Jean-Pierre Arrignon : un regard lucide sur la Russie moderne Grand spécialiste de la Russie médiévale et des Tsars, Jean-Pierrre-Arrignon laisse derrière lui une somme impressionnante de travaux d’étude et de recherche sur une Russie trop méconnue en Europe occidentale.

, par  Larenaissancefrancaise
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Le professeur Jean-Pierre Arrignon lors du colloque "Notre-Dame de Paris 15 avril 2019 : réflexions", organisé le le 3 octobre 2019 par la Renaissance Française.

L’ultime texte déposé sur son bloc Internet par Jean-Pierre Arrignon, décédé le 13 avril 2021, membre du conseil d’administration de La Renaissance Française et président de la délégation Nord - Pas-de-Calais de la dite institution, date du 20 décembre 2020. Il s’agit de la copie d’une interview donnée au quotidien d’information en ligne « Le Courrier de la Russie », publication francophone éditée depuis Moscou, siège de sa rédaction.
Dans ce journal affichant en page d’accueil sa ligne éditoriale d’une « Russie sans préjugés ni concessions », l’interview de Jean-Pierre Arrignon était justifiée par la parution de son ouvrage « Une Histoire de la Russie » (éditions Perrin).
Dans cette vaste fresque, le professeur des universités qu’il fut s’attache à ce que l’on comprenne la Russie avant de la juger – elle qui reste en effet mal connue et souvent critiquée.
En véritable pédagogue, l’historien de la Russie médiévale qu’il restera à jamais, à travers cet ouvrage avait tenu à laisser derrière lui ce « livre-outil » pour que les générations actuelles et futures apprennent à apprécier les inépuisables richesses de ce vaste pays s’étendant de l’Europe centrale aux rives de l’océan Pacifique, en Sibérie.

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Son interview donnée au « Courrier de la Russie » propose une vision ni pro, ni anti poutinienne, s’écartant des schémas de la pensée atlantiste. De la construction de la démocratie dans ce pays, Jean-Pierre Arrignon ne se berçait pas d’illusions et ne tombait pas dans les béatitudes et le propagandisme à tout crin au service du maître du Kremlin : « Laissons du temps au temps. La Russie est une démocratie en développement » disait-il en cultivant l’art de la diplomatie.
Sa vision des relations franco-russes pour les décennies à venir restera celle d’un scientifique à l’écart de toute idéologie : « Je pense que la Russie et la France ont un rôle majeur à jouer ensemble dans le monde », dit-il en grand connaisseur de l’histoire ancienne de la géopolitique

« Pour relancer les relations, il faut à la fois encourager la Russie à aller vers plus de démocratie tout en poussant l’Europe à plus d’indépendance (ndlr : à l’égard des Etats-Unis d’Amérique et du pacte Atlantique) pour qu’elle devienne une grande puissance. Et arrêtons de repousser la Russie vers l’Extrême-Orient : la Russie est de tradition occidentale ! Cela ne signifie pas pour autant que la Russie doive intégrer l’Union Européenne ! Ce genre de chimère n’a aucun sens ».

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Au sein de La Renaissance Française, le médiéviste universitaire – ancien doyen de la faculté des Sciences humaines à l’université de Poitiiers et professeur associé de l’université de Iaroslavl (Russie), - avait été l’un des intervenants au colloque « Notre-Dame de Paris 15 avril 2019 : réflexions ». La référence à l’histoire originelle de la cathédrale incendiée ne pouvait venir que de lui.
Evoquant la bataille de Kossovo (15 juin 1389) opposant les troupes ottomanes turques à une coalition d’armées de pays orthodoxes, il fit ce rappel : « Le roi de Croatie Tvrtko 1e croyant la victoire acquise annonça à la chrétienté occidentale la victoire des chrétiens sur les musulmans et fit célébrer un Te Deum à Notre-Dame de Paris, en présence du roi de France Charles VI. Notre-Dame de Paris supplantait Rome comme capitale de la chrétienté . Elle s’affirmait comme église universelle, celle où était conservée la Sainte couronne et près de laquelle rayonnait la théologie de l’université de la Sorbonne et de saint Thomas d’Aquin (1225-1274). C’est ce symbole qui a ému le monde entier lors du terrible incendie des 15-16 avril 2019 et suscité ce large courant de solidarité pour sa restauration ».
Sous sa présidence, de juillet 2010 à maintenant, la délégation de La Renaissance Française Nord-Pas-de-Calais - que présida le pro-européen Maurice Schumann - compta parmi les plus actives en organisant des rendez-vous littéraires, des conférences, des expositions, entouré d’une équipe particulièrement dynamique, assisté également par son épouse Zoya, par ailleurs présidente de la délégation de Russie de La Renaissance Française.

Ses distinctions

• Chevalier de l’ordre national du Mérite
• Officier de l’ordre des Palmes académiques
• Docteur honoris causa de l’université d’État de Iaroslavl

Sa bibliographie

• Histoire de l’Europe (sous la direction de Jean Carpentier et François Lebrun), Éditions du Seuil, 1990
• Les Églises slaves : des origines au XVe siècle, Desclée de Brouwer, 1991.
• La France et les Français aux XIVe et XVe siècles : société et population (en collaboration avec Elisabeth Carpentier), Éd. Ophrys, 1993
• Byzance et le monde orthodoxe (en collaboration avec Alain Ducellier), Éd. Armand Colin, 1997.
• Christianisme et chrétientés en Occident et en Orient (milieu VIIe- milieu XIe siècle), Gap-Paris, Ophrys, (Documents), 1997 (en collaboration avec Bernard Merdrignac et Cécile Treffort).
• (de) Ränder und Grenzen Europas - eine geopolitische Betrachtung", dans L. Künhardt et M. Rutz (sous la direction de), Die Wiederentdeckung Europas : ein Gang durch Geschichte und Gegenwart, Stuttgart, Deutsche Verlag-Anstalt, 1999, p. 136-148.
• (avec Paolo Odorico) L’Akrite : l’épopée byzantine de Digénis Akritas, Éd. Anacharsis, 2002.
• La Russie médiévale, Les Belles lettres, 2003.
• Byzance : économie et société (VIIe – XIIe siècle), Ellipse, 2007.
• Histoire du monde (sous la direction de Georges Jehel), Éditions du Temps, 2007.
• Russie, collection « Culture Guides », PUF, avril 2008.
• Chronique de Nestor : naissance des mondes russes, Éd. Anacharsis, 2008.
• Pouvoirs, Église et société dans les royaumes de France, Bourgogne et Germanie aux Xe et XIe siècles (888-vers 1110), Éditions du Temps, Nantes, 2008 (en collaboration avec Jean Heuclin).
• Les trente nuits qui ont fait l’histoire, collectif, Éd. Belin, 2014.
• Russie des tsars : d’Ivan le Terrible à Vladimir Poutine, collectif, Éd. Perrin, 2016.
• Une Histoire de la Russie, Éd. Perrin, 2020.