intérieur, je ferme la porte à double tour et je regarde par le judas ! Ouf, je crois l’avoir échappé belle, c’était là- bas, au coin de la rue. J ai senti comme une présence alors que la rue était déserte. Derrière le feuillage comme un bruit. Un oiseau, une plume porteuse du virus. J’ai feint d’aller tout droit, j’ai rebroussé chemin.L’encre est partie ! . ..
Me voilà bien arrivé au camp, à la maison, sain et sauf, au chaud et je n’ai plus rien à écrire. La page blanche au milieu d’un confort. Je fais tout le ménage . Sols et murs. Que d’eau. De la sueur à ne pas en finir
La création, c’est l’enfer. Dien Bien Phu ! A croire qu’il faut être en danger pour arriver à dire....

Mardi 7 avril 2020

« J’allais justement t’en parler »

J’ai préféré devancer. J’ai dit à madame
" Et si le covid-19 durait 6 mois ? On n’est jamais resté longtemps ensemble comme ça, 24 h sur 24h ".
Elle m’a répondu
" Justement, j’allais t’en parler. Choisis le lieu où tu vas te confiner. Chez ta mère, chez ton fils ou dans une chambre d’hôtel. Il me faut de l’oxygène. "

Jeudi 9 avril 2020

« Du grenier au jardin »

J’ai un vélo d’appartement. Tous les jours, j’en faisais une heure. Mais j’ai passé la vitesse supérieure. 4 heures de vélo par jour maintenant, depuis le temps que je m’entraîne ! 4 semaines intenses. Depuis le début de la contamination. Du sport, du sport à outrance pour s’entretenir...
Je suis en sueur, en train de compter mes casseroles, mes poêles et mes conserves pendant que je pédale. Je suis dans la cuisine, parti du grenier, et je vais bientôt arriver dans le jardin. Je vais pouvoir compter l’herbe de la pelouse et peut être même bien trouver un trèfle à quatre feuilles.

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J’ai tout arraché, en tirant la langue, à chaque pièce de la maison. Au top, le confinement. Au bout du jardin, je pourrai grimper le mur, passer chez les voisins, et me retrouver dans la rue. Que de chemin restant alors que tant de gens me manquent. Il me faut de l’oxygène, j’étouffe. Voir un sourire, un regard. Sentir une tendresse, une présence.