Bleu de Cocagne : un conservatoire pour la sauvegarde des savoir-faire et des inventions de l’industrie textile d’Amiens Grâce au dynamisme de son industrie textile, la ville d’Amiens a longtemps été surnommée “la ville drapière”. A partir du 17e siècle, on y fabrique deux sortes de velours : un par chaîne, appelé velours d’Utrecht, destiné à l’ameublement et fabriqué à partir de lin et de mohair, et un velours à côtes en coton destiné à l’habillement. Cette industrie fut développée par Pierre Cosserat qui, en 1794, ouvrit son atelier de négoce de velours d’Utrecht, puis de confection de velours lisses de coton.

, par  Pierre MABIRE
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Effet de la mondialisation des économies, Amiens eut à connaître dans les années 1980 à 2012 la disparition de son industrie du velours dont l’une des enseignes prestigieuses était les « Velours Cosserat ».
Si cette industrie fit la réputation mondiale de cette ville, son histoire fut néanmoins chaotique et contrariée par des décisions d’Etat contre le génie des créateurs.

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L’exemple le plus frappant vient de la révocation par Louis XIV de l’Edit de Nantes en 1685 (notre photo : l’Edit de Fontainebleau signé par Louis XIV révoquant l’Edit de Nantes) - Edit qui avait mis fin, sous Henri IV, aux guerres de religions qui minaient le royaume. Ce reniement par le Roi Soleil à cette loi de tolérance qui permettait à chacun de pratiquer la religion de son choix, eut pour conséquence une répression forcenée à l’égard des Huguenots, soupçonnés d’être les complices des ennemis anglais et hollandais.
Parmi ceux qui, refusant d’abjurer leur foi, durent fuir le pays pour garder la vie sauve ou échapper au bagne, se trouvaient les inventeurs amiénois du velours d’ameublement. Ceux-ci s’installèrent dans les Pays-Bas, et c’est ainsi que le velours de ces Amiénois exilés devint le « velours d’Utrecht ».

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La toile imprimée selon une technique inventée par Alexandre Bonvallet, au 18è siècle, aujourd’hui sauvegardée par l’association amiénoise Bleu de Cocagne

Il en fut de même pour les tissus imprimés selon une technique créée par Alexandre Bonvallet en 1753, auquel la police royale opposa l’édit d’interdiction de fabrication de tels tissus au motif que leur fabrication faisait un tort considérable aux artisans tisserands qui ornaient les tissus de motifs colorés au moyen de fils de broderie, selon un long procédé de réalisation.
Installé dans le bourg de Grandvilliers (Oise), Alexandre Bonvallet transféra ses métiers à imprimé dans un bourg voisin. Mais l’édit d’interdiction signé de Colbert de fabriquer et vendre de tels tissus, provoqua sa faillite. Grâce à l’aide d’un collectif d’industriels et d’investisseur, Bonvallet s’installa à Amiens. Entre temps, son procédé d’impression de tissus avait été repris par un industriel de Jouy-en-Josas. Ainsi, la « toile de Grandvilliers » devient la « toile de Jouy », qui continue aujourd’hui d’orner les murs de nombreuses demeures.
Installé à Amiens, Alexandre Bonvallet se lança dans une nouvelle aventure en créant, au sein de la Manufacture Royale, un procédé de velours gaufré d’ameublement à l’aide d’un cylindre et d’impression en relief avec des plaques de cuivre. La « technique Bonvallet » permit pendant des siècles de rivaliser et de supplanter les velours italiens de Gênes.

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Des métiers à tisser le velours font aujourd’hui partie du Conservatoire des savoir-faire et inventions des métiers du textile, à Amiens

Pour les velours côtelés utilisés dans l’habillement, le savoir-faire des Amiénois résidait dans la coupe des fils de poil. Un travail de grande précision et de patience lorsque la technique était manuelle. La mécanisation vint progressivement soulager la main d’œuvre de ce travail répétitif, usant et peu gratifiant. Cette industrie fut développée par Pierre Cosserat qui, en 1794, ouvrit son atelier de négoce de velours d’Utrecht, puis de confection de velours lisses de coton.
En 1832, à la mort de son père Pierre, Eugène Eugène Cosserat reprit l’entreprise pour créer des unités de tissage d’étoffes de soie et de laine avec des métiers Jacquard. Il fut également l’un des premiers amiénois à s’équiper d’une machine à vapeur.
A son tour, Oscar, fils d’Eugène, prit la relève. Il diversifia sa production en produisant, en plus du velours côtelé, du velours lisse pour l’ameublement et l’habillement, dont seuls les Anglais maîtrisaient la technique industrielle. Avec son fils Pierre, Oscar acheta des brevets à Manchester. Ils construisent dans le quartier Montières d’Amiens une immense usine avec une salle de 500 métiers à tisser, alimentés par l’une des plus grandes machines à vapeur d’Europe.
Confrontée à partir des années 1970-80 à la concurrence industrielle internationale, l’entreprise Cosserat se trouva en difficulté et dut déposer son bilan. Reprise en 2004 par le groupe allemand Cord et Velveton, elle fermait définitivement ses portes en 2012, mettant un point final à l’industrie du velours d’Amiens après plus de deux siècles de gloire.
Toutefois, grâce à la famille Benoit, longtemps spécialisée dans l’apprêt et la teinture de tissus, cette mémoire industrie du velours d’Amiens, d’ameublement ou côtelé, ne s’efface pas.
En 1997, pressentant la disparition de l’industrie Cosserat, Yves Benoit fondait avec d’autres confrères l’association Bleu de Cocagne ayant pour objet de continuer à faire vivre le savoir-faire amiénois.
Il en résulte aujourd’hui la création d’un Conservatoire des métiers et des inventions de cette industrie spécifiquement amiénoise.

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Yves Benoit, ancien industriel apprêteur et teinturier de tissus, président de Bleu de Cocagne (à gauche), le professeur Denis Fadda, président international de la Renaissances Française et Florelle Chapelle, de La Renaissance Française - Paris, devant un "cylindre Bonvallet" servant à l’impression des toiles.

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Dans une partie des locaux de l’usine Cosserat laissés à l’abandon, Yves Benoit, avec une équipe de bénévoles, restaure actuellement un métier d’impression de toile selon la technique inventée par Alexandre Bonvallet.
Dans un même souci de conservation, il a réuni sur place des métiers artisanaux et semi industriels qui contribuèrent à la richesse d’Amiens du 18e jusqu’au début du 21e siècles. L’un des métiers à tisser les plus remarquables est celui équipé de la technique créée par l’Amiénois Raymond Dewas supprimant l’usage de navettes pour le tissage et améliorant considérablement les conditions de travail des ouvriers.

Source :

 {{La médaille d'or du Rayonnement culturel de La Renaissance Française pour Yves Benoît, industriel, maître d'art et pour Bleu de Cocagne, association porteuse du Conservatoire des métiers du textile à Amiens}}

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Yves Benoît, ancien industriel apprêteur de tissus, teinturier, élevé maître d’Art par le ministère de la Culture et l’Institut des métiers d’art.

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 Yves Benoit, lors de la remise de la médaille d'or de La Renaissance Française du Rayonnement culturel par le professeur Denis Fadda, président international.

Sur proposition de sa délégation dans la Somme, la commission des distinctions de La Renaissance Française a décidé d’attribuer la médaille d’or du Rayonnement Culturel, d’une part à l’association Bleu de Cocagne et ses bénévoles, qui œuvrent depuis 1997 à la mise en place d’un Conservatoire des savoir-faire et inventions de l’industrie textile à Amiens, et d’autre part à Yves Benoit, à titre personnel. Cet ancien industriel, veloutiers, apprêteur de tissus, teinturier, s’emploie à la sauvegarde et à la transmission des métiers du textile. Le ministère de la Culture l’a élevé au rang de Maître d’Art.
Lors des remises de décoration, le mardi 20 septembre 2022, le président international de La Renaissance Française, le professeur Denis Fadda, a tenu à rapprocher l’établissement qu’il préside à l’action de Bleu de Picardie fondée par M. Yves Benoit et plusieurs de ses confrères industriels, pour que rien ne soit perdu des métiers du textile d’Amiens.
« La Renaissance Française, dans ses objectifs, agit pour la sauvegarde de tous les patrimoines – monumentaux, architecturaux, linguistiques, environnementaux, dit-il. Le patrimoine industriel en fait partie. L’œuvre de Bleu de Cocagne est considérable, unique, et fait vivre des savoir-faire âgés de deux siècles, qui méritent d’être connus dans le monde entier. La Renaissance Française s’y emploiera par l’entremise de ses délégations implantées dans de nombreux pays, sur tous les continents ».

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 Au nom de Bleu de Cocagne et de ses bénévoles, Philippe Choquart a reçu la médaille d'or du La Renaissance Française du Rayonnement culturel.

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