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Covid 19 : l’Afrique moins frappée que les autres continents

Le tsunami sanitaire annoncé pour l’Afrique par divers organismes internationaux n’a pas eu lieu. Plusieurs pays allègent actuellement les mesures sévères de confinement

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L’Egypte est le pays d’Afrique le plus touché par la pandémie, mais dans des proportions moindres que les pays d’Europe.

Toutes les données chiffrées que nous présentons ici sont à prendre avec précaution à cause de l’incertitude qui pèse sur les services de statistiques, souvent défaillants ou inexistants dans certains pays d’Afrique.
Cependant, il s’avère que le raz-de-marée de mortalité humaine annoncé sur le continent ne s’est pas produit. La pandémie a fait à ce jour bien moins de ravages que les maladies liées à l’absence d’eau potable dans de nombreuses régions, ou aux famines qui déferlent régulièrement sur la façade de l’Est africain.

Egypte en tête

Le 29 avril 2020, le Centre de prévention et de contrôle des maladies de l’Union africaine comptabilisait 36 000 cas de Covid 19 sur l’ensemble du continent, pour un totale de 1534 décès.
En tête des pays les plus touchés, l’Egypte totalisait près de 5300 cas confirmés, 380 décès, 1335 guérisons. Mais beaucoup moins que dans les divers pays d’Europe comme le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne et la France très durement touchés.
Le traumatisme encore très présent de l’épidémie d’Ebola qui avait secoué le continent a visiblement incité les Etats à prendre des mesures préventives très en amont de l’arrivée du Coronavirus.
Cela s’est traduit par des fermetures généralisées de frontières, d’écoles, d’universités, de lieux de culte, de centre commerciaux, de stades, et de tout rassemblement de quelques dizaines de personnes.

Algérie et Maroc sous pression

Avec 4321 cas recensés, le Maroc se positionne en seconde position des pays les plus infectés du continent, mais avec un nombre moindre de décès établi à 168 à cette même date. L’un des graves problèmes rencontrés, c’est la diffusion de Covid 19 dans trois prisons (Ouarzazare, Oudaya et Ksar El Kebir) dans lesquelles 313 cas ont été dénombrés.
Totalisant 3650 cas recensés, l’Algérie est à troisième place, mais avec 437 décès. Pour éviter la circulation du virus dans les villes, les bourgs et les villages, des mesures de confinement très strictes ont été prises, avec fermeture et écoles et des liaisons aériennes avec la France, ainsi qu’avec les pays voisins.

Tunisie : les chantiers redémarrent

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150 ouvrières de Kairouan se sont confinées dans leur usine pour fabriquer des masques et vêtements de protection pour les personnels hospitaliers.

La Tunisie, en revanche, a été mieux préservée, avec 975 cas recensés et 40 décès enregistrés. Les autorités ont desserré les mesures de confinement. Dès le 4 mai, les restaurants, bars retrouveront leur clientèle. Les fonctionnaires reprendront le chemin des bureaux. Les chantiers de construction redémarreront.
Le 11 mai, les centres commerciaux et les magasins d’habillement seront rouverts.
Sur la façade atlantique, en Guinée-Bissau, où un seul décès est dû au Covid 19, l’état d’urgence sera levé le 11 mai.

Eau portable : l’urgence ivoirienne

En Côte d’Ivoire (1238 cas officiels et 14 décès), l’urgence est maintenue jusqu’au 15 mai. La distribution potable dans tout le pays est ultra prioritaire, avec cinq millions de personnes qui en sont privées, alors que des études disent que le coronavirus peut être présent dans les eaux insalubres.

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Le marché de Port-Bouët où l’on porte le masque obligatoire (photo : lepetitjournal.com)

Gabon : Libreville retravaille

Au Gabon, pays de 2 000 000 d’habitants, la situation est loin de la catastrophe. Selon le bilan de la pandémie arrêté au 29 avril, on y a enregistré 276 cas et 3 décès. Ces chiffres comparés au seul département français de l’Oise, qui totalise 327 décès pour 870 000 habitants, rassurent sur la situation en Afrique subsaharienne. L’allègement du confinement concerne principalement le secteur économique, avec la remise au travail des entreprises à Libreville, mais avec maintien de la fermeture des écoles, universités et lieux de culte. Les rassemblements de plus de dix personnes restent interdits.

Madagascar : Artémisia promue par le président

Le cas de Madagascar intéresse la communauté scientifique internationale. Ce pays a pris des mesures drastiques pour enrayer la progression du virus dans la population.
Dès le mois de janvier, des mesures de confinement ont été mises en place, assorties d’un couvre-feu de 21 h à 4 h du matin, et port obligatoire du masque pour sortir de chez soi. Le pays a été mis à l’arrêt, avec fermeture des entreprises, des écoles, des lieux de culte, etc. Bilan au 29 avril : 128 cas déclarés dans l’île entière, 75 guérisons et zéro décès.
Le président de la République malgache attribue ce résultat à deux éléments distincts. D’une part, les services de police et gendarmerie qui ont veillé au respect des mesures par les habitants. D’autre part à l’emploi d’un remède nommé « Covid Organics » issu d’Artémisia, une plante utilisée par la médecine traditionnelle malgache sous forme de tisane, réputée pour ses vertus curatives. L’OMS reste muet sur cette thérapie qui échappe à l’industrie du médicament.

Trafics, contrebande et survie

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Conséquence indirecte des mesures de confinement à Madagascar, l’amplification des trafics de bois rares, comme celui du bois de rose très convoité en extrême-orient. Sans mesures de protection suffisante, cet arbre est sur le point de disparaître.

Autre conséquence dans l’île liée aux mesures de confinement : le développement de trafics illicites de bois, métaux précieux et animaux protégés. Les services de l’Etat étant occupés à faire respecter le règlement sanitaire, les bandes organisées en ont profité pour couper des essences rares : ébène, bois de rose, palissandre. Cent vingt trafiquants ont été arrêtés en flagrant délit, mais sans qu’il soit mis fin au pillage de la forêt malgache.
Ce trafic reste révélateur d’un pays démuni, où l’argent public fait figure d’Arlésienne, et où la débrouillardise l’emporte sur toute autre considération lorsqu’il faut trouver des subsides pour nourrir sa famille, et plus concrètement : survivre.

Pierre Mabire
(avec Radio France International, "Le Monde", Internet).