Art contemporain et patrimoine historique : sous les bâches de Christo, l’Arc de Triomphe de Paris « Pourquoi un tel empaquetage ? A quoi cela sert-il ? Est cela l’art contemporain ? Que faut-il comprendre ? » Les questions n’ont pas manqué aux abords du monument, regardé, photographié et visité durant son empaquetage, par plusieurs centaines de milliers de personnes.

, par  Pierre MABIRE
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Des centaines de milliers de personnes se sont rendues place de l’Etoile-Charles-de-Gaulle pour voir et photographier l’Arc de Triomphe de Paris empaqueté selon les plans de Christo

PAR PIERRE MABIRE
Empaqueté durant seize jours selon les plans de Christo, l’Arc de Triomphe de Paris a retrouvé son visage de pierre à partir du lundi 4 septembre 2021, avec le démontage des bâches qui le recouvraient.
Comme toujours lorsqu’un pareil événement vient bousculer le regard et la conception que chacun peut se faire de l’architecture, de l’art et du patrimoine, il y eut des sceptiques, des opposants et des partisans enthousiastes.

Se faire photographier "devant"

« Pourquoi un tel empaquetage ? A quoi cela sert-il ? Est cela l’art contemporain ? Que faut-il comprendre ?" Ces questions fusaient aux abords du monument, regardé, photographié et visité durant son emballage par plusieurs centaines de milliers de personnes. Les plus « anti » n’étaient cependant pas les derniers à se faire photographier devant l’Arc entièrement recouvert d’un épais tissu de polypropylène et de fibres d’aluminium. Pour l’histoire et pour le souvenir.
Décédé en 2020, Christo réfutait le mot « emballage » à propos des monuments qu’il recouvrait, lui préférant « empaquetage » plus conforme à sa démarche artistique. Dans son esprit, le « paquet » est évocateur de surprise, de voyage, d’éphémère. Il contient le cadeau ou le bijou destiné à émouvoir ou séduire.
« Cacher un tel monument, c’est permettre à tous de le redécouvrir lorsque les bâches sont démontées », disait-il lors de précédents empaquetages, comme ceux du Reichstag de Berlin, du Pont Neuf de Paris ou du Musée d’art moderne de Chicago. Christo disait faire un lien critique et réaliste entre le monde durable et la société de l’instantané, du prêt à consommer jetable.

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Le Pont Neuf, à Paris, et le Reichstag de Berlin empaquetés par Christo

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Le « durable » était le monument dissimulé sous les bâches. Le « prêt à consommer » : cet empressement à se précipiter devant l’empaquetage signé Chisto pour se faire photographier, et repartir en sachant que dans les jours à venir, l’emballage n’existera plus.
Dans quelle case, sous quelle rubrique fut possible de classer l’empaquetage de l’Arc de Triomphe de Paris ? « Ceci n’est pas une sculpture », auraient pu afficher les services de l’Etat – Elysée en tête - qui avaient donné leur feu vert à cette opération tenant à la fois de la parodie architecturale, du spectacle et de l’art urbain. L’affichage convenable aurait été « ceci est une installation » : une œuvre faite pour être vue dans un espace-temps limité.

Le coût de l’opération et sa prise en charge

Comme l’empaquetage ne devait durer que deux semaines et deux jours seulement, la polémique n’eut pas le temps d’enfler comme ce fut le cas pour la construction de la Tour Eiffel ou la mise en place des colonnes de Buren dans la cour du Palais Royal de Paris. Elle se porta donc sur le coût de sa réalisation à supporter par les contribuables, mais balayée par les héritiers du défunt artiste.
Réponse de la succession Christo : « Cela n’a rien coûté à l’Etat et à ses contribuables. Le financement – pour un montant de dépenses de 14 millions d’euros – a été assuré par des ventes privées d’œuvres de Christo, comme des maquettes, lithographies, dessins, collages et objets divers ».
Durant l’empaquetage de l’Arc, une vente aux enchères publiques de vingt-cinq œuvres de Christo par Sotheby’s a généré 2.5 millions d’euros de recette. Le reste de la facture sera couvert en totalité par le marché mondial des collectionneurs sur lequel s’arrachent déjà des morceaux de toile et de bouts de cordage de l’empaquetage parisien.

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