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Education et Covid 19 : l’UNESCO alerte sur la situation des filles

Deux hautes dirigeantes de l’organisation mettent le doigt sur les risques de déscolarisation des adolescentes dans certains pays fragiles « où il est déjà très difficile de recevoir un enseignement »

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Une école de la ville frontière de Jendema Pujehun de Sierre Leone, en 2010, quatre ans avant l’épidémie d’Ebola (photo : La Croix)

Tirant les leçons des conséquences de la flambée épidémique d’Ebola en Afrique équatoriale en 2013-2016, l’UNESCO attire l’attention de tous les Etats membres des lourdes conséquences dans ces mêmes régions sur la scolarité des filles, les plus vulnérables dans ce genre de crise sanitaire de grande envergure.
Deux de ses dirigeants, Mmes Stefania Gianni, sous-directrice pour l’Education, et Anne Birgitte Albrectsen, directrice générale du Plan international, font ce constat sur la situation nouvelle créée par Covid 19. Sur les 1,5 milliard d’enfants et étudiants contraints de rester chez eux pour cause de confinement, 743 millions sont des filles, dont 111 millions sont situées dans les pays peu développés où il est déjà très difficile de recevoir un enseignement.

Risque de perdre vingt ans de progrès

L’accès à l’école et aux études supérieures est encore plus compliqué pour les filles dans les camps de réfugiés, deux fois plus impactées que les garçons car orientées par les familles vers les tâches domestiques, la garde de leurs frères et sœurs, voire exploitées sexuellement pour assurer des revenus au foyer.
« Avec cette nouvelle crise sanitaire, le risque est de perdre vingt ans de progrès sur l’éducation des filles », disent les deux responsables de l’UNESCO. Le maintien des jeunes filles à domicile accroît les cas de violences et d’abus sexuel sur des adolescentes laissées sans supervision par leurs parents malades ou occupés à des tâches extérieures.

Retour à des pratiques ancestrales

Stefania Gianni et Birgitte Albrectsen rappellent que pendant l’épidémie d’Ebola qui avait provoqué la fermeture des écoles, en Sierra Leone, le nombre d’adolescentes enceintes avait bondi de 65%. « Les conséquences sont le retrait de ces jeunes filles de leur parcours scolaire et universitaire, et le retour à des pratiques ancestrales de mariages forcés, lorsque ce n’est pas leur mise sur le marché de l’esclavage sexuel », alertent-elles (1).
L’UNESCO invite les Etats membres à développer des pratiques nouvelles comme l’enseignement à distance, particulièrement mobilisatrices pour l’éducation des jeunes filles. Soit par Internet, soit par la télévision et la radio.
L’organisation suggère également de faire des écoles fermées à l’enseignement des points de rendez-vous pour distribuer la nourriture aux élèves et assister socialement leurs familles.

Réintégrer les jeunes filles dans le parcours scolaire

Pour mieux garantir le retour à l’école des adolescentes, l’UNESCO propose des méthodes d’apprentissage flexibles pour que celles-ci ne soient pas dissuadées de reprendre leur scolarité lorsque les écoles rouvriront. « Cela implique de tenir compte des filles enceintes et des jeunes mères qui sont souvent confrontées à la stigmatisation et à des lois discriminatoires en matière de réintégration scolaire les empêchant de poursuivre leurs études », insistent les deux dirigeantes internationales.
Elles préconisent de mettre en place une progression automatique et des débouchés pertinents dans les processus d’admission en tenant compte des difficultés particulières rencontrées par les filles. Des cours de rattrapage et un apprentissage accéléré devront peut-être être mis en place pour celles qui reprendront l’école.

(1)  : https://fr.unesco.org/news/filles-seront-plus-durement-touchees-fermetures-decoles-dues-au-covid-19

La Sierra Leone abroge la règle d’interdiction de l’école aux jeunes filles mères ou enceintes

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Interdites d’école depuis 2015, les jeunes filles mères et enceintes retrouveront leur place dans le parcours éducatif dès la levée du confinement dû à Covid 19. Photo "Le Monde"

La Sierra Leone, un des pays les plus pauvres du monde, avait officiellement interdit aux futures jeunes mamans d’aller à l’école en 2015, à la suite de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest (2013-2016), alors que quelque 14 000 adolescentes étaient enceintes, selon les chiffres des Nations unies.
Des grossesses dues en grande partie à la misère et aux viols. Durant l’épidémie, des milliers d’orphelines, dont les parents étaient décédés d’Ebola, s’étaient tournées vers la prostitution pour survivre, selon Amnesty International. Pour d’autres, la grossesse était le résultat de viols.
Dans un récent communiqué, le ministère de l’éducation dit lever l’interdit et accomplir « un premier pas sur la voie d’une Sierra Leone résolument inclusive où tous les enfants (…) pourront vivre et apprendre en toute sécurité et en toute dignité ».