Prix Nobel de la Paix 2021 : Maria Ressa et Dmitri Mouratov, hautes figures d’un combat pour la liberté d’informer Cette année, le jury a tenu à mettre la liberté de la presse à l’honneur en attribuant son prix à deux journalistes connus pour leur engagement au service d’une information indépendante de tous les pouvoirs.

, par  Pierre MABIRE
Version imprimable de cet article Version imprimable
JPEG - 39.8 ko

Maria Ressa, journaliste philippine, lourdement condamnée pour ses reportages contre le crime et la corruption. Dmitri Mouratov, journaliste russe, reporter d’un journal indépendant.

Cette année, le jury a tenu à mettre la liberté de la presse à l’honneur en attribuant son Prix de la Paix à deux journalistes, la Philippine Maria Ressa et le Russe Dimitri Mouratov, pour « leur combat courageux pour la liberté d’expression ».
Journaliste d’investigation, Maria Ressa, correspondante de la chaîne américaine CNN aux Philippines, a produit de nombreux reportages sur les liens entre trafiquants de drogue, milieux de la prostitution et le pouvoir politique de Manille. Plusieurs de ses articles et reportages mis en ligne sur le Web ont révélé des graves faits de corruption, d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent sale.
Cela lui valut d’être arrêtée et jugée pour diffamation, et condamnée à de lourdes peines de prison et d’amende destinées à la faire taire en l’empêchant de poursuivre ses enquêtes explosives.
Des condamnations qui ont soulevé l’indignation internationale dans le monde de la presse indépendante, dans les mouvements pour les Droits humains. L’ancienne Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Mme Madeleine Albright, fut l’une des grandes voix à prendre fait et cause pour Maria Ressa en déclarant que ce jugement « doit être condamné par toutes les nations démocratiques ». De même, le Syndicat national des journalistes des Philippines a qualifié les poursuites judiciaires et les condamnations de Maris Ressa de « persécution sans vergogne, brutal » et a dénoncé "les liens étroits entre justice et pouvoir politique".

Avec les compliments du président de Russie

Pour sa part, le lauréat russe Dmitri Mouratov a annoncé qu’il dédiait son prix à son journal et à ses collègues assassinés pour leur travail et leurs enquêtes. « Ce n’est pas mon mérite personnel. C’est celui de Novaïa Gazeta. C’est celui de ceux qui sont morts en défendant le droit des gens à la liberté d’expression », a-t-il dit, cité par l’agence de presse publique Tass, en listant les noms des six journalistes assassinés contributeurs de ce journal.
Bien qu’il ne cache pas son soutien à l’opposition à l’actuel dirigeant du Kremlin, Dmitri Mouratov a reçu les compliments de la présidence russe : « Nous pouvons féliciter Dmitri Mouratov. Il travaille en continu en suivant ses idéaux, en les conservant. Il est talentueux et courageux », a réagi publiquement Dimitri Peskov, porte-parole du numéro un de Russie.

JPEG - 47.5 ko

Reporters sans Frontières : "Il y a urgence"

En France, l’ONG Reporters sans Frontières (RSF) a félicité le jury du Prix Nobel pour son choix : « A cet instant, deux sentiments dominent : la joie et l’urgence », a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, devant des journalistes au siège de l’organisation à Paris. « La joie, parce que c’est un merveilleux et très puissant message en faveur du journalisme. Un très bel hommage à deux journalistes (…), qui représentent l’ensemble des journalistes sur la planète qui prennent des risques pour favoriser le droit à l’information.
Et puis, en même temps, un sentiment d’urgence parce que le journalisme est fragilisé, parce que le journalisme est attaqué, parce que les démocraties le sont, que la désinformation et les rumeurs fragilisent autant le journalisme que les démocraties et qu’il est temps d’agir »
, a-t-il ajouté.

Navigation