Culture ─ Solidarité ─ Francophonie



"Promouvoir la culture, oeuvrer pour la paix, distinguer les mérites"

Vous êtes : > LAUREATS & DISTINGUES > Jacques de DECKER, médaille d’OR de la Renaissance Française

Jacques de DECKER, médaille d’OR de la Renaissance Française

Honneur à Jacques De Decker - Médaille d’or de La Renaissance Française 2016 pour l’ensemble de son oeuvre

Après Boualem Sansal en 2014, Kenneth White en 2015, l’écrivain et dramaturge Jacques De Decker, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, a reçu la médaille d’or de La Renaissance Française pour l’ensemble de son œuvre.

A l’invitation de Madame l’Ambassadeur Claude-France Arnould, Ambassadeur de France en Belgique, cette distinction lui a été remise à Bruxelles, en la résidence de France,le 11 mars 2016, au cours d’une très belle cérémonie qui a rassemblé académiciens et autres hautes personnalités du monde des arts et des lettres.

Ci-après, le discours prononcé à cette occasion par le Professeur Denis Fadda, Président international de La Renaissance Française.

Cliquer pour lire/fermer

DISCOURS DU PROFESSEUR DENIS FADDA PRESIDENT INTERNATIONAL DE LA RENAISSANCE FRANCAISE

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Vous êtes un biographe de grand talent et je me souviens de mon enthousiasme lorsque j’ai lu votre « Wagner » ; il m’a rappelé le plaisir que m’avait procuré votre biographie d’Ibsen. Vous faites incroyablement vivre l’un et l’autre.

Jean Jauniaux, sous le titre « La Faculté des lettres » a écrit, sur votre œuvre, une remarquable étude qui comptera encore deux autres volumes ; mais j’attends cette biographie de vous qui évoquerait non seulement votre œuvre mais aussi votre vie, pour faire connaître au monde le très grand homme de lettres, fort singulier, que vous êtes. Elle est indispensable.

Votre vie est extraordinairement diverse et dense.

Si dense qu’elle pourrait aussi donner naissance à un roman et même à un film, et peut-être encore à des pièces de théâtre.

Ce théâtre qui vous est si cher et auquel vous avez tant donné et continuez de donner.

Car c’est par le théâtre que tout a commencé !

Vous avez nourri le théâtre en tant qu’auteur, traducteur, adaptateur à partir de plusieurs langues et, particulièrement, l’allemand, l’anglais et le néerlandais.

Vous lui avez apporté comme metteur en scène, comme critique, comme fondateur de théâtre même. Avec Albert-André Lheureux, vous avez fondé « L’Esprit frappeur » ; vous n’aviez que 18 ans !

Comme acteur aussi. N’avez-vous pas joué le rôle de Monsieur Martin dans « La cantatrice chauve » ? Ionesco, ce n’est certainement pas un hasard ! Ionesco qui disait que « au théâtre, tout est signe ».

En effet, dans vos adaptations, dans vos transpositions, dans vos mises en scène, rien, vraiment rien, n’est laissé au hasard. Tout a un sens.

Et c’est bien parce que leur sens est profond que vos pièces originales, « Petit matin », votre première pièce de théâtre, « Jeu d’intérieur », « Fitness », « Fenêtre sur couple », « Le Magnolia », comme vos adaptations d’œuvres de Shakespeare, de Goethe, de Schnitzler, de Brecht, de Tchekhov, entre autres, sont jouées sur tant de scènes depuis plus de quatre décennies.

J’ai fait référence au polyglotte que vous êtes ; je n’ai pas dit à quel point l’étude des langues vous passionne. Mais qu’est-ce qui ne vous passionne pas ? Vous avez commencé par l’étude de la philologie germanique !

Trouver dans une langue le concept, le mot que n’expriment pas les autres langues que vous pratiquez, vous procure une joie intense et contribue à toujours mieux préciser et transmettre votre pensée.

Cela donne des textes d’une clarté limpide soutenus par un style merveilleux.

Vous consacrez une grande partie de votre vie au théâtre, mais vous êtes aussi romancier, nouvelliste, essayiste, journaliste, critique littéraire au journal « Le Soir » dont vous avez dirigé le service culturel. On se demande s’il vous arrive de trouver le temps de ne pas écrire !

Oui, tout de même : pour enseigner ! A Mons, à l’école d’interprètes internationaux, à l’Insas, ou au conservatoire de Bruxelles.

Et pour assumer, bien sûr, vos fonctions de Secrétaire perpétuel de l’Académie.

Vous y avez été élu en 1997 au fauteuil d’Albert Ayguesparse, le fondateur de « Marginales », revue que vous avez su si bien faire revivre. Vous y avez été installé par Jean Tordeur, en 1998, et à peine cinq années plus tard, vous en êtes devenu le Secrétaire perpétuel.

Vous avez commencé à écrire très jeune et vous avez eu l’honneur d’être publié dans « Le Journal de Tintin » ; à l’âge de onze ans vous composez votre première fable.

Plus tard, vous publiez des essais, des nouvelles et des romans qui connaissent un grand succès : « Le ventre de la baleine », « Tu n’as rien vu à Waterloo », « Lettre de mon auto », d’autres encore.

« La Grande roue », votre premier roman - qui inspira au grand Pol Vandromme cette si belle phrase : « Schnitzler avait la cruauté dans les yeux, Jacques De Decker a le visage de la miséricorde » - sera sur la liste du Goncourt, et « Parades amoureuses », le roman suivant, manquera de peu le Renaudot.

Vous êtes, Monsieur le Secrétaire perpétuel, un grand lecteur, et on sait combien la lecture nourrit l’écriture, combien elle peut aussi être un acte de création.

Umberto Eco ne parlait-il pas d’« œuvre ouverte » à propos du roman ? L’œuvre ouverte ne peut jamais être réduite à une seule interprétation. Le lecteur est co-auteur ; ainsi l’œuvre n’est-elle jamais finie.

Je sais que le philologue que vous êtes est en accord avec le si talentueux sémioticien qui vient de nous quitter.

Vous vous êtes, en effet, beaucoup intéressé à Eco ; vous avez assuré la critique de chacune de ses œuvres, avec pertinence et souvent beaucoup d’humour - je pense, notamment, à cette chronique consacrée au lancement de son livre « Le Pendule de Foucault » au conservatoire national des Arts et métiers, à Paris - l’humour constituant un trait essentiel de votre caractère comme une politesse due à la vie au-delà des épreuves.

Eco a écrit « celui qui ne lit pas n’aura vécu qu’une seule vie ; celui qui lit en aura vécu au moins cinq mille ».

Vous qui lisez tant, vous qui ne pouvez vivre sans une quantité de livres auprès de vous, combien de vies aurez-vous donc ?

Pour nous tous, pour les lettres dont vous êtes, dans le monde, l’un des plus éminents représentants, j’espère vraiment que vous en aurez bien plus de cinq mille.

JPEG - 8.1 ko

Voir en ligne : Site personnel de J. de DECKER