Livre : une loi pour permettre aux libraires indépendants de résister face aux mastodontes de la vente en ligne La nouvelle loi, adoptée le 6 octobre 2021 par le parlement (Sénat et Assemblée nationale) a pour but de rendre les libraires compétitifs face aux géants de la vente de livres sur Internet.

, par  Pierre MABIRE
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La librairie n’est pas un commerce comme les autres. Elle est actrice majeure de la vie culturelle et sociale au plus profond du pays.

Le Syndicat de la Librairie Française (SLF) vient de gagner une bataille devant le parlement contre ses puissants adversaires, tel qu’Amazon, Decitre ou la FNAC, champions de la vente de livres sur Internet.
A une très large majorité couvrant le spectre politique de la droite à l’extrême-gauche, les députés ont adopté le 6 octobre 2021 une loi initialement portée par la sénatrice Laure Darcos, mettant libraires et les grands distributeurs en ligne à égalité sur les frais d’expédition des livres.

Le prix du livre est unique depuis 40 ans
Depuis près de quarante ans en France, le prix du livre est unique, quel que soit le point de vente – petit libraire de village ou de quartier, ou grande chaîne de distribution. Une mesure aujourd’hui étendue à l’Europe afin de mettre l’offre culturelle et livresque à proximité de tous les habitants de villes et des campagnes.

Les frais d’expédition : une faille pour contourner la loi

Une faille était cependant exploitée par les grandes chaînes de vente en ligne : l’application des frais d’expédition utilisée par les grands distributeurs pour contourner la loi sur le prix unique du livre. Lorsqu’Amazon facture 1 centime d’euro à ses acheteurs pour leurs achats de livres, les libraires doivent payer entre 5 et 7 euros de frais postaux pour leurs envois.

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Anne Martelle, libraire à Amiens, présidente du Syndicat de la Librairie Française

Pour la président du SLF, Mme Anne Martelle, dirigeante d’une librairie familiale à Amiens (80), cette pratique d’Amazon et des grandes surfaces en ligne, est une façon déguisée d’appliquer une remise sur la vente de livres hors de portée des libraires indépendants. Le principe d’égalité n’est plus respecté.

Ramener les clients dans les librairies

La nouvelle loi, adoptée le 6 octobre par le parlement (Sénat et Assemblée nationale) a pu but de rendre les libraires compétitifs lorsqu’ils pratiquent la vente en ligne. « La deuxième répercussion de la mesure, qui concernera l’ensemble des libraires, qu’ils pratiquent ou non la livraison, sera de ramener en librairie des clients qui, par facilité, commandaient des livres en ligne sans surcoût de port alors qu’ils habitent à proximité des librairies. Plus globalement, la mesure devrait accroître le nombre de libraires disposant d’un site de vente sur internet et développer les investissements de ceux qui en disposent déjà », explique Anne Martelle dans une interview publiée par « Livres-Hebdo ».

Adapter le monde du livre à l’ère du numérique

"Le livre n’est pas un bien comme les autres", a souligné la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, saluant un "texte bienvenu" porteur d’"un renforcement très important de notre régulation du prix du livre". Considérant les libraires indépendants comme des acteurs majeurs de la vie culturelle et sociale, le gouvernement, qui fixe l’ordre du jour du Parlement, avait engagé la procédure accélérée sur ce texte pour qu’il soit voté dès 2021.
Il "permet d’adapter le monde du livre à l’ère du numérique, de rééquilibrer les relations souvent complexes entre éditeurs et auteurs (...) et c’est un beau symbole qu’il soit examiné quelques semaines après que nous ayons célébré les 40 ans de la loi Lang" sur le prix unique du livre, a développé la ministre.
La réglementation des frais d’expédition – dont les niveaux et les modalités restent à préciser dans les futurs décrets d’application – n’est pas le seul élément de la loi. Celle-ci contient également des dispositions qui permettront aux communes et communautés de communes ou d’agglomération de subventionner les librairies indépendantes qui souhaitent se développer ou résistent à des difficultés financières. Et ce, pour que l’offre de lecture reste accessible partout, y compris dans les villages les plus reculés où tant de libraires ont fini par tirer le rideau.

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Objectif : faire venir ou revenir les lecteurs chez les libraires.

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